‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 15 sur 114 · Viairin · texte numérisé non relu

Viairin

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X 7' )( lèle avec tout ce que je viens de citer ; j*ose néanmoins assurer les lecteurs , que cette ville est une des plus belles , des plus agréables et des plus intéressantes que Ton puisse désirer. C'est la nature mcme qui lui a fourni ce que Tart a cherché pouvoir donner aux autres. Si les artistes et les gens de lettres aiment à s'occuper des clief-d'reuvres originaux, c'est dans les environs de Naples qu'on trouve des villes entières qui sont tout-à-fait des monumens de la plus noble antiquité ; c'est un Muséum en œuvre. Mais , sans oublier la ville , c'est ici que vous trouvez des positions charmantes.

On ne peut rien imaginer de plus beau ni de plus singulier à tous égards , que le coup-d'œil de Naples , de quelque côté qu'on la voie. Cette ville est située , au midi et à l'orient , sur le penchant d'une longue suite de collines , et autour d'un golfe de seize milles de largeur et d'autant de longueur, qui forme un bassin appelle Cratère par les Napolitains. Ce golfe est terminé des deux côtés par deux caps ; celui de Misène à droite , et le cap de Minerve à gauche. L'île de Capri semble fermer ce golfe.

L'horizon paraît cependant entre elle et les. caps , et laisse appercevoir l'immen-

site (le la mer. La ville semble couronner ce bassin superbe. Une partie s'élève au couchant en amphithéâtre sur les col-» lines de Pausilype, Saint-Erme et Antignano^ Tautre s'étend au levant dans un terrein plus uni , où l'on voit les maisons de campagne qui se suivent , depuis le pont de la Magdelaine jusqu'à Portici , où est le palais du roi , et , au-de~là , le mont Vésuve. C'est le plus beau coupd'œil du monde , et tous les étrangers conviennent , qu'il n'y a rien de compa* rable à la beauté de ce site.

Il faut voir Naples du haut de la colline de St. Erme, où est la Chartreuse , et qui domine toute la ville , quoiqu'elle soit charmante de quelque coté qu'on se place. C'est pourquoi je ne suis point étonné que le peuple de Naples , enclianté de sa situation la plus heureuse , du climat le plus doux , de la fertilité des campagnes , de la beauté des environs et de la grandeur des édifices , dise dans son langage : vedi Napoli e po mori , ce qui signifie , que quand on a vu Naples , on a tout vu.

En parcourant ses environs on va se promener sur le domaine des savants. Les volcans qui sont à gauche et à droite du grand prospectus de cette ville, je veux

dire la Solfatara et le Vésuve , les phénomènes de la nature , les desastres dont ils ont été les causes , les révolutions , les cliangemens qu'ils occasionnent journellenicnt , les ruines des ville ensevelies iîous leurs laves , celles de tant d'endroits fameux par les récits des historiens les plus célèhres , par les fables des anciens et les écrits des plus grands poètes; tant de restes de la magnificence grecque et romaine ; les débris enfin de plusieurs ^villes autrefois si renommées ; tout f\rit que Ton regarde toute la cote de Naples jusqu'à Pouzol , comme les endroits les plus curieux et les plus intéressans de ritalie.

Du côté du nord , Naples est environnée par des collines qui forment une espèce de couronne autour de la Terre de Labour , Terra di Lcworo , c'est-à-dire , des campagnes fertiles et célèbres que les anciens Romains appellèrent Campania , et qu'ils regardaient comme le pays le plus riche et le plus beau de Tunivers.

Ces campagnes sont fertilisées par une rivière appellée Séhéto , qui descend des collines du côté de Nola , et se jète eu partie dans la mer , après avoir passé sous le pont de la Magdelaine , à Vest de Naples, C'était autrefois un fleuve con^-

déraLle , mais la grande éruption du Vésuve de 79 , fit une si grande révolutioa à sa source , qu'il disparut entièrement. Quelque tems après il en reparut une portion dans l'endroit qui a conservé le nom de la Voila , espèce de petit étang à six milles de Naples , d'où Ton tire aussi de Teau pour la ville. Le Sébéto , nommé vulgairement Formello^ se divise en deux tranches , dans V endroit appelé Casa delVacqua : une partie va à Naples dans Jes aqueducs , et le reste sert aux bains et à arroser les jardins,

La ville de Naples est très-bien fournie d'aqueducs et de fontaines , il y a deux grandes sources qui se distribuent par toute la ville. Les aqueducs qui passent sous le pavé des rues de cette ville , sont très-larges ; ils ont servi deux fois à la prise de Naples,

L'aqueduc le plus ancien est celui qui conduit les eaux du pied du Vésuve, et qui s'avance de cinq milles dans la ville par un chemin couvert jusqu'à Doglio^ lo , et Poggio Reale , où Alphonse H forma sa superbe maison de plaisance. A la porte Capouane les eaux de cet aqueduc passent dans un grand canal àSte. Catherine à Formello , et s'étendent sur toutes les parties basses de la ville jusqu'au

Mole et au Château Neuf. En 1G29 Alexandre Gimirello , célèbre mathématicien , et César Carmignano , noble napolitain , conduisirent à leurs frais la nouvelle eau du fleuve Isclero près Ste, Agathe des Goths , par un canal de 3o milles , qui , descendant par Maddaloni , Cancello , et Acerra , passe par Capo di CJiino , entre ensuite à Naples par la porte de St. Janvier , et fournit à Tusage de la partie supérieure de la ville au pied de la colline de St. Erme. Dans les tems modernes on a réuni dans ce canal les eaux provenant de la villa royale de Caserte.

On croit que l'ancienne ville de Parthénope, ou Neapolis ^ était située dans la partie la plus septentrionale et la plus élevée de la ville actuelle , depuis S* Âgnel-^ lo in Capo di Napoli , jusques vers St. George , St. Marccllin, et St. Séverinr élle était divisée en trois grands quartiers ou places , qu'on appellait la place haute ^ la place du Soleil , et celle de la Lune : elle venait enfin aboutir vers Tendroit où est la Vicaria et le Mercato. A l'égard de Tautre ville appelée Paleopo-' lis , fondée par Hercule , suivant Di 0 dore de Sicile , et qui en était très-voisine , ou ignore sa situation»

La ville de Naples était autrefois entourée de très-hautes murailles , puisque nous savons qu'Annibal en fut effraye , et n'osa pas en entreprendre le siège.

Mais ensuite C€tte ville ayant été ruinée , les murs furent étendus , et on la rebâtit avec plus de magnificence. Son enceinte est d'environ douze milles , car la ville s'étant continuellement agrandie dans la suite , elle n'a plus ni murs ni portes de dehors. Trois forts [châteaux peuvent cependant servir à sa défense , ce sont , le Château de l'Oeuf, le Château Neuf et ce* lui de Saint-Ermc. La tour del Carmin ne , dont on a fait une espèce de forteresse , sert moins à défendre la ville qu'à contenir la populace. Le port de Naples est aussi défendu par quelques fortifications qui se trouvent sur les deux môles.

Cette ville se divise en douze quartiers , qui sont , celui de St. Ferdinand , de Chiaja , de Mont-Calvario , de l'Avvocate , de l'Etoile , de St. Charles à l'Arena , de la Vicaria , de St. Laurent ^ de St. Joseph Majeur , de Port , de Por^ te-neuve , et du Marché , ou Mercato.

On dit communément qu'il y a environ quatre cent cinquante mille habitans à Naple ; c'est par conséquent la ville de l'Europe la plus peuplée , après Lou-

dves et Paris. Les classes indigentes , les facchini ou portefaix , et le bas peuple de cette ville en général , sur tout du côté du Mercato , sont confondus dans ce qu'on appelle lazzaroni , nom qui a donné lieu à bien des contes fabuleux parmi les étrangers.

Les rues de Naples sont pavées de pièces de lave que fournit le Vésuve. Ces rues ne sont ordinairement, pas bien droites 9 ni bien larges : la plus remarquable est celle de Tolèdo , elle est très large , et droite. Les places sont grandes , mais irrégulières , excepté celles du palais royal.

La plus grande partie des maisons , surtout dans les rues et les places principales de Naples , sont uniformes , et presque de la même hauteur , de cinq ou six étages , avec des balcons et des toits plats en forme de terrasses , sur lesquelles on va se promener. On ne trouve à Naples aucune fontaine publique ornée avec goût, comme on les voit à Rome ; néanmoins îl y en a trois plus remarquables ,- dont' l'une s'appelle de Monteolweto , l'autre de Médina , la troisième est à côté du palais royal. Les églises , les palais et tous les autres édifices sont magnifiques et, riches en ornemens , quoique l'archi-»

)( 7» )( lecture ne soit si belle , ni si majestueu*» se et imposante , que dans plusieurs autres villes de Pltalie , surtout à Rome. Mais , du nombre des églises , on y admire celle des Jésuites qu'on appelle la, Trinità Maggiore , la chapelle du Trésor de St. Janvier , Téglise de l'Oratoire de St. Philippe Neri , l'Annunziata , lo Spirito Santo etc. , et surtout celle de St. François de Paule vis-à-vis Thôtel du roi.

On compte àNaples environ trois cents églises , dont quarante huit sont paroisses. On y trouve un grand nombre de palais et plusieurs édifices publics , parmi lesquels 87 maisons pour les pauvres enfans et les vieillards des deax sexes , plusieurs hôpitaux et autres pieux établissemens. Je me contenterai , cependant , d'indiquer succinctement aux voyageurs tout ce qu'il y a de plus remarquable dans cette grande ville.

DE NAPLES

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