MESSINE
Messine fondée vers l'an 1004? avant Jésus-Christ , par des peuples indigènes de la Sicile , fut d'abord appellée Zanclé , du nom grec , qui signifie une faulx , et devint en G64 avant Jésus-Christ , la conquête d'une troupe de Messèniens venus du Péloponèse , et qui chassés de leurs foyers , cherchaient une non relie patrie , sous la conduite d'Anaxilas.
La magnificence de Messine est presqn'uniquenient l'œuvre de la nature qui jalouse , pour ainsi dire , des prodiges que Tart avait enfantés , semble avoir conjure la ruine de cette cité malheureuse.
De majestueuses montagnes , des roeliers pittoresques , une éclatante verdure , des eaux limpides, une température douce , un air transparent, et surtout un ciel très-pur , un beau ciel sans lequel rien n'est beau sur la terre , voilà ce que Messine doit à la nature.
Cette ville baignée par les eaux du Phare , se présente en amphithéâtre sur la base d'une chaîne de montagnes , dont les cimes bleuâtres se nuancent harmonieusement avec l'azur des vapeurs élhérées. Sur leurs larges flancs , des touffes de genêts , de lauriers roses , d'agnus-castus , dessinent le contour des ravins , tracent comme des ruisseaux de feuillages et de fleurs ravivés par l'écoulement des eaux pluviales; plus bas s'offrent à l'œil paysagiste une cabane , un oratoire , un ermitage , un vieux château , dispersés ça et là ; et plus bas encore , les plantations d'oliviers , de figuiers , de myrtes, d'orangers, de citronniers, d'aloès, couronnent les débris des palais de Messine d'une guiidande que les hivers ne fâ-
îicnt point. Sons les murs de la cité Louilîonncnt , s'agitent , se déploient en larges ondes les flots écumeux du Phare qui, dans ce lieu resserré , resscmlde plutôt à un grand fleuve qu'à un bras de mer. Un port immense de forme circulaire les rer.oit dans son sein , où bientôt leur fu- A^eur s'apaise , tandis que la rive onposée les voit sans cesse se briser avec fracas contre les hautes montagnes de la Calabre , dont ils reflètent la masse verdoyante. On apei^çoit au nord-est la ville de Scjllci , dominée par un rocher énorme; au sud-est celle de Reggio , bâtie sur un terrein plus ouvert ; dans l'espace qui les sépare , une infinité de villages adossés à la chaîne des monts , et sur les premiers plans du tableau , une multitude de chaloupes , de bateaux de pécheurs , de navires de toute espèce , voguant vers tous les points du rivage.
Les murs de la ville , bâtis sur un terrain inégal , ont à peu près trois mille toises d'étendue. Une vaste citadelle, plusieurs forts et quelques batteries à fleur d'eau , en défendent l'accès de toutes parts. Mais du côté de la m.er , deux gardiens vigilans , Carybde et Scylla , la protègent plus sûrem.ent encore : l'un situé à douze milles nord-est du port , sur
la cote de la Calabre ^ l'autre sur celle de la Sicile , à l'extrémité d'une langue de terre dite Saji Ranieri , qui forme rentrée du port. Toujours redoutables aux navigateurs , ils veillent a la sûreté de Messine , mieux que tous les canons dont ses remparts sont hérissés. La longueur totale du canal, depuis Scj/ila jusqu'au cap St. Alescio, excède trente-cinq milles ; mais on n'en compte que dix de la tour du Pliare à Messine , partie la plus dangereuse, à cause de son rétrécissement, et surtout à cause des écueils dont elle est Lordée. Sa largeur varie sur chaque point du rivage : à la point du Phare elle n'est guère que de deux milles ; devant Messine elle est de six ; plus bas elle va toujours en s'é]argissant.
Le port de Messine , l'un des plus vastes , et sans exception , le plus beau de tous ceux de la Méditerranée, peut avoir trois milles de circuit. Il a le rare avantage d'oiïVir partout un fond suffisant au mouillage des plus gros vaisseaux , et ses quais sont magnifiques. L'admirable position du port de Messine devrait en faire l'entrepôt naturel de tout le commerce de la Grèce , le lieu d'échange le plus avantageux entre les peuples de l'occident et les orientaux.
Messîne ne compte plus que soixante ïnjîle liabitans.
Cette ville, en moins d'un siècle, avait éprouvé cinq des plus violens tremblemens de terre ; mais celui de ïjS3 a fait oublier tous les autres. Que de richesses furent englouties dans ce vaste tombeau? Que de générations y descendirent à-lafois !.... Le gouvernement paternel du feu roi Ferdinand n'a pas tardé à prodiguer les trésors, les soins , les encouragemens, et Messine s'est relevée de ses ruines. D'amples privilèges , notamment celui de la franchise du port , ont ramené l'opulence dans ses murs.
Les rues de Messine , longues , larges, régulières , bien alignées , fort propres , et toutes pavées en grandes dalles , ressemblent , en ce dernier point , à celles <le Naples , mais, du reste, sont loin cl'oJîrir un spectacle aussi animé. Celle du théâtre maritime n'a pas moins d'une demi-lieue de longueur. On peut encore citer la Strada Ferdiuauda , la Strada d'Austria , la Strada Maestra , et celle de la Giudeca , comme très-belles.
Quatre ou cinq places publiques trèsétendues , mais peu régulières , se font remarquer par la profusion plutôt que par le choix des ornemens. Il n'eu est aucu*
ne qui ne soit décorée de fontaines en marbre , ou de statues en bronze , toutes plus ou moins médiocres , sans même en excepter celle de don Juan d'Autriche » fils naturel de Gliaides V , vainqueur des Turcs à la bataille de Lépante ; statue manquant absolument de style , de correction et de noblesse.
Parmi les églises de Messine se distingue la cathédrale ; bâtie au commencement du douzième siècle par le comte Ro-. ger , ornée dès cette époque de vingt-six colonnes antiques de granit égyptien, décorée plus tard de dorures , de bas-réliefs , de peintures , de mosaïques, elle OiFre un mélange bizzarre de la noblesse du style antique avec l'élégante légèreté du moyen âge et le faste de l'école moderne. L'assemblage n'en est pas heureux; mais considérée isolément , chaque parlie , dans le style qui lui est propre , a été traitée avec art. On y admire surtout un autel en mosaïque de pierres dures , orné de bronze doré , et une chaire revêtue de superbes bas-réliefs en marbre.
La noble et simple architecture du palais royal , produit un effet très-imposant, mais cet édifice n'est pas achevé.
Divers établissemens publics annoncent une administration sage et vigilante : comme autres , un lazaret , un grand hô-
pliai , trois monts-de-piété , une banque jiiuiiicipale rei^ie au profit de la coiiiruu- -iiauté ^ un collège royal , six maisons d'éducation gratuite , dont deux sont destinées aux seuls gentilshommes , et un séminaire qui peut recevoir quatre cents élèves; vingt-cinq couvens de moines , quinze maisons religieuses, six couvens de femmes ou de fdles et un nombre infini d'églises.
Une époque importante pour Messine est celle de la fête connue sous le nom de la Vara (bière, cercueil), qui a lieu tous les ans, le i5 du mois d'août, et dure quatre jours. Elle ressemble beaucoup à la fête de Sle. Piosalie.
La température de Messine, ordinairement fort douce en hiver, ii'est extrêmement chaude en été que depuis sept heures, du matin jusqu'à quatre. Plus tard, la brise du détroit vient rafraîchir l'atïiiosphère.
Les eaux du phare sont très poissonneuses : mille pécheurs en sillonnent la surface; \g pesce spada (xiphias gladius de Linné) ne se trouve que dans ces parages, où il est harponné. La pèche de ce cétacé se fait avec une dextérité merveilleuse. C'est du Fort Gonzaga que l'on fait observer ordinairement aux étrangers ce phénomène connu sous le nom de Fata Mor^
gana , que l'on explique par TelTet des vapeurs que les temps chauds élèvent audessus de la surlace de la mer : ce miroir reflète alors les objets terrestres , et les groupe quelquefois d'une façon fantastique et bizarre,