CAPOUE, VILLE
Dix-septihne Poste*
Cette ville , nommée en italien Ca^ pua , est placée à trois milles de Tanciemne Capoue , et à i5 milles de Naples, elle occupe la place de l'ancien Casilinum , sur le fleuve Volturne , douze milles au-dessus de son embouchure» Elle
est entourée de fortifications , et Ton y entretient une garnison conside'rable. C'est ici que les voyageurs sont obliges d'envoyer au gouverneur leurs passeports , pour avoir la permission de passer outre.
Strabon dit que Capoue fut bâtie par les Tyrrhéniens , chassés des bords du Po par les Gaulois , environ 542 ans avant l'ère chrétienne. D'autres prétendent qu'elle existait plus de 3oo ans auparavant qu'elle avait été fondée par Capys , l'un des compagnons d'Enée; ce qui la fit appeller Capiia. Strabon dit que ce nom venait de Caput , parce que c'était une des capitales du monde. Florus comptait Rome , Garthage et Gapoue pour les trois premières villes : Capiia quondam inter très maximas nunierata lib. i, c. iG. Les Tyrrhéniens furent cliassés de Capoue par les Samnites , et ceux-ci par les Romains : elle fut célèbre de leur tems par les agrémens de sa situation \ elle était en effet dans une plaine riante et fertile de la Campanie , dont elle fut la capitale , et que Cicéron appella le plus beau domaine du peuple romain,
Annibal pour attirer dans son parti la ville de Capoue , avait promis à ses habitans d'en faire la capitale de l'Italie. Les romains se vengèrent cruellement çqjî-
tre ce peuple , car ayant pris cette ville , à la suite d'un long siège , il fut fait esclave , vendu h. l'encan , et les sénateurs battus de verges et de'capites.
Genséric roi des Vandales , causa des grands dégâts à Gapoue en 455 , et enfin après d'autres ravages il n'en resta plus que le nom , qu'on a donné à une ville nouvelle qui s'est formée l'an 856. Cette ville était défendue par un château et des fortifications , qu'on détruisit en i y 1 8 pour les rétablir , suivant les nouveaux principes , et Gapoue est devenue une place un peu plus importante.
L'église cathédrale de Gapoue est soutenue par des colonnes de granit de différentes proportions , et prises des anciens édifices. Dans la troisième chapelle à droite , est un tableau de Solimène, représentant la Vierge avec l'enfant Jésus , et St. Etienne. Le maître autel est décoré d'une Assomption du même peintre. Dans l^église souterraine dont l'enccitite est décorée également par des colonnes anciennes de marbre fort belles ^ on voit sur l'autel une demi-figure en marbre de notre Dame de la Piété , par Bernin. Dans le milieu de cette l'église souterraine est un Christ de grandeur naturelle , couché sur un linceul , sculpté
par le m^me Bernin. En arrière est un ancien bas-rëlief représentant une chasse. Le Baptistère , le Clocher , et d'autres curiosités peuvent aussi bien rappel- 1er l'attention du voyageur.
Il est bon de voir aussi Péglise de l'Annonciation : elle est décorée à l'extérieur d'un ordre corinthien, d'architecture très-simple : son intérieur a une décoration moderne qui est fort riche. On croit que c'était un ancien temple bâti auparavant à quelque distance de l'ancienne Capoue ; mais ce qu'il y a de sûr , c'est qu'il n'y a que le socle , qui soit vraiment antique , le anciens n'ayant point connu les pilastres groupés tels qu'on les trouve à l'extérieur de cet édifice.
On voit beaucoup de marbres et d'inscriptions de l'ancienne Capoue , incrustées dans les murs des maisons de cette nouvelle ville , ainsi que quelques têtes en bas-rélief de marbr^dans la place du tribunal. Au-dessous de l'arc , ^'on nomme de St. Eloi , il faut marquer la célèbre inscription de l'amphithéâtre , dont nous allons parler , laquelle , étant mutilée , fut supplée et commentée par le célèbre Mazzoçchi > et lui donna l'occasion de publier son estimable ouvrage ;
D& aDipkithcatro Cainpano* Yis-lKvis de? la même Ton voit un curieux bas-relief, trouvé dans la fouille du thëâtjre de la même ville , avec Tinscription sui- Vflote y
Luceeius Peculiaris Redemptor Pro&Genii Ex Biso FeciU
L*ancienne Capoue était située à trois milles de la nouvelle , et Ton en voit en^ core des restes considérables à la ville de sainte Marie , entre le Yolturne et le Glauius , du côté de Gaserte , qui en est éloignée de quatre milles , où il y a un superbe et magnifique palais du roi de Naples , dont nous parlerons dans la suite. On y voit deux arcades sur le cliemin du côté de Casilino ; on prétend que c'était une porte de la ville. Mais le monument le plus considérable que Ton trouve dans ces ruines , est un amphithéâtre ovale de 25o pieds de long intérieurement, sur i5o de largeur 5 sans compter l'épaisseur du bâtiment , qui esè de plus de i3o pieds. Il en reste quelques parties assez bien conservées , telles que de grands corridors , des voûtes , des gradins et des loges pour les spectateurs. Ce monument est bâti en briques et revêtu de travertin. L'arène est si entamée
que Ton ne découvre pas même le podium 5 ou Tenceinte qui garantissait les spectateurs des bétes féroces : le roi actuel vient de donner des ordres pour la déterrer. Cet ampliithdcUre était formé de quatre ordres d'architecture ; on voit encore une des portes , dont il reste deux arcades également d'ordre toscan , ayant à^ leurs clefs une tête de Junon et une de- Diane , en bas-rélief. Un chapiteau de colonne dorique tombé sur cette porte , fait présumer que le second ordre , qui décorait l'extérieur de l'édifice, était dorique. Du haut des ruines de cet aasa^ phi théâtre , on jouit d'une très-belle vue , fort étendue , et l'on apperçoit le mont Vésuve dans le lointain.
La voie Appienne passait aussi à Capoue , comme nous l'avos remarqué dans l'avant propos , en décrivant le voyage d'Horace de Rome à Brindès. Dans les environs de Gapoue on remarque plusieurs villages et des temples , dont les noms indiquent leur ancienne origine»
Marcianise était un temple de Mars :
Ercole , un temple d'Hercide : Curtis ^ un palais ou Curia : Cassa Piilla , un temple d'Apollon , mais il n'en reste plus rien , non plus que du temple de Jupiter Tiphatin qui était près de Caserte y et
celui de Diane Lucifere , dite Tiphatine , dont T abbaye de St. Ange a pris la place. On appelle encore Monti Tifatini les montagnes des environs de Capoue et de Gaserle : cette dénomination est dérivée du volcan Tlfata qui s'éteignit. On a trouvé vers Tan lySS , à neuf milles de Capoue , une carrière d'albâtre blanc , avec des veines de couleur jaune : on en a fait tirer des colonnes pour le grand pala'^ de Gaserte , qui mises en place ne coûtent que 3oo livres Tune,
La distance de Capoue à Naples est de quinze milles , ou de deux postes. Cette route traverse une campagne fertile et riante \ on y voit le myrte , le laurier et d'autres plantes odoriférantes ainsi que des arbres fruitiers verts et fleuris , au cœur même de Thiver. A moitié chemin ^ on trouve