‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 82 sur 114 · THÉÂTRE TRAGIQUE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE TRAGIQUE

C'est le plus magnifique des édifices de Pompeïi , et nous en avons parlé eu partie ci-dessus. Les restes de ce bâtiment prouvent suffisamment la perfection de l'architecture de ces tems-là; et nous font apprécier la richesse des ornemens de ce beau théâtre 9 il est en effet si bien, restauré dans toutes ses parties , qu'on le considère comme un des monumens le plus propres k nous donner une idée exacte et parfaite de la construction des anciens tliéâtres.

La fondation de cette édifice est attribuée à Marcus Holconius Rufus. Les Campaniens furent les premiers qui imaginèrent de couvrir leurs théâtres pour y pré- ^çrver les spectateurs des rayons du so-

leil , au moyen de plusieurs voiles qu'ils tendirent à des poutres plantées à l'extremité supérieure des murs de rédificc.

Aussi le haut de ce théâtre montre-t-ii plusieurs pierres sortant de la muraille , et destinées à recevoir les poutres aux quelles les voiles étaient suspendues. Cette invention utile fut cependant désapprouvée et considérée comme une mollesse campanienne : Ammien Marcellin reproche sévèrement aux Romaius de Tavoir adoptée , et leur donne le titre méprisant d'imitateurs de la lâche Campanie : Pleheii velabris umbraculorum theatraliiun latent , quae Campanam imitantar lascwiani.

De ce théâtre on passe immédiatement au portique connu sous le uom de Quartier de sodats , à cause des chaînes , des instrumens de punition et de quelques armes qu'on y avait trouvées : mais les observations les plus scrupuleuses qui ont été faites depuis , sur toutes les parties de cet édifice , l'on fiût reconnaître pour le portique attaché aux théâtres , dont il a en effet la construction d'après les ré^ gles de Vitruve.

Ce portique a la forme d'un rectangle d'environ loo pas de long, sur 60 pas de large. 11 est bordé d'un rang de 22 colon?

)( 27^ )( nés octangulaires d'ordre doriqne , et sans socles, sur chacuu de ses cotés au long, et de i5 sur les deux autres. Ces colonnes sont de tuf volcanique couvertes de stuc teint en rouge , ou en jaune. Il est environné de plusieurs chambres qui servaient de magasins et boutiques à toutes sortes de marchands. Elles étaient couvertes par un grand portique qui s'étendait sur les quatre côtés du portique. De cette espèce de rez-de-chaussée Ton montait à l'étage supérieur par le moyen d'un balcon de bois qui tournait vraisemblablement autour du portique.

Le rez-de-chaussée et les rangs de colonnes sont aujourd'hui les seules parties de l'édifice qui restent en bon état , mais sans les portiques, ni l'étage supérieur, dont il ne reste que quelques traces , suffisantes pour en faire reconnaître le dessin et l'architecture. Plusieurs chambres supérieures , donnant sur la rue , ont été refaites d'après le même dessin , ainsi que le balcon en bois qui y conduit. En se promenant sur ce balcon, on jouit du coup d'oeil d'une place vaste , située au pied de l'édifice , et qui devait ^tre très-bruyante lorsqu'elle était garnie d'un peuple innombrable et de négocians de toute espèce.

A quelque distance , vers Toi ient , l'on rencontre 1'

AMPHITHÉÂTRE DE POMPEH.

Ce magnifique édifice qui ornait la ville de Pompeîi , fut déterré en partie , reconnu , et recouvert lors des premières fouilles^ mais il vient d'être complètement découvert; il a été trouvé presque dans son entier, de manière qu'on a au-jourd'liui le plaisir d'en observer toutes les parties , comme s'il venait d'être bâti.

Ce fut dans cet amphithéâtre qu'eut lieu le terrible combat rapporté dans 1© livre i4 des annales de Tacite. Livinéjus Régulus donna, pour amuser le peuple, un combat de gladiateurs , auquel se rendirent un grand nombre de colons nocérins limitrophes. Pendant que tous les spectateurs jouissaient de ce combat , il s'engagea, pour un rien, une dispute terrible entre les colons et les habitans de Pompeii , dans laquelle il y eut beaucoup de colons blessés et d'autres y perdirent la vie. Le sénat de Rome punit les auteurs de ce désordre par l'exil de Livinéjus, et par une prohibition de dix ans de ce genre de spectacles.

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