AVERSA, VILLE
Dix -huitième Poste.
Cette ville était peu loin de Tancienne Atella , célèbre chez les Romains, autant par les bons mots et les fines plaisanteries , que par ses spectacles obscènes et ses débauches : ayant été ruinée par les barbares , Aversa , vers Tan i i3o fut
batîe par les Normands , qui firent la conquête de Naples et de Capoue. On Tappella Avers a , parce qu'elle servait à tenir en respect ces deux villes. Charles I, de la maisoti d'Anjou , roi de Naples , détruisit Aversa de fond en comble , parce que ses habitans s' étaient révoltés , soutenus par la maison de Rebursa qu'il vint à bout d'exterminer. Mais la ville ne tarda guère à être reparée , à cause de la beauté du climat et de la fertilité du terrein.
La ville d' Aversa est petite, mais jolie et bien bâtie : elle est située dans une plaine délicieuse , et à la tête d'une avenue large et droite , qui conduit jusqu'à Naples. On arrive dans cette belle ville par une route bordée de grands arbres qui font un ombrage agréable, et qui sont liés par des guirlandes de vignes. Il y a de belles églises , des palais et autres beaux édifices. Un des plus admirables instituts dans son genre est l'hôpital des foux , qui existe , depuis deux lustres , non loin de cette ville , et donne àes ré» sultats toujours plus satisfaisans , sous la direction du respectable abbé Linguiti, Rien de plus humain que la manière dont ces êtres malheureux y sont traités , rien de plus ingénieux que quelques moyens
dont' on se sert pourleurguërison. On leur fait cultiver la musique , et ils exdcuteiït des concerts entiers avec une justesse surprenante t ils ont aussi une imprimerie à eux i et ils apprennent à eu manier parfaitement toutes les parties. L'abLe' Linguiti est auteur de plusieurs ouvrages estimes , entre autres il faut marquer celui intitule : Recherches sur V aliénation de Vesprit humain. Il ne vit maintenant que pour ses pauvres malades , dont il ne cesse de rendre bon nombre à la sociétë*
Les alentours d'Averse prëseirtent Faspect le plus charmant : ce sont des prairies 5 des terres cultivées avec soin , et .des villages bien peuples ^ dont le dernier est Capo di Chine ; et c'est ici que commence la nouvelle et magnifique route y dernièrement construite , qui va jusqu*à Naples. Déjà tout annonce rapproche de la capitale d'un royaume considérable. Mais ce qui la distingue des autres, c*est 1« bruit qu'on entend lorsqu'on est à trois ou quatre milles de Naples : éloigné d'abord et confus j il augmente in*sensiblement à mesure qu'on avance : on entend le chant des uns , les cris aigus des autres qui vont en ville > ou qui en reviennent en troupe, le bruit des carrosse^ , des diligences et des cabrioloJts,
Quand on n'est plus qu'à un mille , le tintamarre du dehors et le fracas du dedans , frappent tout à la fois les oreilles: à CM juger du mouvement , et de Tagitation dont on est témoin , on croirait que c'est un jour de fêle extraordinaire : c'est cependant ce qui se fait tous les jours depuis l'aurore jusqu'au soir; et c'est ce qui annonce de suite une ville plus peu^ plée que toutes les autres villes d'Italie. D'Aversa à Naples il n'y a qu'une poste. Sur le penchant de la colline de Capo di Chine , au-dessus de l'ancien grandchemin à la droite en descendant, est^ une belle maison de campagne , entourée d'un parc à l'anglaise , qui fait honneur au bon goût du premier propriétaire , Heigelin. 11 y possédoit aussi une bonne collection de paysages de Hackert , Reinhardt , Denis , Péquignon , Kniep et autres , ainsi que des vases étrusques. Après la mort du vieux Heigelin , son héritier , ie consul de Danncmarck , fît transférer ces collections dans sa maison en ville ; mais le site unique de la dite n;illa 5 les marbres antiques et autres objets intéressans , qu'elle rcnfermev enfin la vue pittoresque et étendue , dont on y jouit , attireront toujours l'étranger venu dans ce pays pour en admirer toutes le^ beautés.