TOMBEAU DIT DE VIRGILE
Le lieu du tombeau de ce poète célèbre -se trouve indiqué d'une manière précise par /Elius Donatus , célèbre grammairieu du IV siècle, qui dit dans sa vie de Vir^ gile , que ses cendres furent transférées ^
par ordre d'Auguste , à Naples , qui avait ëte son séjour plus favori; et elles furent placées sur la route de Pouzol , intra lapidem secundum ^ c'est-à-dire, avant le second mille. P. Stace, poète du premier siècle, parle aussi de ce tombeau; et les passages de ces deux écrivains pourraient ctre appliqués à cette ruine qui en porte le nom. On prétend qu'au milieu de ce monument se trouvait l'urne sépulchrale, soutenue par neuf petites colonnes de inarbre blanc , présentant ce distique:
Mantua me geiiiiit ^ Calabri rapuere\
tenet nufic Parthenope i cecinipascua^ riira , duces»
Il se conserva dans cet état jusqu'à l'an 1826, comme dit Villani dans sa cronique cb. 28 , mais qui n'existait plus , méi^e de son tems. 11 n'y existe , donc , plus aucune trace aujourd'bui , ni de l'urne, ni des colonnes ; on voit seulement quatre murailles soutenant une voûte en forme de couj^ole, avec trois fenêtres ; le tout est fait en tuf. Sa forme extérieure est semblcdjle à celle d'une tour , que les oriiemens de verdure d'alentour rendent pittoresque. U semble que ce soit un ancien coliunharium inconnu , mais un des plus simples de ceux qu'on peut voir.
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En descendant du tombeau de Ylrgik, on trouve sur la plage de Mergellina , V
ÉGLISE DE SAINTE MARIE jDEL PJRTO.
Le lieu où est située cette église fut donné par Frédéric II d'Aragon roi de Naples à Sannazar son secrétaire , célèbre poète latin , né à Naples : il y construisit une maison de campagne avec une tour , qu'il aimait beaucoup ^ mais le roi Frédéric ayant perdu son royaume en i5oi , Philibert prince d'Orange et vice-roi de Naples la fit démolir. Sannazar s'en plaignit grandement, et érigea en i529, sur les ruines de sa maison de campagne, la dite église qu'il donna aux religieux servites en l'appellant ^S". Maria ciel Parto , c*est-a-dire , de V enfantement ^ d'après le titre d'un de ses poèmes qu'il avoit composé dans cet endroit. Le même Sannazar étant mort l'année après , les servî* tes lui érigèrent , dans le chœur , un mausolée aussi magnifique par son plan , que par les sculptures qu'il présente. L'idée de cet ouvrage est , en grande partie , du célèbre Jérôme Sautacroce sculpteur na^* politain ; mais , après la mort de celui-ci,, ce fut le frère Jérôme Poggibonzi , du mé« me ordre , qui ra.cheva en lui doun^uit
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plus (le convenance et de goût. Le bns^e de Sannazar y est placé au milieu de deux Génies qui pleurent , tenant en main des guirlandes de cyprès. Les deux côtés sont garnis des statues d'Apollon et de Minerve, qui par scrupule ont été nommées Da* vid et Judith. Le piédestal qui soutient l^^urne sépulchrale contient un beau basrélief représentant Neptune entre des Faunes et des Nymphes qui chantent et jouent de divers instrumens : ces figures font allusion aux. trois genres de poésie qui distinguaient Sannazar. Le Bembo y fit graver le distique suivant , qu'il avait composé lui-même, et dans lequel il compare Sannazar à Virgile :
Da sacro cinerijlores , hic ille Maroni Sincerus , Musa proximus ut tumulo*
Sincerus étoit le nom poétique que prenoit Sannazar dans l'académie Pontaniana»
Il y a aussi dans cette église deux tableaux qui méritent les égards des curieux. C'est un St. Michel qui foule au pied une très-belle femme qui tient le lieu du diable : ouvrage de Léonard de Pistoïe ; et l'autre est l'adoration des Mages , peint par Jean de Bruges, qu'où dit avoir été le premier qui fit usage de
riiulle dans la peinture ( mais il faut re*marquer ce que nous avons observe plus bas dans Téglise de St. Antoine riiermite ) ; on ajoute aussi que ce tableau eût été donné à Sannazar par le roi Frédéric d'Aragon.
En suivant la plage dite de Mergellina , on voit plusieurs maisons de campagne et des lieux de plaisance , parmi lesquels se trouve un palais très-remarquable , mais abandonné , sans jamais avoir été achevé. On le nomme communément palais de la reine Jeanne , quoiqu'on sache qu'il fut bâti vers la fin du XVI siècle ; par une princesse de la maison.Garafia , appellée Anna , c*est pourquoi les Napolitains , en en y ajoutant le Donna , prononcent Dognanna : son architecture est l'ouvrage de Fansaga , et ce serait un des plus beaux palais de Napies , aussi bien par son site > s'il étoit terminé.
La route de Mergelîina , qui a été dernièrement très-étendue , est très-fréquentée par les voitures , et les piétons qui s'y promènent: on y voit abordçF aussi de petits bateaux , particulièrement dans l'endroit nommé la Scoglio , où lea habit,ana de Naples VQut faire des soupe|sr
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et des parties de plaisir pendant les belles nuits d'été.
Un peu plus loin , sur rextrémité du promontoire , se trouve un lieu nomme par les paysans la Gajola , peut-être par sa forme qui ressemble une cage d'oiseaux , car c'est ainsi qu*on l'appelle à Naples. On y voit les restes de cette célèbre maison de campagne de LucuUus , que Pl'ne dans le ch. 54 dli livre IX de son Hist. Naturelle nous a décrite :; le grand bassin , qu'il y fit creuser pour prendre des bains ; le mont qu'il fit percer de part en part jusqu'à la profondeur d*en rendre le pesage navigable ; les viviers et les réservoirs qui y étaient en grand nombre selon le récit de Yarron ; tout cela nous donne un témoignage trèscertain de la magnificence de cet opulent Romain , ou de qui que ce soit le fondateur de cette maison de plaisance.
S'il TOUS plaira traverser le canal, dont noua venons de parler , vous y verrez une voûte , en grande partie ruinée qu'on appelle la scuola di f^irgilio* C'étaient djES bains assurément \ et dans ces lieuxla il y avaient des salles , ce qui peut rendre raison du mot Scuola , école ; niais on ne saurait pas deviner pourquoi Ta-^-ou attribué k Virgile , si ce n'est à
cause de son prétendu tombeau. En parcourant toujours la côte de ce promontoire , et précisément le lieu qu'on appelle Marechiano , on y voit ces fameuses citernes et les viviers de la maison de campagne de Védius Pollion ^ où se conservaient les vieilles murènes que Ton nourrissait de chair humaine , et dont le même Pline parle avec étonnement. Ces viviers existent encore dans leur entier; ils ont 5o pieds de long sur i8 de large et ^4 de profondeur. Et ces deux gros piliers , restes de colonnes d'ordre corinthien , on croit qu'ils appartenaient 2i un ancien temple dédié à la Fortune , au lieu duquel a été depuis bâtie Téglise voisine appellée iS*. Maria a Fortuna. C'est dans la voisine maison de campagne de la famille Mazza qu'on a recueilli plusieurs mémoires de ces lieux-ci.
C'est aussi près du promontoire dePausilype qu'est située l'île de Nisida , mot grec signifiant îlot : elle n'a en eiFet qu'un mille et demi de circuit. On croit qu'elle était anciennement unie au continent, et qu'elle en a été séparée par quelque tremblement de terre. Cicéron nous apprend qu'elle fesait partie de lieux de plaisance de Lucius Lucullus , lorsqu'il raconte qu'il trouva Brutus in insula cla*
rissimi adolescentuU Luculli : et il dit dans un autre endroit ç[ue c'était la petite île de Nisida, Il y a aujourdimi un tazaret pour les bâtimens qui arrivent a Naples du Levant , de la Barbarie , etc. Nous ne quitterons pas Ghiaja , sans avoir fait mention lionorable d'un établissement public qui a été formé dans le lo* cal attenant à l'église de St* Joseph à diiaja 5 pour l'éducation des pauvres garçons , surtout des aveugles. On fait cultiver à ceux-ci la musique, art si propre à les dédommager en quelque sorte de la privation d'un organe si précieux qu^ celui de la vue. Les concerts qu'ils donnent , ont de quoi charmer et atten-» drir doublement l'ami de riiumanité.
DE NAPLES