‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples et à ses environsChapitre 95 sur 114 · PALERME · texte numérisé non relu

PALERME

J-ja plupart des voyageurs qui arrivent en Sicile, y viennent de Naples. On commence ordinairement le tour de l'île par Palerrae , la capitale et la ville la plus considérable de l'île, le siège du gouver* "ïieme'nt et le séjour de la noblesse, î Depuis l'établisse^iient d'une commu- Jiication régulière et plus sûre par le bâtiment à vapeur , la course de Naples à Palerme est devenue une promenade* On •paye trente-trois ducats par personne , y compris le déjeuner et le dîner, et pour le domestique huit. On y est très bien , et ■tout y est confortable , autant ^ue le corn- •porte un voyage de ce genre. Les dames ont leur salon à elles. L'heure du départ est partout également fixée à onze heures atant midi. Le moment le plus flworable 'pour Voir Palerme est la fête de Ste. Ro- '^alie, le 1 5 juillet, laquelle dure plu* «ieurs joiirs j et y attire presque un quart

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de la population de TUe. Cette fête conte a la municipalité et au gouvernement, qui y contribue aussi , quatre et même six mille ducats. ;

La vue du golfe de Palerme kst belle, mais elle n'est pas comparable a celle du golfe de Naples , qui est beaucoup plus étendue et pliLS pittoresque. Cependant '* le jnoJit Pelle grifio et le cap TLafarano^ adossés à la chaîne de montagnes semicirculaires , qui partent de lenrs bases décharnées et ceignent une vaste plaine, encadrent agréablement le tableau ,. que des collines verdoyantes et \ç:ç> belles maisons de campagne de la Eagheria n'em-f- Lellissent pas moins. Les monts arides , brûlés et blanchis par im soleil ardent, avertissent d'abord le voyageur qu'on est plus près des cotes de l'Afrique que de celles de l'Europe. Tout en prend la teinte et le coloris. Ce qui le frappe le plus au premier aspect, dès son arrivée dans cette ville*, c'est la singularité de la pbj^sionomie de ses habitans , et son caractère prononcé.

Palerme justifie bien son épitbète, la

feVice , si par là on entend une situation

charmante, un ciel sans nuages , un sol

fertile , des campagnes pittoresques , une

viUe superbe, un commerce florissant ,

des liabitans hospitaliers. Le Las peuple y est misérable comme dans toutes les grandes villes; mais à la faveur d'un si beau climat, il endure ii*oins de soffrances , et le bas prix des denrées lui impose moins de privations. Mêmes mœurs, mêmes habitudes , mêmes allures , même esprit d'indépendance, même cynisme caractérisent également le lazzarone deNaples et celui de Palerme.

Palerme bien moins illustre que les autres villes de la Sicile , mais plus ancienne et fondée par une colonie de Chaldéens, connue dans l'antiquité sous le nom de Panormus ( Totus Portas) , renferme peu de flnts intéressans dans ses annales. Liée au sort commun de Tîle, elle suivait les vicissitudes politiques dont ce pays offre de si fréquens exemples , sans présider aux événemens qui les préparaient. Les émirs sarrasins y fixèrent leur demeure, et depuis , ceux qui ont régné sur cette belle contrée , ont préféré le séjour dePa-^ lerme à toute autre résidence. Messine sous tous les rapports et particulièrement par sa position géographique et ses fortifications, qui la rendent une des plus belles places fortes de l'Europe , serait plus convenable pour être le siège du gouvernement.

Païenne balic dans une plaine dont elle occupe le cenlre , paraît au premier coiip-d'œil beaucoup plus petite qu'elle n'est réellement; aussi ëprouve-t-on une surprise agréable, lorsqu'en parcourant ses belles et longues rues , on reconnaît peu à peu son étendue.

La ville de Palerme , peuplée d'environ cent soixante-trois mille âmes, n'a guère plus d'une lieue de circuit; elle est défendue par un fort et des batteries à fleur d'eau: celles de Varenella et du môle, du côté du mont Pellegrino , et celle de St. Erasme , du côté de la Bagheria , sur la route de Ter mini.

Il y a vingt églises principales , soixante-sept couvens des deux sexes, quinze conservatoires de femmes et de fdles , cinq grands hôpitaux, un hospice pour les enfans trouvés, deux monts-de-piété, cinq casernes, deux théâtres, une université, huit maisons d'éducation , un séminaire, trois bibliothèques publiques, et un observatoire (au palais du roi).

Deux grandes rues pavées en larges dalles , ornées de belles maisons dont les rez-de-chaussée sont distribués en boutiques, deux rues qui se coupent transversalement au milieu, partagent la ville en quatre parties égales. La principale s'a^j-

pelle rue ciel Cassaro (cla mot arabe rz/eassar^ qui veut dire palais) , aussi dite Toledo; elle est longue de i45o pas, et large de 4^ pieds; l'autre Macqueda ou Strada nuova , longue de 1200 pas , et large de 44 pi^<^ls , et moins belle que la première.

La ville a plusieurs portes qu'on ferme la nuit, mais deux seulement méritent ce nom. : l'une , la porta-felice , qui forme l'entrée du côté de la mer , représentant un arc de triomphe , ç^tl^i portanuova à l'autre bout du Cassaro conligue au palais-royal; elle est d'une belle architecture. La ville a beaucoup souffert du dernier tremblement de terre dont on voit encore des traces nombreuses.

La noblesse a de beaux palais à Palerme , ils sont généralement meublés avec élégance et ornés pour la plupart de petits jardins ou d'agréables terrasses sur lesquelles on s'établit le soir pour jouir de la fraîcheur de l'air. Le palais du prince Butera, situé sur la Marina , promenade publique, est sans contredit le plus beau et le plus imposant de Palerme.

Sur le littoral se trouve la belle promenade appellée la Marina , qui donne entrée à celle de la Flora , jardin public, vaste , bien dessiné , bien entretenu , plus

agreaLîe que somptueux, et où le bon goût remporte sur la magnificence. Des arbres Je haute futaie groupés de distance en distance , donnent un délicieux ombrage. Un vaste terrein contigu k cette promenade a été transformé en un beau jardin botanique, où l'on compte plus de quatre mille plantes exotiques : elles y fructifient comme dans leur sol natal.

Le port dePalermc est petit, il est protégé par le môle, longue jetée d'environ six cents toises vers le nord-onest de la ville, s'avançant vers le sud h. environ deux, cents toises, et h quatre cents du coté de l'ouest, et faisant un angle droit. A l'extrémité d-u mole il y a deux batteries, au milieu desquelles est une tour avec un fanal. Au bout du môle, du côté de la terre, est situé le fort. Le côté du sud-ouest est rempli de roches , qui sont en partie à fleur d'eau. Ainsi pour venir mouiller dans la rade dePalerme, on s'arrête presque vis-à-vis de la ville et à la tête du môle , où il y a de 18^22 brasses d'eau à fond d'herbes vaseux. Si l'on veut entrer dans le môle, il faut ranger sa pointe , où il y a i 2 à i 5 brasses d'eau , ensuite on conduit le long du môle jusqu<î dans le fond; puis on mouille le premier fer de la gauche, et on met la poupe du

vaisseau proclie du môle , avec deux amarres , ayant la proue vers Touest sudouest , où l'on porte un autre fer. On peut rester alïourcbë proche l'entrée du môle r c'est 1h que mouillent les vaisseaux par 5 à 6 brasses d'eau à fond d'herbes vaseux 5 les vents d'ouest et de sud-ouest, quoiqu'ils viennent du côté de la terre, ne laissent pas d'y être incommodes.

Le traversier de la rade est l'est-nordest , qui cause grosse mer. Si l'on veut aller mouiller avec de petits bàtimens dans le petit port, qui est devant la ville, il faut ranger à discrétion la pointe de la gauche, où l'eau est profonde^ car sur la droite , dev ant le chnteau , on trouve plusieurs roches sous l'eau , et qui s'avancent en mer. Au milieu de ce passage 011 trouve cinq à six brasses d'eau , et du même côte', dans le fond du port, deux a. trois htàj^^es.

Le climat de Palerme est très-sain , et le seul vent de sud, le sirocco influe malignement sur le corps humain. Ce vent n'est autre chose que le khamsin tant redoute des orientaux, atténue par le mélange d'un fluide moins vicié. Il prend naissance dans les sables brûlans du grand désert de Lybie , où le défaut absolu de végétation produit une extrême rareté

d'o-xîgène. Malgré la longueur du trajet, il arrive en Sicile poussé par les vents de sud-est , et répand sur ce beau pavs , mais particulièrement sur Palerme, sa maligne influence. Il frappe d'une égale paralysie les facultés morales et physiques; et jette tout le corps dans un malaise semblable à celui de la fièvre. Un assez bon remède contre ses efl'ets malins, est de prendre des bains de mer , de grand matin, et de se tenir clos et couvert au lever et au coucher du soleil; de suivre un régime humectant , et de manger le soir le moins qu'il est possible. Les étrangers regardent ces précautions des habitans du pays comme autant de préjugés, mais ils paient cher leur incrédulité. Les gens aisés ont ordinairement leurs appartemens disposés de façon à avoir des chambres exposées , les unes au nord et les autres au midi ; les premières son^ fraîches en été et dans les grandes chaleurs , même de jour , les secondes sont plus chaudes en hiver.

Le palais royal , Iiabité par les lieutenants du royaume depuis que Naples est devenue la métropole , est un vieux château sur une belle place, près dela^jorta~nuova. Aux angles qui dominent la place , il a encore deux bastions garnis

de quelques pièces de canons. Deux pavillons et un corps-de-logis qui les unit , forment la principale partie du bâtiment et enferment la grande cour, autour de laquelle s'étend une galerie qui donne entrée dans les appartemens. La grande salle est belle; le château ne possède de vraiment remarquable qu'une chapelle, dont l'architecture, moitié gothique, moitié grecque des bas siècles, offre un monument précieux de la transition d'une période barbare à une période, s'il est possible , plus barbare encore. On y retrouve cette profusion d'albâtres , de porphyres , de marbres orientaux , genre d'ornemens , qui semble avoir fait école en Sicile. Les murs intérieurs sont revêtus d'arabesques lourdement dessinées, sans grâce , sans aucun style , et de figures gigantesques, exécutées en mosaïques grossières , dans le goût de celles de St. Marc de Venise. Les matières dont se compose cette agrégation, consistent prin- , cipalement en fragmens de terre antique, de porphyre et d'une espèce de vitrification dorée. La chapelle a été bâtie par le roi Roger , en 1 1 29 ; elle a trois nefs avec un double ordre de colonnes. Dans le soute] rain se trouve une autre chapelle , que

Ton croit avoir été Tasile des clirétiens^, clans les tems de perse'cution.

Sur la partie la plus élevée du château se trouve Tobservatoire astronomique , érigé en 1791 , sous la direction du célèbre abbé Piazzi , ex-jésuite , qui y a découvert en 1801 une huitième planète, Cérès.

Dans le grand hôpital de la ville, se trouvent sur les murs deux belles peintures a fresque^ Tune représentant le I triomphe de la mort, est attribuée à Grescenzio , du quatrième siècle 5 Fautre est de Pietro Novelli , connu sous le nom de Morrealese , ami et rival de Vand jck , et est malheureusement endommagée par le tems.

La yicaria ou palais de justice renferme les prisons T son emplacement dans la rue du Gassaro est mauvais et mal sain.

\Suniversité a été fondée par le roi Ferdinand I, qui encouragea beaucoup les sciences et les beraix arts , dont il était un protecteur vraiment royal. L'académie des^ beaux-arts y est réunie, et on commence a y former aussi une galerie de peintures 5 le feu prince Belmonti y contribua par le legs d'un grand nombre de tableaux. Le musée d'antiquités contient plusieurs belles statues en marbre , trou-

."Vees dans les fouilles de Tindari, ancien- .ri<> ville dëtiuilc, entre autres , un torse xl'après nature, du plus beau travail grec 9 une Flore et un Adrien en costume de prêtre. On y admire les métopes trouve'es en- 1823, dans les ruines du temple de Selinimte , par deux jeunes anglais , MM. Harris et Angel:; le premier mourut bientôt après à Pàlerme, victime de son zèle ardent pour les recherches scientifîqiiGts. Sur l'une on voit , en grand bàs~rë- Jief , Persée qui , assisté par Minerve, cou- |Tie la tête de Méduse, du sang de laquelle liaquit Pégase^ sur l'autre est représente' Hercule Mélampyge , qui porte sur sas épaules les fils de Tia , Passalus et Acliémon. Sur une troisième enfin se trouvent les restes d'un char traîné par des che- Vau.t. L'université possède aussi une hel^ Je collection de médailles greco-siciliennes. Les professeurs y ont beaucoup d'érudition; ils sont très estimés dans le monde, littéraire.

IL^ fontaine de la place Prétorienne est d'une somptuosité extravagante; c'est un beau monument d'architecture et de sculpture , mais qui au lieu d'orner la petite place où il se trouve , l'encombre et l'obstrue a un tal point qu'on est obligé de se placer à une fenêtre des maisons

Toisines pour saisir TensemLle de sa composition, et en juger r effet. Elle a plusieurs bassins, les uns au-dessus dé& autres , sépares par des galeries , où ron monte comme sur autant de théâlreSj pour y voir les divers animaux qui jettent Teau de différentes manières , fort agréables , et admirer quelques statues assez belles , qui contribuent à orner cette fontaine. Au-dessus de ces bassins est une tête soutenue par quatre figures, laquelle reçoit les eaux de plusieurs jets fort élevés. De cliaqu^ côté il y a divers, petits animaux i qui s'en envoient Tun à l'autre.

Sur la place de Bologni^ se tronve, sur un piédestal de marbre , k statue de bronze de l'empereur Charles V roi de Sicile. Ce chef-d'œuvre est de Volsi , sicilien; il date de l'an i53o; le bon dessin , les formes correctes , le mouvement léger , et l'air de dignité le font admirer.

Les nombreuses églises de Palerme sont pour la plupart mal situées , et excepté la cathédrale, leur extérieur négli* gé n'offre rien d'imposant. Les temples consacrés au culte de Dieu devraient être placés isolément , et n'être jamais adossés à d'autres bâtimens.

Les anciens avaient bien plus le sentiment de rinfmi dans la conception des édifices consacrés à la divinité. Leurs temples placés au sommet des promontoires, comme des phares religieux, ou dans les sites les plus pittoresques, semblaient se détacher de la terre comme pour s'élever vers le ciel. L'accès du temple , bien loin d'être interdit aux regards vivifiant du soleil , s'ouvrait devant lui de toutes parts , et c'était la voûte des cieux qui complétait celle de l'édifice» Aussi ces monumens ont-ils je ne sais quoi d'aérien , qui parle au cœur, à l'imagination, et communique à la pensée un essor vers les régions éthérées , véritable patrie des cimes pieuses!

Il est vrai que l'ame du voyageur qui entre dans les églises d'Italie , est saisie de ravissement en voyant cette richesse de mosaïques , de piliers énormes , de colonnes de marbre , de granit , de porphyre ; ces beaux tableaux , ces belles statues ; tous ces beaux mausolées ^ tous ces magnifiques autels , mais que ce faste et ce luxe sont déplacés ! - C'est la quantité qui lui en impose , et la qualité achève de le captiver en faveur de l'orgueil humain , qui depuis plusieurs siècles a <!herché à embellir , par les chefs-d'œu^

-Vre des beaiix-arts , les temples de rinim- Lie dévotion chrétienne.

Les églises les plus remarquables de Pâlerme sont :

Le Dôme ou la cathédrale , bâtie dans les années iiGG 1189, par Tarcheveque Gauthier , et placée sous l'invocation de Ste. Rosalie , dont l'intercession délivra Palerme du fléau de la peste. Ce beau monument de Tarchiteeture normano-gothique , est comparable aux plus belles mosquées de Cordoue , aux plus riches palais de Grenade. Il est fâcheux que les décorations intérieures répondent si peu au beau style du dehors. Un artiste non sans talent , sous prétexte de restaurer ce précieux édifice , vint en détruire riieureuse harmonie , et le dégrader par les disparates les plus choquantes. Ce n'est pas que , sauf le défaut d'unité de style , ces décorations en elles mêmes , ne produisent un assez bel effet : chaque pilier de la nef principale est revêtu de quatre colonnes accouplées de granit égyptien. Les marbres les plus rares , les stucs de la plus parfaite composition recouvrent Les parois à^^ bas-côtés et les înurs des chapelles latérales. Vingt-huit statues ou bustes en marbre blanc, chefsd'œuvre du célèbre GJiagiiii , sicilien ,

décorent la coupole et le chœur. Le maltre-autel éclipse tout , soit par la richesse des matériaux , soit par le précieux du travail : la brocatelle , les jas|>es , les agathes , Talbàtre oriental , brillent de toutes parts. On y admire surtout une colonne de lapis-lazuli , d'une rare dimension. Les piédestaux et Tare de la porte ont été exécutés , en 1 4 25, -^dv Gamha^ ra* L'intérieur de cette église est éclairé le soir de la fête de Ste. Rosalie par cincj cents lustres chargés de bougies , qui jettent une lumière trùs-éblouissante. La fête de Ste. Rosalie rap pèlera désormais le souvenir de la révolution de [820. Le (eu d'artifice qui précéda cette solennité , fut le signal de ces troubles qui mirent la désolation parmi les habitans de cette ville opulente.

Les deux tableaux en bas-rélief de marbre , sont de villa-reale , élève de Canova. L'un représente l'entrée des re^ liques de Ste. Rosalie, dans la ville 5 l'autre Jésus-Christ , chassant de Palerme , à la prière de la sainte , la guerre , la peste et la famine.

Cette noble basilique renferme les somptueux mausolées en porphyre rouge oriental et en marbre blanc , dans lesquels reposent les cendres du roi Roger , ( lils du

comte Roger , qui conquit la Sicile sur les Arabes , et pytit-iils de Tancrède de Haute ville), de Timpératrice Constant ce sa fdle , de deux empereurs , Henri YI et Frédéric II , de Constance reine d'Aragon , et de Guilluiune duc d'Atlîèues. On les croit d'une époque antérieure à la période du onzième au quatorzième siècle , et peut-être transportés de Rome en Sicile par l'empereur Constantin , petit-fds d'Héraclius ; en effet, les quatre tombeaux en porphyre , d'un seul bloc , ont une analogie parfaite avec celui de l'impératrice Hélène , placé au Vatican , dans la salle dite à croix-grecque , du musée Pie-Glémentin.

Ces lieux témoins de leur vie , dépositaires de leurs corps , et illustrés par de grands souvenirs , inspirent une émotion toute particulière au voyageur qui vient de loin pour les contempler. Il nous semble près d'eux que notre imagination transportée par une influence magique dans ces temps reculés , nous rende contemporains de leurs actions glorieuses. La puissance devint le prix de la valeur du roi R.oger , rédouté de ses voisins après les avoir vaincus -, il régna pendant cinquante ans sur la Sicile , dont il sut maintenir la gloire et la prospérité. Le brillant

cortège des artis apparut a la cour do Frédéric Il , et pendant son règne on oublia que la guerre et Tanarchie avaient dévas-té ces belles contrées , que des brigands armés avaient pillé ces temples , qu'un proconsul fameux avait aussi dépouillé autrefois. La civilisation a passé à travers la barbarie , et la Sicile a conservé les tombeaux de ses conquérans et de ses maîtres. La munificence du feu roi Ferdinand a pourvu à la consevation de ces beaux nionumens.

L'église de la Martorana ou de St. Simon , mérite d'être visitée comme un modèle de rarelîitecture usitée après le onzième siècle. La forme intérieure , le peu de lumière qui y entre et donne \x ce lieu un air mystérieux , conciliateur du silence et du respect sacré , la ricbesse et Télégance des ornemens rendent ce temple intéressant. 11 a été érigé en iii3 , par George Anliocbeno amiral du comte Roger et ensuite du roi Roger. Il a la forme d'un parallélogramme , et se compose de trois nefs \ Jiuit colonnes corinthiennes et dix arcs soutiennent la voûte. D'après l'usage de ces temps , l'intérieur est couvert d'une riche et belle mosaïque , figu- ' :çant les traits principaux de la vie de Jésus-Christ. En entrant, on observe à gau-

clie une mosaïque représentant ramiral grec aux pieds de la sainte Vierge , aux mains de laquelle est suspendue l'inscription grecque qui le declai'e fondateur de réglise. De Tautre côté , vis-à-vis , se trouve l'efligie du roi Roger avec la barbe blonde , et sur la tête duquel Jësus- Christ pose la couronne de la Sicile. Le tableau du maître-autel est de Vincenzo- Ainemolo palermitain j disciple de Polidor de Caravaggio , qui vivait au seizième siècle. Celui de la Madone du Rosaire est de Salerno , peintre sicilien , qui vécut au commencement du dix-septième siècle , et fut appelle le boiteux ( il zoppo ) de Gangi , lieu de sa naissance. La tour de Téglise est intéressante par sa forme et son travail gothique.

Le couvent , dans la rue Gassaro , est surmonté d'un étasfe avec des fenêtres orillées et d'un belvédère , où les religieuses arrivent par des corridors souterrains qui traversent même la rue.

L'église de St, Mathieu , autrement de l'Ame , n'est pas moins admirable par la quantité de marbres et de peintuKes dont ses chapelles sont surchargées , que par la beauté de son portail , oii sont plusieurs rangs de colonnes les unes sur les

antres , qui soutiennent la figure de St. Mathieu en marbre très rare.

Dans l'église des Theatlns , Ton admire la quantité prodigieuse de piliers de marbre , tous d'une seule pièce et d'une grosseur et hauteur surprenantes. Près de la grande porte sont deux tombeaux et , au~dedans de l'église , une fontaine dont l'eau est recherchée en été. La grande ciiapelîe ciel santo Crocifisso est sous l'église. Il y a une congrégation de nobles qui jr Tiennent tous les soirs entendre une exliortation et quelques prières ; on n'y voit pour tout ornement qu'un Christ mourant sur la croix. Cette confrérie se retrouve dans toutes les églises des théatins, qui sont en grand nombre en Sicile. Les jeunes gens ne paraissent dans cette chapelle que pour y être vus de leurs pareTîs, et , pur ainsi dire , par procédé.

L'église del Gesà est un édifice superbe , tant par son architecture que par ses peintures et sculptures : mais surtout par ses piliers , qui sont comme tapissés de marbre , de porphyre et d'autres pierres des plus rares , travaillées en figures. Les chapelles qui sont autour de la nef, ornées de belles peintures et de sculptures en bas-réîiefs, sont autant de chefs-d'œu- \re5 celles surtout qui accompagnent les

deux cotés du grand autel , méritenl ce titre par leurs belles colonnes entremêlées de plusieurs statues du plus beau marbre, et de balustrades qui les ferment.

L'église délia Olwella est bâtie dans le goût moderne. On y admire un grand tableau peint en Sicile , par Palladio , de Florence, yers le commencement du dixseptième siècle. Il représente St. Ignace en prison , se préparant a recevoir la pal-r me du martyre. L'ombre y est bien rendue et riiorreur bien exprimée. Le tableau se distingue par la beauté du dessin , la grandeur et la bardiesse de la composition. 11 y a aussi une vierge de toute beauté , que Ton prétend être de Rapliaèl.

L'église di sauta Zita possède un tableau représentant la déposition de la croix. Les têtes y sont d'une beauté telle que Rapbaêl lui-même les eût avouées.

Il s'y trouve aussi, un autre tableau du célèbre Novelli : c'est la Magdeleine expirante , sujet exécuté avec la plus grande délicatesse. La composition est pleine de suavité et de grâces ^ les groupes sont distribués avec intelligence , le dessin est fmi ; la tête de l'évêque surtout est d'une beauté remarquable. Le visage pâle de la Magdeleine à l'agonie, mais brillant encore des feux de la jeunesse , touche in-

finiment , et failre naître la plus tendre compassion. Le contraste du visage serein de Tange avec celui de la mourante fait un grand effet. Ce tableau me paraît à l'abri de toute critique.

L'église de V Oratorio del Rosario à St. Domenico , possède aussi des tableaux de peintres illustres. Il y en a un de Vandyck , qui a travaillé à Palerme. L'on y reconnaît son style formé par les études particulières qu'il fit des ouvrages du Titien et de Paul Veronèse '-, la manière délicate et légère qui le distingue , et la simplicité avec laquelle il sut orner les traits de la vérité qu'il a si bien saisie. Il est en même temps magnifique , élégant et franc dans les plis de la draperie , et en général grand coloriste. Les autres bons tableaux sont de Stommer , Maratti et Novelli.

Dans l'église de Ste, Catherine , on admire , tout en critiquant , les murail-r les complètement revêtues en marbre blanc et ornées de dessins en arabesques qui y sont incrustés et imitent une tenture damasquinée , comparable aux plus bea^ux tissus de Perse.

L'église de St, Ignace est une véritable carrière de marbres précieux , de ja-»

«pes , cVagatlies , de lapislazuli , et {raiitres pierres de grand prix.

Un arcliilecte de talent et de bon goût a su préserver l'oratoire de St, Philippe de Neri , de ce grand luxe lapidaire.

Dans le couvent des Capucins , au faii:bourg , se trouvent sous Tëglise des catacombes taillées dans le roc yif , et où l'air a la propriété particulière de conserver pendant plusieurs siècles , à l'abri de la corruption, les corps qu'on y dépose. Un escalier peu éclairé conduit dans un long corridor carré , dont le pourtour est tapissé de squelettes à demi recouverts d'une peau tannée. Cette crypte souterraine renferme plus de deux cent cinquante j moines , plusieurs gentils-bommes et au- ! très, un pacha tunisien devenu cbreiien , et un colonel autrichien , M. Leszynsky, mort à Palerme , en 1823, tous habillés et debout , les bras croisés sur la poiirine , ou placés le long du corps , ce qui produit un singulier eiîet et mérite d'être vu. L'on distingue encor-e parfaitement ies traits de chaque personnage , et même l'odeur n'y est pas si mauvaise qu'on devrait le supposer. Les femmes sont dans des coffres couverts.

- Le :2 de novembre, jour des morts, ces corps iuauiuj^^ suut revelus de leurs

liabîts clc gala , de leurs uniforme? , de toutes les pompes enfin dont la mort croyait les avoir dépouilles pour toujours.

On éprouve un saisissement tout particulier en pénétrant dans cet asile de la mort. La peau des joues retirées par le déssecliement , découvre les dents et fait faire à plusieurs une grimace assez semblable a celle que produit le rire.

C'est dans ce temple que le pensée de la mort devient grande et terrible ^ elle s'empare du cœur pour y porter l'épouvante. Cette initiation aux mystères dix sépulcre , détruit l'idée d'un lendemain, dégoûte de ce qui cbarmait , détache de ce qui troublait les sens ; enfin elle effraie l'homme les j^lus ferme en l'obligeant à penser à sa prison d'argile , à son infaillible et prochaine destruction.

Dans les faubourgs de Palermc se trouvent encore deux châteaux de style mauresque, bâtis du temps des Sarrasis. L'un appelle palazzo Zisa , dans la Oliviiz-^ za , presque vis-à-vis la belle villa ÏViU ding ( du prince Butera ) , appartient au prince de la Scherra ^ et l'autre , palaz-^ zo Cuba , sur la route de Morreale , sert de caserne à la cavalerie. Ils sont l'ouvra^ ge d'un émir qui donna les noms de ses filles à ses monumeus clégaus. Dans tous

les deux Von voit encore des inscriptions arabes. Dans le premier habitèrent de« princes Normands , qui y firent exécuter (les peintures à fresque , maintenant très endommagées. La fontaine , à la porte d'entrée , rappelle encore quelques souvenirs des tems des califes. De la terrasse qui recouvre rédifice , on jouit d'une Yue magnifique sur la ville , les montagnes qui l'environnent et les plaines couvertes d'orangers , de citronniers , de liguiers-d'Inde , d'aloès et de lauriers sauvages , qui forment un tableau délicieux. Cette vue est unique dans son genre. La pureté de l'air de la Sicile donne à ce paysage enchanteur un caractère de beauté et et d'originalité qu'on ne peut rencontrer que difficilement ailleurs. Boccace, dans son Decameron , fait mention de ce lieu pittoresque.

C'est de la hauteur , derrière la maison de campagne du roi à Bocca di Falco , qu'on admire aussi le riant paysage de la plaine de Palerme.

Parmi les montagnes groupées en amphithéiUre autour du territoire de Palerme , on distingue au nord-ouest de la rade , le Monte Pellegrino , connu des Romains sous le nom de Mons Eveta , célèbre dans le cours des guerres puni-

qiies par ses positions inexpugnables oii s'étaient retranchés les Carthaginois; phis fameux eucore aujourd'hui pour avoir recueilli clans ses solitudes Ste. Rosalie , patrone de Palerme , princesse issue du rang royal , qui , jeune encore , quitta le monde et la cour de Roger dont elle faisait rornemcnt , pour cmbra*sser la vie contemplative. Elle vécut dans le douzième siècle. Cette tradition a fait du Mont Pellegrino un lieu de pèlerinage et de dévotion. Sur l'escarpement inacessiLle de ses roches décharnées , on a pratiqué , au moyen d'une centaine de voûtes , construites à grand frais , un chemin large , bien pavé , tracé en zig-zag , mais un peu rapide. Cinq quarts d'heure de marche sont employés pour arriver au sommet du plateau. Là , dans les flancs d'un énorme rocher , coupé à pic , s'ouvre une grotte , oi^i , on croit qu'elle vécut: ses reliques , renfermés dans un châsse très-riche , sont exposés à la vénération des pieux Palermitains.

Ses reliques furent portées ei^ procession à la cathédrale , en 1624 , et ayant délivré la ville de la peste , on érigea une chapelle , sur le Mont Pellegrino , on la sainte a été sculptée en marbre par Tedeschi. Depuis ce temps , cette procès-

sion se répète tous les ans le la juillet , et doiiiio lieu a des réjouissances publiques qui durent pendant plusieurs jours.

L'intérieur de cette chapelle compose le tableau le plus pittoresque. Lorsqu'un rayon de soleil pénètre au travers des lierres et des broussailles , dans cette église taillée dans le roc , sa lumière niystérieuses éclaire avec magie Tautel doré et rimage de la patrone de Palerme.

Sous le mont Pelliegrino , qui semble être le génie tutélaire de Palcime,se trouve la belle plantation du feu roi , appellée la Favorita , peuplée d'une prodigieuse quantité de lièvres et de faisans. Une belle fontaine , ouvrage d'un sculpteur sicilien , orne le jardin. La maison de plaisance , à côté d'une petite église et près de la maison de campagne du prince Wiscemi , est bâtie dans la stjyde chinois. Elle est entièrement décorée de magots , de sonnettes et de parasols , et au milieu de luxe de Pékin g , on trouve à chaque pas des saintes Vierges et Aç^^ gravures anglaises. Du belvédère , on jouit d'une belle vue vers le Capo di Gallo et le golfe. La contrée est parsemée de belles maisons de campagne parmi lesquelles se distingue celle du prince Belmonti.

CARINI-HYGCARA.

Le petit village cîe Carini , l'antique Hyccara , est la patrie de la courtisane Lais.

La jolie V ill a-TV il clin ^ ^ dans le faubourg Olivuzza ^ et son jardin anglais » très riclîe en plantes exotiques de toutes les parties du monde , méritent d'être visités. Cette plantation et la maison meublée avec beaucoup de goût et d'éiégance , font les délices du prince Butera , botaniste passionud.

L'île dellc Féminine vit finir, en iGoo, du supplice le plus cruel , l'aventurier Cotisone , qui se faisait passer pour Don Sebastien , roi de Portugal tué en Afrique , et qui causa beaucoup d'inquiétude; à la cour de Madrid,

A la Bagharia , située su la route de Ter mini ^ à trois milles environ de la ville , se trouvent une quantité de maisons; de campagne des premières familles de Palerme : celle des princes Palagonia , ludguaimera , Cattolica ^ Prahia rivalisent entre elles par le luxe de rarclii-^ lecture et la richesse des ornemens inté-^ rieurs. Le feu prince de Palagonia avait eu le goût bizarre de décorer ses jardins de statues sottement monstreuses \ il en

teste encore plusieurs, quoique son fils en ait fait briser beaucoup. Le prince dessinait lui-même ces images ridicules, et réalisait ainsi les rêves d'un fie'vreux doue de peu d'imagination.

I)u*^Belvédère de la villa Valguarnera, où l'on arrive par un chemin très rocailleux , on a une superbe vue sur deux golfes.

Près de la Bagliaria à Solanto , ancienne ville des Phéniciens , est le petit palais que le feu roi habitait durant les grandes pèches du thon , qui donnent un revenu considérable.

TEPiMINI.

Termini a été élevé par les Carthaginois après la chute à^Himera , détruite par Annibal , pour venger Amilcar qui y fut défait par Gélon , le jour même où trois cents Spartiates mouraient avec tant degloire auxTliermopyles, l'an 480 avant Jésus-Christ. L'église majeure de Termini passe pour être construite sur les ruines d'une grande fabrique ancienne , qui fut , dit-on , le palais du proconsul Sthenius. Les eaux chaudes de Termini ont assez de réputation; une tradition sacrée chez les anciens faisait jaillir cette source pour délasser Hercule.

s. MARTINO.

Si le voyageur veut encore consacrer une demi-journée de son séjour a Palerme , à voir le beau couvent des Bénédictins , Seul Martjno , il ne la regrettera pas. Ce couvent est situé à sept milles italiens de Palerme , vers l'occident , sur une hauteur qui domine une vallée solitaire et pittoresque. Une route excellente y conduit par le petit village de Bocca-di-Falco.

Ce couvent a été bâti par le pape St. Grégoire ( bénédictin ) , dévasté par les Sarrasins et rétabli plus tard 5 il est à présent un des plus riches de la Sicile^ on évalue ses revenus à i 26,000 ducats» L'édifice est d'une belle architecture, orné d'un bel escalier, de belles statues et de divers marbres.

La bibliothèque , la collection de nié-dailles , et particulièrement le musée , qui contient une collection intéressante d'antiquités greco-siciliennes , sont dus au zèle du savant et infatigable bibliothé"^ Caire le R. P. don Salvatore de Blasi* Dans l'église se trouve sur le dernier au* tel, à droite, un j5'^. Benoit de Noi'elli^ qui s'inflige la discipline. Les têtes des moines et chevaliers assistans ont beau-

coup d'expression , les groupes sont distribués avec inlelligeuce et formés avec grâce; la draperie est belle et riche; Teuscnible imposant. On y voit encore un tableau de Palladino , qui représente St, Jean prêchant dans le désert; il se distingue par son pinceau. Dans le réfectoire un Daniel au milieu de lions , ouvrage •u fresque du Morrealese et plein d'une admirable perfection , mérite une attention particulière.

Les principales villes de la Sicile, et même presque toutes celles auxquelles se rattachent quelques souvenirs , étant signées sur les côtes , il est plus commode et moins dispendieux de ^''y rendre par mer. L'intérieur du pays n'ofire aucun moyen facile de communication : point d'auberges ; des gîtes très éloignés les uns des autres; point de routes frayées , quelques sentiers tracés a travers àQ:S montagnes souvent infestées de brigands , à chaque pas de larges torrens ou de profonds ravins; voilà sans doute des motifs suflîsans pour déterminer la plupart des voyageurs c\ préférer les chances d'une navigation peu dangereuse, car les barques dites speronare ^ employées communément à ces petits trajets , prennent terre cha-

que soir ou mouillent dans des rades aLrîtëes.

Plusieurs voyageurs gènes , par leurs relations particulières dans leur désir de faire le tour entier de Tîle , feront bien d'aller au moins de Palerme à Se geste , excursion qui leur fera connaître une partie de l'intérieur du pays , et pour laquelle deux jours suffisent , quoique la distance soit considérable. Je Tai fait et j'ai admiré le temple de Ségeste avec une sensation particulière.

Animé du désir de compléter cet ouvrage , je n'ai pas bésité à y ajouter lu description abrégée des autres endroits de la Sicile qui sont visités ordinairement par l«s voyageurs qui font le grand tour de rile, et j'espère qu'on m'en saura gré.

A la poste de Palerme , il y a des voitures à louer pour l'excursion à Ségeste. On s'en sert jusqu'à Alcamo , où l'on prend des mulets jusqu'au temple , et après cinq heures de temps employées à y aller , le voir et retourner à Alcamo, Ton rctour- .iie en voiture à Palerme , ou l'on continue son chemin à cheval par Trapani , Marsala ou Mazzara vers Girgenti,

Une belle chaussée bordée de parapets, de bancs, et de fontaines, conduit par une

pente douce , et k côté de belles plantations, jusqu'à Morreale.

MORREALE.

La nature offre ici au voyageur le spectacle le plus piquant par sa variété ^ la végétation la plus féconde se voit à côté de rochers arides , qui ont Tair d'être sortis du fond de la mer, ou d'avoir été entassés les uns sur les autres par quelque révolution volcanique.

En arrivant par mer à Palerme on découvre déjà sur la hauteur la ville deMorreale, siège d'un archevêque , intéressante par l'église cathédrale , qui y attire les curieux avec raison.

Ce temple magnifique et le monastère contigu des bénédictins , connu sous la dénomination de sauta Maria la Nuova ^ furent bâtis , en 1174? P^ï* Guillaume IL roi normand , appelé le Bon. Les moines y arrivèrent du couvent délia Cai^a^ près de Salerne. Les premiers abbés furent en même temps nommés archevêques et le sont encore. L'église jouit du j^rivilège d'avoir le rang de métropolitaine depuis Tannée 1 182 , et celles de Gatanea et de Syracuse lui sont assignées comme suitragantes. Les moines du célèbre couvent du Mont-Cassin , en forment le chapitre.

Cette église est un de^ plus beaux monumens de la Sicile par sa grandeur, son architecture , la rareté de ses marbres et la quantité de ses mosaïques.

La grande porte de l'église est magnifique ; elle est de bronze , ornée de basreliefs représentant différens sujets de là Bible. Les portiques latéraux reposent sur des colonnes de marbre , et Ton y admire des mosaïques superbes.

La forme de Féglise est une croix. Elle a trois nefs ^ vingt-deux colonnes de granit oriental soutiennent la grande nef: leurs chapiteaux sont de marbre blanc et ornés de bas-reliefs. La hauteur de la nef est de treize cannes et quatre palmes. La nef qu^'on appelle Calcidico ou le T est large de ly cannes. La longueur de la grand porte jusqu'au fond de la tribune est de quarante-deux cannes. Les neufs colonnes qui séparent les trois nefs sont hautes de quatre cannes et une palme.

Il y a quatre autels : trois au fond , dont le principal ou le grand autel est tout en argent, et fut érigé par rarchevéque^Ze^/<^, à la fin du dix-huilième siècle, ainsi que le quatrième, du côté droit, qni renferme les intestins de St. Louis , roi de France. Outre cela il y a trois chapelles , dont

Tune a été bâtie par le cardinal archevêque de Morreale , Ludovico de Torres t dans le seizième siècle, et dédiée à Ste. Castrensc.

La seconde fut érigée par Qiovaiini liuaiio ^ archevêque de Morreale , Tannée 1692, et s'appelle la chapelle du Crucifix. Tout y est marbre et pierres colorées, avec un fond d'azur de smalte vénitien. Les murs de la sacristie sont recouverts de beaux stucs ; la voûte et le pavé sont de marbre.

La troisième chapelle dédiée à St. Benoît (l'abbé) , fut bâtie par les chanoines de cette catliédrale , dans le dix-huitième siècle. Le tableau de l'autel qui représente le saint dans un groupe de nuages , est du célèbre sculpteur Marahiti , sicilien. Le pavé est également de marbre , et sur les murs sont exécutés en basréliefs plusieurs traits de la vie du saint.

Toutes le murailles de l'église, à commencer à la hauteur de trois cannes jusqu'au plafond , sont incrustées de mosaïques , formées de smalte de toutes les couleurs. Toute l'histoire du vieux et du nouveau Testament, s'y trouve figurée depuis la création du monde jusqu'à la pentecôtc. Dans les deux ailes du T , sont représentées les vies de St. Pierre et

de St. Paul , et sur les arcs les fîgare.'Ç Je divers saints. Le plafond est en bois à frontispices sculptés. L'incendie du ii novembre 1811 a beaucoup endomniagc ce belle édifice , qu'on a restauré depuis en grande partie.

Le pavé du cbœur et de la tribune est de mosaïque , formé de vert antique, de porphyre , et de marbre blanc. Le piédestal du St. Jean-Baptiste , tout en porphyre avec des bas-reliefs est du travail le plus fin.

Dans cette église se trouvent les mausolées des rois Guillaume 1 , surnommé le méchant, et de son fils Guillaume II, le Eon , fondateur de ce temple; le premier tout en porphyre , avec des bas-réliefs , et entouré de six colonnes de la même matière , qui soutenaient un toit de granit oriental; mais lors ded'incendie il fut mis en pièces; l'autre est de marbre blanc et fut peu endommagé. Le premier a été érigé par le fils , et celui du fils en i5^5 , par Louis I^ de Torres^ archevêque. Cinq autres furent détruits par lincendie; ils renfermaient les restes de deux des premiers archevêques de Morreale , de la reine Marguerite , mère de Guillaume II et de ses frères. Tous ces corps ont été mis dans des caisses de plomb , et sont dé-

posés en attendant dans la chapelle de St. Benoît.

Le couvent attenant a Tciglise est vaste et beau ^ le dortoir carré est soutenu par deux cent seize colonnes de marbre blanc, sur les chapiteaux desquelles sont sculptés des traits de rÉcriture-Sainte.

Aux parois du grand escalier se trouve placé à gauche le fameux tableau , chef-d'œvre du célèbre Pietro Novelll ^ le Raphaël de la Sicile^, ami et rival de Van-dyck , né et mort a Morreale , et trop peu connu hors de l'Italie. Il semble avoir réuni dans ce tableau toutes les forces de son génie et de son talent. L'exactitude du dessin , la vivacité du coloris , la souplesse des formes, la hardiesse de l'exécution , l'harmonie de la composition et la solemnité du sujet y ont atteint le plus haut degré de perfection. La tête de St. Grégoire est surtout remarquable; St. Benoit qui en est le principal sujet, occupé à distribuer du pain , a vraiment une majesté céleste. Novelli , s'y est peint lui-mtlnie parmi les chevaliers de St. Jacques ; la femme qui badine avec deux enfans est sa fdle , artiste elle-même , et les deux enfans sont ses petits-fils.

De Morreale l'on vient à

PARTENIGO.

Jolîe petite ville, peuplée cVenviron onze mille âmes , et située au fond d'un riche bassin , où d'abondantes eaux entretiennent la verdure et la fécondité, et q,u milieu de coteaux boisés , bien cultivés et très-riants. A peu de distance de la ville, le prince Lëopold , frère du roi , possède une belle maison de plaisance entonrée d'un parc rempli de gibier. Sur la crête des montagnes que Ton passe, les regards se portent avec ravissement, d'un coté, sur la plaine de Palerme dont le foud est formé par une mer d'azur, et de l'autre, vers \q ^o\îe à^ Castellamare:, une richesse de perspective toujours en harmonie et la beauté de la route (jue l'on parcourt, se déploie jusqu'à

ALC.LMO.

Cette ville, peuplée de treize mille âmes, a été fondée en 828 par un prince sarrasin nommé Alkamah, Sa position pittoresque, sur une hauteur; ses tours et ses murailles crénelées , lui donnent l'aspect d'une ville mauresque. Il 7 a quelques belles maisons et de riches hahitans , parmi lesquels le baron Pastori tient uu rang distingué. Les femmes d'Al-

camo ont conservé une partiedu costume mauresque; elles s'enveloppent , comme les femmes turques, dans un large manteau noir: il est de soie chez les riches, de serge chez les pauvres; elles le cioisent sur la ligure. Un beau tableau du

]3. An^elo di Fiesole, décore un autel de

l'église des Zoccolanti. Le territoire d'Al-

camo est très fertile en vin, huile, blé, manne, et surtout en sumac (rhus coriaria), arbrisseau qui n'exige aucune culture et dont la feuille , réduite en poudre, sert à la préparation des cuirs.

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