GIRGENTI
Là où florissait jadis la riche et puissante Âgrigente ^ gît aujourd'hui dans l'oubli l'obscure mais fortunée Girgenti* Cette ville renferme une population de quinze mille âmes , un siège épiscopal , quarante-cinq églises , dix-sept confréries et quinze monastères.
Agrigente^ nommée par les Grecs Acra^ 'gas^ fut fondée environ Goo ans avant Jésus-Christ. Alcibiade s'en empara pour les 'A tlîéniens, et cette malheureuse cité devint successivement carthaginoise, achéenne et romaine. Non moins infortunée sous la domination des Sarrasins ou des Normands , elle est enfin tombée dans l'état actuel. Située sur l'escarpement d'un coteau à quatre milles nord-est du rivage de la mer , elle se composait de l'agréga- i tion de cinq quartiers d'inégale grandeur. 1 Au-dessous de l'ancienne citadelle, se 1
trouvent les vestiges du temple de Jupiter Polieus , et ceux du temple de Gérés et de Proserpiue , aujourd'hui la chapelle de St. Biaise. Le chemin qui passe sous les ruines d'une porte d'Agrigente, conduit au temple de Junon Lacinia, qui renferma le tableau de Zeuxis. C'était là que commençaient ces murs de rochers, dans lesquels étaient taillés les tombeaux des Agrigentins,qui s'étaient faits remarquer par leur bravoure dans les combats : on pensait que les ombres de ces guerriers épouvanteraient les ennemis , et combattraient avec les vivans pour la défense de la patrie. C'est a trois cents pas environ du temple de Junon , que se trouve celui de la Concorde. Sa conservation est un bienfait dii à la religion chrétienne, dont l'encens vint purifier le sanctuaire des faux dieux. Cet édifice est dorique, pseudodiptère et amphyprostyle. En suivant toujours les murailles, on arrive au temple d'Hercule : il était immense , d'ordre dorique, et ses colonnes cannelées étaient sans base. Près de là enfin se voient les restes de la merveille d'Agrigente , de ce temple des géans , consacre à Jupiter olympien. Des vers latins de hi date de i 4o i , retrouvés dans les archives de Girgenti , consacrent le souvenir du
jour récent et funeste (9 décembre 1 .{0 1 ) , ifiii vit la chute de trois colosses , dont le cou et les épaules servaient de soutien à cette grande masse. Ces trois gëans , demeurés long-tcms debout sur trois colonnes au milieu des ruines du temple , devinrent le motif des armoiries de la ville de Girgenti, dont telle est encore la devise :
Sig72 a t Âgrigen tum ^ mirah ilis a u la gigajituirim
Les antiquaires ne sont pas d'accord sur les noms, sur la place des monumens qui n'existent plus, ou dont on ne voit que de faibles restes. Le voyageur s'étonne cependant de rencontrer aussi peu de traces de monumens en marbre dans les ruines d'une ville si riche, et qui , du tems d'Empédocle, comptait jusqu'à huit cent mille habitans. Une urne en terre cuite, remarquable par sa grandeur (elle n'a pas moins de trois pieds de haut), par la pureté de ses formes et par la correction de ses dessins, est conservée au chapitre de la cathédrale. L'on s'accorde à y reconnaître les amours de Phèdre, et la funeste aventure d'Hippolvte, telle à peu près qu'Euripide et Racine l'ont mise sur la scène. Un tombeau orné de
beaux bas-réliefs , en marbre bîanc, long de huit pieds sur quatre et demi de hauteur, y est admiré avec raison.
Dans l'extérieur situé au nord deSciacca et Girgenti , se trouvent les quatre villuges fondés , en i48o , par des Albanais qui , victimes du despotisme turc vinrent chercher un asile dans cette contrée. Demeurés fidèles à leur rit et à leur costume , leurs prêtres se marient^ les femmes riches portent un voile, des manches larges , des franches , et leur robe est retenue par une ceinture d'argent travaillée avec assez d'art. Cette colonie grecque se compose des bourgs de Contessa , Plana , Mczzo-Juso et Palazzo-Adria- 710» En allant de Girgenti à Alicata, on s'arrête à