‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 94 sur 114 · AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

AUX LECTEURS

Jt endant mon séjour à Palerme , j'ai conservé l'habitucie de confier chaque soir an papier l«s réflexions qui avaient frappé mo» âme pendant la journée , et les diverses observations auxquelles avaient donné lieu la vue des choses les plus dignes de l'attention d'un étranger.

J'ai réuni et rédigé, depuis 3 ces notes éparses , et je n'ai garde de donner le nom de voyage au récit d'une courte promenade que j'ai faite dans un pays qui demande du tems pour être observé. Cette esquisse n'est point un ouvrage d'esprit, la vérité seule doit y briller.

Ayant contracté depuis long-tems l'habitude de recueillir les observations et les remarques des personnes distinguées, chaque fois que je les ai trouvées en harmonie avec ma pensée, j'ai cru pouvoir enrichir mon travail de celles qui avaient du rapport à mon sujet. Pour compléter ce Manuel des voyageurs , pour leur épargner la lecture d'ouvrages volumineux , et pour mériter par là un accueil favorable, j'y ai joint quelques notions sur le reste de la Sicile que je n'ai pu visiter cette fois-.

- C'est ce travail que je présente au public. Mes prétentions sont humbles , la critique sera indulgente. J'ai préféré l'écrire en français , l'ayant destiné à l'usage des voyageurs des différens pays où cette langue est répandue. Le style n'a pu en être très soigné , puisque j'écris dans une langue qui n'est pas la mienne. Je me suis occupé à la simplifier , et à éviter de mettre de la recherche dans les phrases. Je me suis d'ailleurs contenté de mettre en abrégé t^ut ce qu'il y a de rare et. d'intéressant à voir, il

m'auraîC fallu , pour m'ëtendra dafantage , do plus amples moyens que ceux qui étaient à ma disposition.

J'espère rendre ce livre agréable à tous les voyageurs. Le savant sera satisfait d*y voir indiques les objets intéressans : il suffit de les ébaucher , son talent suppléera au reste 5 le simple voyageur sera charmé d'être dispensé do se confier à des guides ou cîceroni , puisque jo lui indique les lieux et les objets qui méritent son attention , sans qu'il ait besoin de fouiller dans des ouvrages volumineux et dispendieux.

Si les tableaux faiblement dessinés manquent de coloris , les détails en sont exacts. La fidélité de mes récits sera le seul avantage dont ja prie le lecteur de me tenir compte.

Ce que j'ai vu , j'ai eu l'occasion de le bien Toir 5 grâce à Theureuse position où je me suis trouvé 5 à la suite d'une auguste princesse qui était venue pour connaître cette intéressante l^artie de la belle Italie ; circonstance particulière qui rendait ma position infiniment favorable. J'ai reçu partout l'accueil le plus franc et le plus cordial. Si la reconnaissance a eu de l'influence sur mon jugement , en me faisant voir tout dans un jour plus favorable , c*est une erreur qui trouve son excuse dans le sentiment même qui l'a fait naître. Tous les Siciliens des différentes classes dont je me suis approché , ont été prcvenans envers moi , et empressés à m« rendre service. Je ne crois pas trop m'avancer en disant que leurs expressions restèrent encore au-dessus de cette confiance sans réserve, avec laquelle ils aiment à obliger les étrangers q^ue 1© hasard ou une simple recommandation leur a fait connaître. Je crois payer une partie de ma dette à la reconnaissance en signalant aux voyageurs les personnes qui m'ont honoré de leur bienveillance particulière»

)( 3o7 )( OBSERVATIONS GÉNÉRALES.

Aja Sicile est un pays si remarquable par les tableaux variés et les scènes pittoresques que la nature y déploie de toutes parts , et si intéressant par le grand nombre et la beauté do ses monumens antiques , qu'il est peu de voyageurs en Italie, qui ne l'aient visitée ou n'aient au moins le désir de la parcourir.

C'est la plus grande des iles de la Méditerranée. On estime qu'elle n^a pas moins de deux cent trente lieues de côtes. Sa configuration triangulaire lui fit donner par les anciens le nom de Trinacria. Plus tard , les Sicaniens , peuple d'origine ibérienne , s^en étent emparés, lui imposèrent eelui de Sicania. Plus tard encore, les Siculiens, peuple du Latium , passèrent dans cette île , la subjuguèrent , et lui donnèrent le nom da Sicile^ qui lui est resté. Elle fut dans la suite soumise à divers princes , qu'on appellait Tyrans 3 de ce nombre furent les deux Denys , tyrans de Syracuse , qui se rendirent célèbres par leur cruauté.

Après une longue guerre , les Carthaginois mirent à profit les troubles qui suivirent la mort de Denys , et consolidèrent leur puissance en Sicile : sans l'arrivée de Timoléon , les Africains demeuraient maîtres de Syracuse. Les victoires du héros de Corinthe les obligèrent à conclure la paix, mais elle fut de peu de durée. Agathocle , pressé de nouveau par eux , conçut et exécuta la pensée hardie d'aller mettre le siège devant Carthage. Pyrrhus , allié des Carthaginois , fait encore une fois de la Sicile le théâtre de la guerre ; il en est repoussé. L'occupation de Messine par les Mamertins fut le pré-

texte de la première guerre punique, et la seconde rendit les Romains maîtres de la Sicile.

A la chute de l'empire d'Occident, Genseric , roi des Vandales, enleva cette lie aux Romains et la dévasta. Les victoires de Bélisaire la rendirent de nouveau à Justinien I , en 535. Les premières incursions des Sarrasins en Sicile remontent 5 selon Novaïri , historien arabe , à l'an 4<^ de l'Hégire , ou 665-66 de l'ère chrétienne 3 des émirs la gouvernèrent jusqu'en 1070^. c'poque à laquelle ils en furent chassés par les Normands. Delà elle passa successivement au pouvoir des Allemands, des Français et des Aragonais , qui en demeurèrent les maîtres .'jusqu'en i5i6. Ferdinand-le-Gatholique réunit alors la Sicile à la couronnne d'Espagne. Le traité d'Utrecht de 1718 la donna au duc de Savoie , Victor-Amédée. Entin , après avoir été conquise et perdue encore une fois par les Espagnols , elle est possédée depuis le traité de paix conclu à Vienne en 1786 , par la branche des Bourbons qui règne en Espagne , et dont un infant est aujourd'hui roi des JDeux-Siciles.

Ce fut le 3i mars 12,82 cjue tous les Français qui gouvernaient alors la Sicile furent égorgés , à la même heure , dnns tout l'étendue de l'ile. On prit pour signal du massacre le premier coup de cloche des vêpres , ce qui l'a fait appeller les Vêpres Siciliennes. La petite ville de Sperlinga , située dans l'intendance de Catane , est intéressante en ce que ses habitans refusèrent de prendre part au massacre , et sauvèrent les Français réfugiés dans leurs murs. Fiers de cet acte d'humanité, ils montrent encore sur la porte de leur hôtel-de-ville cette inscription à-la-fois si belle et si simple.

Qaod Sicidis plaçait , sola Sperlinga negavit.

La Sicile , gouvernée maintenant par un lieutenant ( laogQtenente ) du vice-roi , est divisée

en vîngt-trois districts, formant sept intencîances : Palerme , Messine , Catane , SyracuS9^ Tra-. pani , Girgenti et Calta-Nissetta. On y compte en tout 44*^ villes , bourgs et villages. D'après le dernier recensement, la population de l'ile s'élève à un milion six cent cinquante mille? âmes, tandis que dans les temps anciens la seule ville de Syracuse ne comptait pas moins d'un niilîion deux cent mille habitans.

Un des premiers avantages dojjt la nature l'ait favorisée, est son climat. Un éternel hiver règne sur TEtna , pendant que Girgenti jouit d'un j^rintemps perpétuel. L'aspect de cette terra fortunée produit sur l'âme une sensation qu'on ne saurait exprimer. Il n'existe peut-être pas en Europe de sol aussi fertile , aussi propre à toutes le cultures , mais à peine un quart da son étendue est-il défriché. Le blé et le vin , la soude et les marbres sont les principaux ob-i jets de commerce. L'aloës fait rornernent dii pays j il s'y élève jusqu'à trente pieds ; lorsqu'il a atteint sa cinquième année, sa tige se couronne d'une fleur de forme pyramidale , et de couleur blanche; elle s'épanouit au mois d'août , et à la fin d'octobre l'arbre se dessèche. L'opuntia ou figuier d'Inde, qui borde tous les chemins , porte un fruit salubre , aliment de la classe indigente. Le papyrus croit naturellement à Syracuse , dans les eaux de la fontaine de Gyané. Le platane est indigène de la Sicile. L'azédarac , le bignonia , le grand yucca, le palmier da<:tier, le grenadier, le figuier^ le caroubier, le châtaignier, le tamarinier^ lo palmier nain , de l'êcorce duquel on foit de petites cordes j l'arbousier , le palmachristi , le laurier rose , le myrte ^ le cassier , le jasmin d'Espagne, l'acanthe , le melon d'eau d'un goût exquis 5 enfin toutes les plantes potagères ou

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légumineuses et tous les fruits de l'Europe y ajjondent.

La Sicile est riche en mines d'or , d'argent, de ler 5 de cuistre, de plomb; mais on en néglige l'exploitation, et Ton ne travaille qu'à celles de soufre, d'alun^ de nitre , de vitriol , de mercure , de salpêtre et de sel fossile. Les marbres sont de belle espèce et d'une grande variété. On y trouve du porphyre , de l'albâtre, des agathes , des jaspes , des grenats , du cristal de roche et d'autres pierres fines. La pèche du corail se fait à Trapani et à Messine. L'ambre jaune , d'une espèce plus diaphane que celui de la mer Baltique, abonde dans le voisinage de l'Etna , particulièrement à l'embouehure de la Giaretta ; on le travaille fort bien à Catane.

Palerme , T^Iessine , Trapani et la port de Girgenti sont les seules places où le commerça soit actif , mais partout^ des Anglais^ Américains ou autres étrangers , ont établi des maisons de commerce. Les autres ports ne font que le cabotage. M. Goodhaws possède une grande fabrique de vins à Marsala , et fait de grands envois de son excellent vin; il en expédie , pour Boston seulement, deux mille tonneaux par an. Faute d'industrie, presque toute la soie s'exporte écrue du pays, pour la valeur d'un million de duc.its. Tons les produits d'industrie et de manufactures sont anglais ou français. Le thon m.ariné est un objet de commerce très lucratif; on en évalue le produit à deux cent cinquante mille francs par an. Marseille tire de la Sicile une grande quantité de soude de la première qualité. En général , la situation d& l'île entre l'Europe , l'Afrique, et l'Asie , est extrêmement favorable au commerce. Il serait à désirer qu'on rendit enfin les chemins praticables poui- faciliter , avec l'intérieur du j>ays , les commuuications qui, jusqu'à présent, se

font par clés sentiers fort incommodes. Le beau chemin qui con<luit par Morreale , Partenico et Alcamo est la seule chajasst'e qui existe dans l'île. Tant qu'il n'y aura pas de routes da<ns l'intérieur , les communications seront toujours difficiles , et la culture du pays ne fera guère de progrès.

Un trait principal du caractère des Siciliens est leur amour pour leur pays. L'attachement pour le sol qui les vit naître , ranima toujours leur courage après les nombreux désastres dont ils furent victimes. Ce sentiment leur donne la force de vaincre tous les obstacles ', il féconde la lave, fertilise la cendre^ élève une ville sur les ruines de celle qui vient d'être engloutie.

Il ne sera pas inutile de donner maintenant une note sur les comptes de monnaies , les poids, et les mesures , en Sicile.

Les comptes se tiennent en onzle de 3o tari , qui se divisent en ao graiii chaque. Le ta" ro contient 2. carlini , ao grani , i5 pVnii,o\x 12.0 piccioli. Le scudo ou piastre de Sicile , est évalué à la tari , le fiorino à 6 tari ou la carlini 5 et le diicato à 10 tari.

Les monnaies réelles d'or sont les pièces de six ducats ou double once , et les pièces de trois ducats ou simple once. Celles d'argent sont les onces de même valeur que ci-dessus j les scudi siciliens de douze tari siciliens; les pièces de 6, 4j 3 et I tari siciliens, les carlini et demicarlini à 10 et 5 grani , outre les monnaies réelles de Naples qui ont cours aussi. Cependant , on doit observer que les tari , les carlini , etc. de Sicile n'ont que la moitié de la valeur que les mêmes dénominations ont à Naples , car l'once sicilienne y passe pour i5 tari , et le scudo sicilien, pour 6 tari etc.

La pièce de trois ducats d'or pèse 5 trapezi, poidi napolitain ; sa finesse a varié de ao i/a à

ai i/a car.its ; le sciido d'argent, ou pièce rlo la tari 5 pèse 3o trapezi , la 3/4 acini j elle est de 10 onces de fin. Il résulte delà que l'once sicilienne contient 877. 3^5 grains anglais d'argent fin. Elle vaut , par conséquent , 10 sh.

3 j/i2 d. sterl. , ou la fr. 72, c. ; l'écu , 4 ^^^* ou 4 1^' 94 '^^ ^ ^^ ^^ taro, 4 d- ou 4^ centimes 5 ou plus exactement , i liv. st. est égale à

I onzia , 2.8 tari , i5 grani.

On fiiit usage de trois espèces de poids en Sicile : du rottolo grosso de 33 onces, du rotto^

10 sottile de 3o , et de la lïhra ou livre de li. 100 livres de Sicile - 70 liv. avoir du poids ,

ou 3i ,74 kilogr. , ou 56 liy. ai onces, a i/a draclim. , poids de Vienne. Le cantaro grosso contient 100 rottoli grossi , ce qui correspond à 19a liv. avoir du poids ^ ou 87^ 3o kilogr. , ou I quintal 55 liv. aS onces , 1^,9, drachm. , poids de Vienne. Le cantaro sottile est 100 rottoli sottili 5 et égale 175 liv. , avoir du poids, ou 79 5 37 kilogr. ou i quintal , â^i liv. a3 onces , 1^4 d'rachm. , poids de Vienne.

La mesure sèche de la Sicile est la sahna. Celle du blé se divise en 4 hisaccie , 16 ioino-

II ou 64 inandeîli : il y a cependant la salnia, grossa qui vaut 14 staja , mesure de Livourne ; et la saîma générale - 11 1/4 ^^ c^s staja.

11 résulte de là que la salma grossa - 9 , 77 boisseaux d'Angleterre, ou 3,44 hectolitres, ou 5 j/a raetzen , mesure de Vienne , et la salma geiîerale - 7 , 85 bois. angl. , ou a , 76 hect. -, ou

4 3/8 metzea et 14 1/2. bêcher ^ mesure de .Vienne.

Le vin se mesure à la salma , dont 4 ^"nt a hotte , et 3 boiti - i tonna. La salma de Messine se divise en 8 harili , 16 quartari ou Sao quartucci , pesant chacun 5-,a ou a4 onces , et contient a3 5 06 gallons anglais , ou 87 , 36 litres. La salma de Syracuse est de 1/8 plus fai-

h\e que la précédente. A Messine , et dans les p!aces voisines , l'huile se vend au caffiso ^ qui pèse 12 j/i rottoli , ou environ 3,4 liv., avoir du poids. 5 i/i caffisi sont censés tbrmer i mi/îerole de Marseille , ou 17 gallons anglais de yin. Ainsi le caffiso correspond à 3 ,09 gallons , ou 11,69 litres, ou 8 maasz, 1 seidel, mesure de Vienne.

La mesure de longueur , en Sicile , est la canna , qui se divise en S paînii. Le palmo mesure 9,5 pouces anglais^ la canna égale par conséquent , 76 1/4 pouces anglais , ou i j 9-36 mètres ; ou a aunes i5/3j de Vienne.

)( 3i5 )( ITINÉRAIRE INSTRUCTIF

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