SYRACUSE
Jadis si vaste , si peuplée , la première des villes grecques après Athènes , Ibntiée Pan n^'j avant Jësus-Clirist, par une colonie de Corinthiens, est aujourd'hui Tune des plus misérables de la Sicile.
Ce que l'on voit d'abord confusément, en s'approchant de la ville, est un amas de bastions et de clocliers. Les regards s'arrêtent ensuite sur ce grand port qui vit finir la puissance, la gloire et le bonheur des Athéniens,
Le sol est rocailleux, pierreux sur \qs sommités, et d'une fertilité merveilleuse dans les lieux bas; un ruisseau est presque toujours entouré d'aloès , de figuiers, d'orangers et d'un gazon vert et épas: ce contraste avec celui de la nudité et du ton gris-bleuâtre des rochers qui Tenvironnent est d'un effet frappant et pittoresque.
La population de Syracuse s'élève à quinze mille âmes environ, et l'on peut y compter quatre-vingts couvens. Cette ville, illustrée par tant de grands souvenirs, fonde maintenant sur la renommée de ses vins toutes ses prétentions à la céiébrifé.
A Tépoque de la questure de Cice'ron, Syracuse se divisait en cinq quartiers.
Quatre de ces quartiers, Achradine , Nea- |)olis , Tjcîia et les Epipoles , occupaient im plateau de roche calcaire; Tîle d'Ortygie , qui formait le cinquième , se rattachait à Tangle méridional du plateau.
-La réunion de ces cinq quartiers fît appeler Syracuse Pentapolis,
Rien de ce qui reste de l'ancienne Syracuse ne peut, autant que ses catacomhes , donner l'idée de l'immense population de cette cité.
Dans un triste et sale réduit du sudouest de l'île Ortygie, se trouve la célèbre fontaine Ai et lui se , c'est une source qui jaillit du creux d'un rocher.
Les trois châteaux-forts de l'Epipole, Euriale^ Lahdale etHeocapjle oui clian- «é leurs noms en Belvédère, Bulialoro et Castellacci. La cathédrale est fondée sur les ruines du temple de Minerve.
Syracuse , tant de fois saccagée par les mains barbares de ses vainqueurs, a vu aussi des tremblemens de terre secouer, <:*branler , enfouir ses plus nobles ruines.
Il fut peu de villes situées plus avantageusement que Syracuse, pour la construction des édifices; une immense cou* che de rochers calcaires leur tenait lieu
de fondemens, et fournissait les matériaux nécessaires sur l'emplacement même où on les mettait en œuvre^ l'extraction en était facile , cette roche étant d'un grain naturellement fort tendre, et qui, cependant , loin de se détériorer au grand air, y acquiert, avec le tems , une extrême dureté. Les vastes carrières sont encore aujourd'hui connues sous le nom de latomies. Celle dite des capucins, représente un jardin dans le sein de la terre. Les rochers ta illés à pic qui forment les parois de ce grand puits , ont plus de cent pieds , et le fond est garni d'orangers , de grenadiers, de treilles et d'oliviers. Ce jardin souterrain frappe autant par sa singularité que pouvaient le faire les jardins suspendus de Babylone. Les tremLiemcns de terre ont fait écrouler plusieurs voûtes. Ce lieu étant plus bas de cent pieds que le terrein qui l'environne, formait la prison la plus sûre, comme aussi la moins triste, puisqu'on n'était pas privé de la vue du ciel. Ce fut dans la latomie de l'Epipole que le vieux Denys fit , dit-on , enfermer le poète Philoxène. Ce nom rap* pelle la courageuse réponse: « Qii'onme ramené aux carrières » . Quant à la latomie connue sous le nom à' Oreille de Denjs^ elle est immense. Ce spacieux
labyrintlie, ces voules dans lesquelles joue et se perd la lumière, cette piscine taillée dans le roc vif, ces aqueducs qui partent de ce lieu pour porter toute une rivière de Tautre côté des latomies et audessus des théâtres , ces efforts de l'homrae, cet écho si retentissant, tout frappe les sens et l'imagination. Ce lieu semble être le redoutable sanctuaire d'Endor: on y attend les paroles les plus effrayantes et les visions les plus fantastiques.
A Syracuse il suffît de gratter la terre pour trouver des médailles , des pierres gravées , des camées et des fragmens de toute espèce.
Le culte de Vénus Callipyge prit naissauce à Syracuse : les deux sœurs Callipyges , épithète peu décente qu'elles reçurent , élevèrent à Vénus un temple connu sous le nom de Gallipygon, C'est en i8o3 que fut tirée des décombres d'une ruine une statue de Vénus Callipyge , et qui pourrait être celle décrite par Athénée et donnée aux Syracusains par Héliogabale , ou peut-être la statue élevée à la déesse de la beauté par les deux soeurs Callipyges.