‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 79 sur 114 · MONT VÉSUVE · texte numérisé non relu

MONT VÉSUVE

Cette montagne est placée entre la mer et les Appennins; elles'appuye sur deux autres montagnes, dont l'une est nommée Somma et l'autre Ottajano ; quoique se-

parées entr'elles, ces montagnes ont cependant une base commune : on croit mâ^ me qu'elles ne formaient autrefois qu'une seule et mc^me montagne, beaucoup plus feaute qu'elles no sont actuellement, et que leur séparation est due à TelFet de quelque éruption , qui emporta leurs cimes et les convertit en cratère. Le Vésuve à la forme d'un cône^ sa hauteur perpendiculaire est de 3573 pieds, et la circonférence des trois montagnes prise à leurs bases , de trente milles.

Trois chemins diiférens conduisent au sommet du Vésuve; celui de St. Sébastien vers le nord;" celui d'Ottajano à l'orient, et celui de Résina du coté de l'occident: ce dernier chemin est le plus fréquenté. On trouve dans le village de Piésina des conducteurs avec des chevaux, ânes ou mulets , à l'aide desquels on arrive jusqu'au tiers de la montagne; les conducteurs , hommes agiles et vigoureux, présentent alors aux étrangers une ceinture attachée a leur corps , à laquelle ces derniers s'accrochent et se font traîner ainsi jusqu'au sommet du Vésuve. Plus on monte, plus le chemin devient diiTîcile; la montagne étant couverte de cen*. dres, et de scories tranchantes et rabotées, les voyageurs courraient grand ris»

(jne de tomber, s'ils n'avaient la pr^caiTtion de se tenir à Ja ceinture du condueteur.

Au lieu d'une plaine agrda}3le, le sommet de la montagne présente un gouflr^ horrible, un cratère de 5G24 pieds de circonfereuce, environné d'un bord de trois à quatre pieds , où l'on peut à-pein@ marcher. En se tournant du côté de dehors , vers la mer , on jouit en cet endroit du plus beau coup d'oeil. Lorsque le Vésuve est tranquille, on peut non seulement se promener autour de son cratère, mais y descendre même jusqu'au fond: quoique cette descente soit très-rapide, on peut cependant s'y lancer à l'aide des inégalités du terrain.

La forme et la surface du fond du cra^ tère varient souvent^ il est tantôt concave et tantôt convexe, suivant le degré de force de la fermentation intérieure. Cette espèce de croûte est formée par la lave, les scories 5 le sable, les cendi^es et autres matières volcaniques. La chaleur qu'on éprouve dans le cratère, est souvent aussi forte que celle d'une étuve.

On ne doit pas se fier au calme apparent, que le Vésuve consgrre quelquefois pendant une longue suite d'années, en n'exhalant qu'une fumée lente 5 car

C^est alors que les matières, qui bouillent et fermcuteut coutinuellement dans le sein de la montagne, s'accumulent et cherchent à sortir du profond abjme qui les renferme. C'est aussi dans ces circonstances , que se font sentir les secousses souterraines, et qu'on voit s'élever des tourbillons d'une famée noire et épaisse 9 qui est d'un très-mauvais augure lorsqu'elle prend la forme d'un cône ou d'im arbre de pin , car c'est l'indice certain d'une éruption prochaine et violente.

On a observé que Teau de la mer quitte par fois le rivage pendant l'éruption 5 ce qui fait croire qu'elle s'introduit alors dans l'intérieur de la montagne; les coquilles marines qui se trouvent souvent dans l'eau vomie par le Vésuve, rendent cette opinion assez probable. Quelle que soit d'ailleurs l'origine des eaux qui pénètrent dans cette fournaise, elles doivent nécessairement en ausrmenter la force et j'a^itation^et contribuer à accélérer l'éru* ption.

Le soufre parait être la cause première de l'incendie d'un volcan , ainsi que de la foudre, qui laisse en effet, partout où elle passe , la même odeur de soufre que les matières du Vésuve»

Les nombreuses expériences de nos physiciens et de nos chimistes prouvent, que la force du feu des volcans est trèssupérieure à celle de nos charbons ardents , et mem.e au feu des verrt^ries; aussi la chaleur volcanique est-elle de trèslongue dui'ée.

Parmi les matières du Vésuve, on distingue la lave et les cendres: la première est d'abord ime matière embrasée et liquide, de la consistance du verre fondu. Elle sort ordinairement des flancs de la montagne pendant les éruptions, se répand comme un torrent jusqu'à ses pieds, et va même quelquefois jusqu'à la mer, oii elle forme de petits promontoires. En s'arrétant, cette lave perd petit-à-petit sa chaleur naturelle et se convertit en nne pierre aussi dure et aussi susceptible de polissure que le marbre, dont elle tient parfaitement le lieu. Cette lave coule lentement et avec une espèce de gravité, mais elle est quelque-fois d*une épaisseur et d'une profondeur considérable. Le moindre oj^stacle suffit pour retarder son cours : elle s'arrête alors , s'enfle et entoure ce qui s'oppose à son passage, jusqu'à ce qu'elle ne l'ait entièrement détruit ou couvert. Si l'obstacle est formé par des pierres poreuses , elles se brisent alors

afec du fracas. Les gros arbres et les bâtisses offrent un plus grand obstacle au cours des laves : elles s'arrêtent alors autour de ces objets; les feuilles des arbres commencent à jaunir, se sèchent, s'enflamment et ne tardent pas à prendre feu arec Tarbre même; mais il est rare que les maisons et autres édifices soient renyersës par la marche des laves qui les embrassent et les comblent. Cette lave conserve pendant très-long-tems sa chaleur interne: eu se refroidissant , elle devient dure comme la pierre, et du ne couleur brune avec des veines marbrées; ou s^en sert pour paver les rues de xSaples et les villes des environs ; lorsque la lave est travaillée, elle est si luisante qu'elle sert à faire des tables, des cheminées» des tabatières et jusqu'à des anneaux et des pendants d'oreilles.

Les cendres du Vésuve sont de différente nature. La force avec laquelle elles sortent du cratère fait qu'elles s'élèvent très-haut et se soutiennent long-tems en l'air. Le vent les porte quelquefois à une distance étonnante. Les anciens écrivains nous racontent , que lors de l'éruption de Tan 79 de l'ère chrétienne, les cendres du Vésuve arrivèrent jusqu'en Egjpte et en Syrie ; qu'elles furent jusqu'à Constan-

tliiople en 47^1 jusques dans la Ponille et en Calabre en i iSq; qu'elles volèrent enfin, s'il faut les en croire, jusqu'en Sai'daigne , à Raguse , et k Constantiuople en i63i.

Ces cendres volcaniques méle'es à l'eati forment une matière liquide qui se répand sur les terrains , et s'insinue dans l'intérieur des maisons, comme cela arriva à Herculanum et à Pompeïi.

On peut juger de la violence de ce volcan par la hauteur prodigieuse de la co^ lonne de fumëe qui s'en élève. On pre'tend que lors de l'éruption de iG3i , la hauteur de cette colonne fut évaluée à 3o milles:; et celle de 1779 avait mille toises de haut, sur vingt de diamètre. Le Vésuve vomit aussi des pierres d'un poids et d'une grosseur énormes , que la violence et la force du feu lancent à une hauteur et a une distance prodigieuses. Mais ce qui est encore plus singulier, c'est que l'immense quantité de matières sorties des entrailles du volcan , et qui couvrent toutes les terres des environs jusqu'à la mer, suffiraient , si elles étaient réunies , à former une montagne pour le moins quatre fois aussi grande que le Vésuve lui-même.

On ne doit pas supposer, comme le font bien des gens , que le Vésuve corn-

miTTiique avec d'autres volcans , et 'particulièrement avec le mont Etna en Sicile, la Solfatara de Pouzol , et Tîle d'Ischiaë Les observations les plus exactes démentent cette assertion, et il n'est pas vrai que le rnont Etna et le Vésuve fassent leurs éruptions en méme-tems , et par une cause commune ; ou que l'un de ces volcans s'allume, lorsque l'autre s'éteint comme quelqu'un l'a cru.

La première éruption du mont Vésuve dont les écrivains fassent mention, est celle du 24 août de l'an «79 de l'ère chrétienne, qui ensevelit à la fois et la ville ct'Herculanum et celles de Pompeïi et de Stabicé Mais d'autres éruptions doivent nécessairement avoir eu lieu avant cette époque, car on a reconnu que les rues de ces villes étaient déjà pavées de lave et autres matières volcaniques : ce qui paraît annoncer que le Vésuve avoit été un volcan éteint long-tems avant que ces villes furent fondées.

L'éruption de l'an 79fnt épouvantable; le volcan s'ouvrit tout-d'un coup avec une explosion terrible: et il en sortit une colonne de fumée épaisse qui s'éleva en forme de cône. Le ciel fut obscurci pendant trois jours; l'eau de la mer abandonna le rirage , et le volcan vomit tant dç matiô-

Tes que les villes crilerculanum , Poiiipeïi et Stable en furent entièrement couvertes. Pline le naturaliste qui était parti de Misène, où il commandait la flotte romaine, pour jouir de plus près du spectacle de cette éruption , en fut la victime àStâ- Lie, où les cendres Tétouffèrent. Pline le jeune son neveu , nous a laissé une ample et très-exacte, description de cette terri- Lie catastrophe, dans ses lettres à TacitCéi;

Le Vésuve fit encore de grandes éruptions dans les années 3o3 , 47^9 5i2, 685 , et io3G. Si nous voulons en croire Charles Sigonius , celle de 147^ remplit de cendres toute l'Europe et causa une telle frayeur à Constantinople , que l'empereur Léon abandonna cette ville, qui se trouve cependant à plus de ySo milles du Vésuve. L'éruption de io3G est rapportée dans la chronique anonyme de Monte-Casino : et Scotus dit dans son Itinéraire, qu'il a lu dans les annales d'Italie , que les flancs du Vésuve s'entr'ou- "vrirent, et qu'il en sortit des torrens de feu , qui s'étendirent jusqu'à la mer.

Il y eut aussi d'autres éruptions en 1 0495 .ii38, II 39, i3o6, et i5oo, mais celle de i63i , la treizième, fut plus terrible encore que toutes les autres. Le 1 6 décembre 1 63 1 , après de fortes secousses , il

s'orlît du crcîtère des tourbillons d'une futné*2 noire, présage toujours funeste; le flanc de la montagne s'ouyrit, et vomit lin torrent de lave qui se divisa en sept branches ; elles se dirigèrent sur autant de points différens , en ruinant les villes et les villages aux environs. Du cratère se précipitèrent ensuite des torrens d'eau bouillante, accompagnés de violents tremblemens de terre. Ce déluge épouvantable inonda les campagnes , déracina et emporta les arbres , renversa les maisons , noya plus de 5oo personnes qui se trou- Taient vers la Torre del Greco ; il arriva même jusqu'à la ville de Naples. Ce désastre dura jusqu'à la moitié de janvier iG33 , et presque cinq mille personnes y |)erdirent la vie. On évalua les pertes à plusieurs millions de ducats.

Les éruptions des années 1660, 1682, 1694? 1698, 1701 , ne furent pas moins terribles; et depuis 1701 jusqu'à lySy, il y eut très-peu d'années , où le Vésuve ne jetât des laves ou au moins de la fumée. Les éruptions de 1737, 175 1, 1754» 1769, 17G0, 1765, et 17GG, furent considérables; mais celle du 19 octobre 1767 fut extraordinaire: le tremblement de terre se fit sentir jusqu'à la distôjuçe de 20 mdks, A JNaples ruOaie il y

eut une pluie de sable et de Cendres : le cours de la lave avait 3oo pieds de largeur , sur 34 ^6 hauteur.

Les éruptions des années 1776, 1778, et I 779 furent moins funestes , mais celle qui eut lieu en 1794» ^"^ très-violente: le Vésuve vomit un torrent de lave qui couvrit les campagnes et les maisons de la Torre del Greco* On compte ainsi 3G éruptions les plus remarquables, depuis Tan 79 jusqu*à celle de i794) on peut quasi regarder ces éruptions comme continuelles , car il ne se passe pas d'anné« que le Vésuve ne vomisse une plus ou moins grande quantité de laves , de cendre*, et d'autres matières, par le cratère ou par les flancs.

La ville d'Herculanum a été trouvée couverte de six couches de cendres, formant ensemble une hauteur de 65 pieds, ce qui rend incontestable , qu'il y eût encore cinq éruptions après celle qui ensérelit Herculanum en 79.

En descendant du Vésuve et en passant parles villages nommés de la Torre del Greco , et de la Torre délia Nunziata , on trouve sur la route de Salerne, et à douze milles de Naples

Page 1