‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 9 sur 114 · ITRI, VILLAGE · texte numérisé non relu

ITRI, VILLAGE

Douzième Poste»

C'est un grand village situé à six milles de la mer, sur la voie Appienne. Quelques auteurs disent , que c'est l'ancienne ville, appellée dans Horace Urbs Mamurraruin. Ce village est place entre des collines , où il y a beaucoup de vignes , de figuiers , de lauriers , de myrthes et de ientisques,quiest l'arbre d'où coule la résine précieuse du mastic: la position en est si agréable , les campagnes si riantes, les productions si variées , qu'on ne peut faire cette route sans un extrême agréjnent.

En avançant vers Moîa di Qaeta^ on voit, sur la droite du chemin, une ancienne tour, qui passe pour avoir été le tomieau de Cicéroji : on croit ^u'il a été

érigé par ses affranchis , dans le lieu même où il avait été tué. Cest un édifice rond élevé sur un basement carré : la partie circulaire a deux étages voûtés , qui sont portés dans le milieu , par un massif rond en forme de colonne: près de ce monument passe un chemin qui pourrait bien avoir été celui par lequel Gicéron allait du côté de la mer lorsqu'il fut assassiné. Près de-là , sur le bord de la mer , est une fontaine, où Ton croit reconnaître la fontaine d'Artachia, vers laquelle Ulysse, d'après Homère, rencontra la fdie du roi des Lestngons.

A huit milles dV^r/, se trouve

MOLÀ Dl GâEïA , BOURG.

Treizième Poste.

C'est un gros bourg situé près de la mer et du golfe de Gaête. Il est bâti Sur les ruines de l'ancienne Formie , ville des Lestrigons , habitée ensuite par les Laconieiis, dont parle Ovide dans le XIV livre de ses métamorphoses. Cette ville était célèbre chez les anciens par la beauté de sa situation. Horace mettait les vins de Formie avec ceux de Falerne au premier rang. Cette ville fut détruite par les Sarvt^ins, l'an §5G.

Il n*y a point de port à Mola, mais beaucoup de pécheurs ; la plage en est délicieuse^ on voit d'un côté la ville de Gaèle qui , en s'avançant dans la mer , forme une vue charmante , de l'autre, les îles d'Ischia et de Procida, qui sont du côté de Naples.

A Castellonc, entre Mola etGaète, on voit des ruines qu'on assure être celles de' la maison de campagne de Gicéron , qu'il appellait Formiaiiiim , où Scipion et Lélius allaient souvent se récréer , et auprès de laquelle il fut assassiné, lors de la grande proscription , pendant qu'il fuyait dans sa litière pour se déi'ober aux fureurs de Marc- Antoine, 44 ^^^ avant l'ère chrétienne, à l'âge de 64 ans.

On a ramassé ces ruines dans la ville du duc de Marrano , à présent du prince de Gaposele, décrite par l'ab. de Ghaupj ; l'on doit aux soins de ce dernier possesseur le recueil de plusieurs monumens , d*inscriptions anciennes etc. qu'on y admire,

A cinq milles de Mola est Gaète , ville de dix-milles âmes, située sur le pen^ chant d'une colline. Elle est très-ancienne, car on croit qu'elle a été fondée par Enée en l'honneur de Gajeta sa nourrice, qui y mourut , selon Virgile, iEn. ^. i #

)( ^7 )( Ta quoque littorihus îiostris jEneia nu*'

trix , JEternam moriensfamam >, Cajeta^ de"

disti :

Et nunc servat honos sedem tiius , ossn^

que nomen Hesperia in magna^ si qua est ea gloria,

signât.

La position de Gaète est sur un golfe, dont le rivage est délicieux: il était couvert autrefois de belles maisons , et l'on apperçoit, même dans la mer, des ruines d'anciennes constructions, comme dans le golfe de Baïes: ce qui prouve le goût que les Romains avaient pour ces rivages, qui sont véritablement délicieux. Cette ville est isolée et ne tient au continent que par une langue de terre; on n'y entre que par deux portes , qui sont gardées avec soin. On j trouve un port commode qui fut construit , ou du moins réparé par Antonin le Pieux, et près duquel est un fauxbourg considérable.

On voit sur le sommet de la colline de Gaète une tour appellée vulgairement Torré d' Orlando y tour de Roland , qui est le monument le plus remarquable de cette ville: il paraît, selon l'inscription

qu'on voit sur la porte, que c'était le mausolée cle Lucius Munatius Plancus, qu'on regarde comme le fondateur de Lyon , et qui engagea Octavieu à préfe'rer le surnom d'Auguste à celui de Romulus, que quelques flatteurs voulaient lui donner , comme au restaurateur de la ville de Rome. Ce mausolée doit avoir été fkit seize ans avant l'ère chrétienne. Ou voit aussi une superbe colonne à douze faces , sur lesquelles sont gravés les noms de divers rumbs de vents , en grec et en latin.

Dans le faux-bourg de cette ville est une tour appelée Latratina ; elle est ronde , presque semblable à la première, quo Gruter estime avoir été un temple de Mercure : ses oracles sortaient d'une Xéla de chien ; Ce qui a pu faire nommer ^n temple Latratina^ de latrando.

Le fort de Gaète fut fait par Alphonse d'Aragon, vers l'an i44o> ^^ augmenté par le roi Ferdinand et Charles V qui fit entourer la ville de fortes murailles , et on la regarde comme une des meilleures forteresses du royaume de Naples. Dans une chambre de ce château on a conservé long-tems le corps du connétable Gliarles de Bourbon , général des troupes de Charles V : il fut tué au siège de Rome qui fut

mise au pillage par son arme'e, l'an i Say, après avoir assiégé long-tenis le pape Clément Vn. Le corps de ce connétable se voyait encore il y a quelques années; mais on assui'e que le roi Ferdinand I le fît enterrer avec des funérailles dignes de son rang. Le fort de Gaète résista il n'y a pas long-tems à deux sièges, l'un dans le 1806 contre les Français , l'autre contre les Autrichiens dans le i 81 5. ;

L'église cathédrale est dédiée à St. Erasme évéque d'Antioche protecteur de la ville de Gaètè. On y voit un beau tableau de Paul Véronèse , et Pétendard que St. Pie V donna à don Juan d'Autridie , général de l'armée chrétienne contre les Turcs. Vis-à-vis de l'autel du St. Sacrement , est un monument symbolique qui paraît se rapporter àEsculape. Le clocher de cette église est remarquable par sa hauteur et par sou ti-avail; on dit qu'il fut fait par l'empereur Frédéric Earberousse.

L'église de la Trinité est la plus célèbre de Gaète: elle est hors de la ville, près d'un ^^Qcher qui d'après une tradition du pays se fendit en trois parties en l'honneur delà très-sainte Trinité, le jour de la mort du Sauveur : un sros bloc tombé dans la principale fente du rocher et qui

sy est arrête, a servi pour base k une chapelle du Crucifix , fort petite k la vërite, mais fort élevée, et sous laquelle passe la mer qui baigne le bas de cette fente de rocher. Cette chapelle était fort ancienne , mais elle a été rebâtie en i5 1 4 par Pierre Lusiano de Gaète. Il faut convenir que la chose est très-singulière , et qu'on ne voit pas d'exemple ailleurs d'une situation semblable à celle de cette chapelle. On reconnaît aisément que cette fente a été faite par une rupture violente, car les apgles saillans qui paraissent sur un des côtés , répondent aux angles rentrans qui sont sur l'autre»

Nous reprendrons maintenant la route de Naples , que nous avons quittée pour aller de Mola à Gaète. Au sortir de Mola on côtoyé la mer sur un mille de chemin : on la perd ensuite de vue pendant le même espace » et on la retrouve à Scavali , petit village où elle forme une anse« On fait encore un mille sur le bord de la mer, et à trois milles de-là on voit les restes d'un amphithéâtre, d'un aqueduc, et d'autres ruines de l'ancienne ville de Mintur* nœ* Peu après on arrive au

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