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ROUTE 2] LE HAVRE. — HISTOIRE. —ÉGLISES

nouveau fort appelé la citadelle de Charles IX.

Sous Henri III, le duc de Villars, qui en était gouverneur, livra le Havre aux protestants; mais, s’étant bientôt rendu indépendant, il resta maître de la place jusqu’en 1594 , époque où il vendit la ville à Henri IV. Son frère, qui lui succéda comme gouverneur, devint un objet d’borreur pour le peuple lorsqu’il eut fait assassiner les trois Dis de Jean-Claude Raulin, avocat distingué de la ville (F. ci-dessous).

Henri IV étant venu au Havre, en 1603, répondit aux députés de la ville qui voulaient lui ofTrirune fête: • Employez mieux votre argent, en le donnant à ceux qui ont souffert de la guerre; ils y trouveront leur compte et moi le mien. »

Sous Hicbelieu, les travaux d'agrandissement du Havre prirent un nouvel essor; on éleva une citadelle qui pouvait contenir 3000 hommes de garnison ; le port fut creusé, élargi, revêtu en pierre, et il fut décidé que le Havre serait un des trois ohefs-lieux de la marine de l’Ouest. La citadelle servit (1650) de prison aux princes de Condé,ale Longueville et de Conti, qui furent mis en liberté par Mazarin.

Colbert ouvrit une ère nouvelle h la prospérité du Havre dont le port, grâce â Vauban, devint accessible à des vaisseaux de fort tonnage. I.es)Anglais, jaloux de cette prospérité, firent à cette epoque (1759) une nouvelle .tentative pour s’emparer du Havre. Leur escadre, composée de 24 vaisseaux, de 14 frégates et de 13 bombardes, lança soo bombes sur la ville; de nombreuses maisons furent renversées ou fortement endommagées, mais les habitants firent si bonne contenance que l’ennemi se vit obligé de renoncer à son entreprise.

Le Havre doit beaucoup à Louis XVI qui avait reconnu, en personne, la nécessité d’agrandir cette ville importante, mais la Révolution interrompit tout à coup les travaux des fortifications et du port.

En 1802, le Havre reçut aussi la visite de Napoléon I*' ; l’Empereurlui fit de belles promesses qu’il n’eut pas le temps de tenir. Il voulait faire du Havre un port de guerre de premier ordre ; c’est lui qui lit exécuter l'ecluse de la Floride. Sous son règne (1804), l’ennemi essaya de nouveau, mais en vain, de s'emparer du Havre. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, nous n’avons à signaler aucun événement important dans l’iiistoire du Havre. Cependant nous devons ajouter que cette ville n’a pas cessé un seul instant de s'ac-

croître et de s’embellir et que l’entretien ou l’agrandissement de son port ont constamment préoccupé tous les gouvernements.

Le Havre a vu naître : Mlle de Scudéry, Bernardin de Saint-Pierre, Casimir Delavigne, Ancelot, le naturaliste Lesueur, etc.

Monuments religieux.

L’église Notre-Dame, bâüe de 1557 à 1 600 , sur l’emplacement de l’ancienne chapelle autour de laquelle se groupèrent les premières maisons du Havre, appartient à un styltf bâtard tenant à la fois de la Renaissance et du gothique. Elle n’a jamais été achevée, car les nefs latérales devaient faire le tour du chœur. Le grand portail, terminé en 1827, se compose de deux ordres, ionique et corinthien, superposés. Le portail septentrional, dit de l'Ave Maria, dont la base est formée par quatre colonnes doriques soutenant une corniche, offre au second ordre des niches occupées autrefois par les statues des prophètes.

L’intérieur comprend une nef et deux bas-côtés autour desquels rayonnent des chapelles.

Le clocher, massif et lourd, aujourd’hui beaucoup moins élevé que dans l’origine, était à la fois une tour de guerre et un phare couronné d’une llèche octogonale.

Sous les dalles de l’église Notre- Dame reposent les restes de trois jeunes officiers de la milice bourgeoise du Havre, Jsaac, Pierre et Jacques Raulin. M. Auguste Dilliard raconte ainsi, dans les Filles de France, leur fin tragique : « Le gouverneur Villars soupçonnait, dit-on, sa femme d’avoir trop de bienveillance pour un de ces jeunes gens; mais il ne savait sur lequel d’entre eux ses coups devaient s’arrêter. Pour être plus sûr d’atteindre le coupable , il fit appeler les trois frères à l’hôtel de ville, où des assassins les égorgèrent, sous ses yeux, dans la salle des assemblées. Peut-être aussi l’intérêt autant que la jalousie avait-il poussé

DE PARIS AU HAVRE

le gouverneur à ce triple attentat. On prétend qu’il ne pouvait pardonner à Jean-Claude Raulin, leur père, qui était son avocat, d’avoir résisté à ses prétentions sur un terrain dont il voulait s’emparer. Lorsque ce malheureux père se présenta à la barre du tribunal pour demander justice du meurtre de ses enfants, il ne put articuler que quelques paroles sans suite; son désespoir l’avait rendu fou. » Les trois victimes furent enterrées dans l’église Notre-Dame. On mit su! le pilier le plus rapproché de leur tombeau l’épitaphe suivante : Ici reposent les frères Raulin, qui décédèrent tous trois à la même heure, le 16 mars 1599. Après avoir été, pendant la Révolution, descellée, jetée dans la rue, puis employée dans une fontaine publique, la pierre sur laquelle l’épitaphe fut gravée en creux a été récemment retrouvée et restaurée; elle est aujourd’hui incrustée dans le premier pilier de dr; de la galerie du rez-de-chaussée du Musée-Bibliothèque, au lieu même ml se commit le crime en 1 599.

L'église Saint - François , commencée sous Henri II, en 1553, a attendu jusqu’en 1841 son portail et son clocher. La restauration du portail S. est d’une date plus récente encor». Tel qu’il est aujourd'hui, le monument n’est cependant pas achevé; sa voûte doit être soutenue par deux rangs de colonnes d’ordre toscan, dont on voit le commencement dans le plan de la muraille d’élévation. La chapelle de la Vierge est ornée de bas-reliefs en bois, représentant la Vie de saint François d’Assises.

L’église Sainte-Marie (entrée principale place Sainte-Marie ) est due à la générosité de M. Lefebvre, mort le 10 octobre 1842. Construit sur les dessins de M. Frissard, cet édifice, qui mesure 50 mèt. de longueur, sur 18 de largeur, ne se fait pas remarquer par son architecture, mais il possède une riche ornementation in-

térieure. On signale un maltre:autel en marbre blanc, les stalles du chœur en bois de chêne, etc.

Une autre église, dont les proportions seront beaucoup plus vastes, est en voie de construction (1865) à côté de la précédente.

L’ancienne église des pénitents d’Ingouville, aujourd’hui église paroissiale, fut commencée en 1661 ; elle n’offre rien de remarquable. Sur les murs de l’ancien couvent converti en écoles, justice de paix, presbytère, etc., se voient encore des inscriptions latines rappelant le nom et le jour de la mort de quelques-uns des religieux.

L'église Saint -Vincent de Paul . bâtie, il y a quelques années, dans le style roman primitif et composée d’une nef, de deux bas côtés, de deux transsepts et d’un chœur, n’a aucune valeur architecturale. F.lle sert d’église paroissiale succursale au quartier appelé des Quatre-Chemins ou de Saint-Vincent de Paul.

Un temple protestant a été récemment construit, rue Napoléon, par M. Deconchy, architecte. 11 mesure 41 mèt. 50 cent, de longueur sur 22 mèt. de largeur; la hauteur du clocher est de 23 mèt. Cet édifice, qui peut contenir environ 1700 personnes, grâce aux tribunes qui y ont été ménagées, a coûté à peine 200 000 francs. Près de ce temple se groupent les écoles protestantes. Dans la rue Ancelot, se trouve aussi Vhôtel du Bon-Mousse , où l’on reçoit et où l’on surveille les jeunes mousses, trop souvent pervertis dans les auberges ordinaires.

Le temple anglican est une ancienne salle de bals et de concerts, qu’une société particulière a appropriée au culte.

L’église américaine et la synagogue ne méritent qu’une mention.

On construit actuellement, rue Eyriès, une chapelle de style gothique destinée au culte catholique allemand.

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