‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 105 sur 114 · AUGUSTA · texte numérisé non relu

AUGUSTA

N'est intéressante que par son port , un des plus sûrs , des plus vastes et des mieux fortifies de toute la Sicile.

Le sentier appelle chemin de Catanea est tellement rocailleux et impraticable , qu'on traverse pour l'éviter , des champs immenses couverts de chardons. La main de l'homme ne paraît nulle part , et ce vieux pays rcpreiîd l'aspect dune terre TÎerge et inconnue.

Avant de passer le fleuve Symèdie, si célèbre chez les poètes par l'enlèvement de Proserpine , et à l'embouchure duquel s'élevait jadis l'antique Morganthtm dont on ne trouve pas une seule pierre , on arrive sur une vaste colline , du sommet de laquelle on aperçoit tout le développement du mont Etna , ses pricipales éruptions tracées sur ses flancs , Messine, Taormine , Catane , la mer et les montagnes de la Galabre.

CATANEA.

C'est une grande et belle ville , supérieure a plusieurs capitales , selon l'opinion de la plupart des voyageurs distingués , qui ont fait le tour de l'Europe.

De beaux édifices, des places vastes et régulières , des rues longues , larges , nivelées d'une extrémité à l'autre , et toutes pavées en grandes dalles , la font admirer. Par la régularité de sa topographie. le parfait alignement de ses rues et l'uniformité de façades de ses belles maisons, elle ressemble un peu a Turin et à Manheim.

La situation de Catanea rappelle celle de Portici ; cette ressemblance exacte est a-la-fois triste et gracieuse. Toutes deux placées au pied d'un volcan , toutes deux baignées par la mer , conslruites sur plus sieurs couches de ruines et de laves , ces villes subiront peut-être encore le sort le plus funeste. Mais là , comme à Portici, sont emportées par le vent ces terribles paroles : Posteri , poster i , vestra res

agi fur.

C'est à l'affreux tremblement de terre de 1G93 , que Catanea doit sa magnificence actuelle: entièrement renversée, elle a été reconstruite sur de plus beaux plans ; et chaque jour elle s'embellit encore. Le feu prince Biscari qui consacra une fortune immense et de rares lumières à cette ville sa patrie , fut pour ainsi dire le fondateur de îa nouvelle Catanea. Elle est sortie de ses ruines plus brillante

et plus vaste qu'elle ne l'avait jamais éle', mais les dernières secousses de l'année 1819 , ont lézardé d'une manière effrayante presque tous les monumens publics. Ses murs renferment environ soixante-quatorze mille âmes , et n'ont pas moins de cinq milles de circuit. Située à l'abri des vents du nord et d'ouest , elle jouit d'un air pur et sain. Le défaut absolu de grandes routes rend l'accès de Catanea très difficile par l'intérieur de île ; Texiguité de son havre et le peu de sûreté des mouillages voisins en éloignent les navires étrangers.

Parmi les édifices de Catanea moderne se distingue la cathédrale. Dans la sacristie de cette basilique on conserve soigneusement une peinture à fresque , représentant , d'après nature, l'affreuse éjruption de 1GG9. Ce tableau, sous le rapport de l'art , ne mérite aucune attention 5 mais l'événement dont il retrace l'image avec une effrayante vérité , lui prJte un intérêt que n'inspirent pas toujours les plus sublimes conceptions du génie. La place devant le Duomo forme un carré presque régulier , orné au centre d'une très belle fontaine. L'église de Santa-Maria délia B.otQnda est un ancien temple payen.

Le couvent des Bénédictins ressemble bien plus au palais crun monarque qu'à rhumble asile des eiifans de la pénitence. Ce beau monastère , ouvrage de Tarcliitecte Gontini , renferme de beaux marbres , de bons tableaux , àes statues , des bas-reliefs , des inscriptions , des vases grecs , des médailles , des antiques de toute espèce , un cabinet d'bistoire naturelle , et une bibliothèque nombreuse et choisie. L'église est un immense vaisseau bien proportionné , d'un style noble et d'une élégance exquise. Il y a quelques bons tableaux modernes de Tofanelli et de Gavallucci , et un orgue que les connaisseurs regardent comme un chef-d'œuvre. Les jardins du couvent construits à grands frais sur un plateau de lave méritent d'être vus.

Catanea renferme une infinité de maisons religieuses , pour la plupart très richement dotées , asile ordinaire des cadets de famille , et des filles dépourvues de fortune.

Des débris antiques intéressans se trouvent dans la maisons Gravina , Valsavoja, Nunziata, Gorvaja , Sapuppo, Buonajuto et Gagliano.

Tout dans cette ville décèle un goût très-vif pour les beaux-arts et l'étude des

sciences. Les liabilans se distinguent par leurs connaissances et leurs bonnes manières. Depuis i444 f ^1 y a "lie université; elle a de sa vans professeurs et plus de cinq cents ëtudians. Ce bâtiment forme un quadrilatère parfait , dont la façade principale est décorée de trois ordres d'architecture , savoir : le dorique au rezde-chaussée, rionique au premier, communément appelle en Italie // piano ?io^ bile : et Tattique à l'étage supérieur.

Le musée Biscari n'étale aucun luxe d'architecture. Heureux artifice ! sa simplicité est sa parure , et une preuve de bon goût. Une galerie s'ouvre do plainpied sur la seconde cour , et en décrit l'enceinte au moyen de quatre ailes , qui dans leurs subdivisions renferment tous les objets précieux classés avec discernement , et disposés avec goût.

Le prince Biscari avait fait élever comme d'un coup de baguette une élégant casin et des jardins embaumés hors des murs de la ville , sur les vastes couches de lave. Il est a regretter que ce lieu soit maintenant négligé.

On ne lira peut-être pas sans intérêt im trait tiré de l'histoire de l'ancienne Catanea , duquel parlent Strabon , Pausanias et Valùre. Deux jeunes Gatanois ,

Amphinomus çX Anapion ^ durant Teruption de 63 1 de la fondation de Rome 9 qui réduisit la ville en cendres , tandis que leurs concitoyens fuyaient emportant leurs richesses , abandonnèrent tout , et se sauvèrent chargés du seul fardeau de leurs vieux parens. Des statues , des médailles consacrèrent cet acte de la plus touchante piété filiale. Si nos lois se bornent à punir le crime , celles des anciens semblaient s'attacher plus particulièrement à récompenser la vertu.

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