ANCIENNE VILLE D'HERCULANUM
Son nom , ainsi que les témoignages de Strabon et de Dénis d Halicarnasse , font reconnaître Hercule pour le fondateur de cette ville ^ et ou prétend que c'était riiercule Pbénicien , celui qui défit le tyran Gérion en Espagne , et qui après s'être ouv^ert un passage à-travers les Alpes , vint en Italie , où il fonda Monaco dans la Ligurie , Livourne et Port*Hercule dans la Toscane , et Formie , Pompeii et la ville d'Herculanum, située e^itre Pompeii et Naples , au pied du mont Vésuve et sur le rivage de la mer , où Hercule fit construire un port magnifique pour sa flotte. On prétend que
Celte ville fut fondée Go ans avant Troîe, quoiqu'il en soit , il est du moins certain qu'Herculanum existait du tems de îa republique romaine.
Son site agréable et salubre , l'avantage de la mer et d^autres dons de la nature , attirèrent à Herculanum une quantité de monde et en firent bientôt une des Tilles les plus riches de la Campaiiie. Elle fut d'abord habitée et gouvernée par les Osques , ensuite par les Etrusques , les Samnites , et par les Grecs. Devenue puis alternativement ville municipale et colonie romaine , elle conserva toujours sa magnificence dans les édifices publics , les spectacles , et dans toutes les entreprises et les actions particulières de ses habitans , comme le prouve le grand nombre 'de sculptures et d'inscriptions qn*on y a trouvées.
Les richesses, le luxe, et la mollesse qui sMntroduisirent h Rome dans les derniers tems de îa république , rendirent désirable ar.x Romains le séjour dans une ville grecque , animée par la liberté , le goût , et les plaisirs , embellie parles arts , et située dans un pays fertile etsoas un ciel doux. CicéroQ cite un grand nombre |de romains dont les maisons de campagne se trouvaient à Herculanum , ou ils ^^asT
saîent la plus grande partie de Pannëe. Strabon qui vivait sous Auguste, nous donne une description avantageuse de cette ville ; Pline , Flore et Stace , nous en font également l'éloge^ ses ruines, en effet , rappellent encore la plus belle et la plus opulente des villes de la Gampanie , après Naples et Capoue.
Le tremblement de terre qui eut lieu ïfan 63 de Père cbretienne , endommagea grandement la ville d'Herculanum, Elle se serait cependant relevée de ce malheur , si elle n'eût été entièrement ensevelie par Teruption de Tan ^9 , éruption extraordinaire et bien plus terrible que toutes les autres arrivées dans l'espace des 18 siècles suivans. Pline le jeune fut témoin oculaire de ce terrible événement qu'il nous décrit dans sa belle lettre à Tacite. Il se trouvait , dit-il , à Misène , avec Pline l'Ancien , son oncle» lorsqu'on entendit tout-à-coup un bruit aussi nouveau qu'affreux dans les airs 5 le ciel s'obscurcit et les seuls éclairs , tombant dans ces ténèbres , augmentaient l'horreur de cette scène ; le Vésuve en même tems vomissait une quantité de bitume , de soufre , de pierres ardentes , qui s'élançaient jusqu'à la mer : ces mêmes matières sa dirigeant sur les villes de
Pompeii , Herculanum et Stabie , les ensevelirent au moment , où les liabitans (rilerculanum se trouvaient au théâtre ; il paraît qu'ils parvinrent à se sauver puis* qu'on n'a trouve dans le théâtre aucun cadavre. La matière qui couvrit Herculanum était plutôt composée de ceudres et de pierres menues que de lâve^ une grande partie de la ville fut cependant incendiée : ce qui porte à croire , que ces matières étaient encore ardentes et suivies de torrens d'eau que le Vésuve verse souvent dans ses éruptions , car tout l'intérieur des maisons en fut rempli. Les fouilles faites à Herculanum font voir que de nouveaux torrens de matières volcaniques se sont précipités sur celles dont Herculanum était déjà couvert: on a même dgs indices certains que six autres couches se sont encore formées au-dessus de cette ville depuis sa destruction.
Les belles villes d'ïierculanum , et de Stabie ainsi couvertes , furent tellement oubliées , qu'il en resta à-peine quelques faibles traditions , à l'aide desquelles les antiquaires cherchaient le lieu de leur première existence. La découverte d'Herculanum fut absolument l'effet da hazard. Les habitans de Résilia ayant creusé en 1689 , jusqu'à la profondeur
de 65pieds , pour établir des puits , ils yi;rouvèrent des débris de marbres précieux et plusieurs inscriptions appartenantes à la ville de Herculanuiu. Emmanuel de Lorraine , prince d'Elbœuf, en i'72o , ayant besoin de marbre pour son château de plaisance de Portici , ût creuser autour de ce même puits , et y découvrit plusieurs statues. Ces circonstance^j rappellèrent le souvenir d'Herculanum ^ mais le gouvernement s*opposa à la continuation des fouilles , crainte d'endommager les maisons du village qui est au-dessus.
Nous sommes redevables de la dernière découverte d'Kerculanum à Charles III, qui fît reprendre les travaux commencés par le prince d'Elbœuf. Les ouvriers avaient à-peine pénétré à 65 pieds de profondeur dans le dit puits , lorsqu'ils découvrirent une inscription lapidaire et quelques débris de statues équestres de bronze. Ils continuèrent à creuser horizontalement , et trouvèrent deux statues de marbre , avec d'autres fragmens 9 mais la plus belle découverte fut celle du théâtre d'Herculanum, où le peuple fut , dit-on , surpris par la terrible éruption du Vésuve au moment d'une représentation..
An village de Résina se trouve aujourdlmi Touverture d*une fouille conduisant à un corridor étroit , où Ton descend à ' l^aide d'un flambeau jusqu'à la fin de la mine , oii se trouve le grand théâtre d'Herculanum , le seul monument qui s'ofire encore à la curiosité des voyageurs. Il est magnifique et d'une superbe architecture orné d'une belle façade et de colonnes de marbre placées dans la scène ^ il ressemble beaucoup au théâtre de Palladius de Vicence. Sa circonférence a 290 pieds à l'extérieur , et 2Z0 au dedans. Les spectateurs y avaient 121 rangs de degrés surmontés d'une galerie ornée de statues en bronze.
Il serait à désirer que cette fameuse ville fût entièrement découverte , comme celle de Pompeii , dont nous avons le plaisir de jouir dans son entier ^ mais les villages de Portici et de Piésina qui couvrent Herculanura , ont empêché de comi* pléter les fouilles qu'on n'a pu faire qu'ho* rizontalement et en détail , en comblant de nouveau les édifices , après les avoir examinés et en avoir retiré les plus ri* ches ornemens. Herculanum conserve toujours , malgré cela , les traces de son ancienne beauté. Ses rues étaient larges, ti^ rëes au cordeau, et pavées de laves de la
même espèce que celles que vomit aujourcriiui le Vésuve : ce qui prouve qu^il y avait eu des éruptions antérieures à celle de Tan 79. Ces rues avaient des trottoirs des deux côtés ,> comme celles de Pompeii.
On a trouvé a Herculanum beaucoup de temples , et une infinité de maisons d'une Lonne architecture , et enrichies d'objets de beaux-arts. Le Forum d'Herculanuju qu'on a également découvert , était an€ place rectangulaire de 228 pieds de long, environnée d'un portique soutenu par 4o colonnes : Taccès de cette place se trouvait formé par cinq arcades ornées de statues équestres .- les deux plus belles représentent les Balbi père et ûh , et se conservent dans le musée Bourbon à Naplcs. Ce portique communiquait par un autre à deux temples , dont l'un avait i5o pieds da longueur. Presque toutes les maisons étaient peintes à l'encaustique ,, genre de peinture connu chez les anciens. On a trouvé aussi uiie grande quantité de bouteilles , et de gobelets de gros verre.
La ville d'Herculanum ne fut pas couverte immédiatement par la lave , comme nous l'avons dit plus haut, mais par las cendres du Vésuve qui se mêlèrent à
Teau et formèrent ainsi un mortier trèS"dur , qu'on a de la peine à casser.
Ces matières étaient sans doute embrasées lorsqu'elles ensevelirent Herculanum , car les portes des maisons et autres boiseries de la ville, ont été trouvées con- Tertiêsenuno espèce de charbon, qui conserve encore quelque souplesse k cause de rhumidité de la terre. Tout était réduit en charbon , ou du moins roussi , dans les maisons mêmes où cette matière n'avait pas pénétré. Ces objets cependant j tels que des liyres écrits sur Vécorce de pa« pyrus d'Egypte , le bled , l'orge, les noix, les amandes , les figues , le pain , avaient conservé leur forme, ainsi que les meubles et les utensiîes de bronz>? qui n'étaient nullement endommagés. On a aussi trouvé des chambres remplies de la dite matière , ce qui prouve que les eaux, lui servant de véliicule, l'ont introduite dans les maisons , comme une espèce de pâte liquide. Il faut croire , malgré cela , que la ville d'Herculanum fut ensevelie petit-àpetit , et de manière à donner aux habitans le tems de se sauver, et d'emporter ce qu'ils avaient de plus précieux; car depuis que les fouilles ont été commencées, on ny a trouvé qu'une douzaine de squelettes, et une très-petite quantité d'or,
d'argent , et d'eiFels , qui étoient trop dif^ ficilcs à transporter.
Tous les édifices découverts par les fouilles ont éié combles de nouveau,, et tous les marbres , bronzes , peintures , sculptures, médailles, inscriptions, papyrus, instrumens d'arts, utensiles nécessaires à la vie et autres dont nous n'avions aucune idée , enfin tout ce qu'on a pu enlever , fut d'abord placé à Portici et de-là transféré au musée Bourbon à Naples. C'est une collection unique dans le monde.
Il a été institué à Naples une académie pour examiner et illustrer les susdits monumens: elle est composée des plus savans antiquaires, qui nous ont donné déjà neuf volumes in folio. C'est un ouvrage classique tant à cause de ses savantes et érudites explications , que pour la magnificence de l'impression, et la beauté des gravures.
Au-dessus de Portici et de Résina s'élève le