SÉGESTE
D'Alcamo a Ségestc, le pays change tout-a-coup et devient stérile et monotone; à des terres cultivées avec art succèdent des terreins abandonnés à la nature. Nulle habitation ne se présente à Tœil humain , et le chemin devient pénible. La nature paraît avoir ménagé le superbe et imposant temple de Ségestc, pour laisser un vestige de l'industrie et de la richesse de cette contrée, autrefois si populeuse, et maintenant abandonnée.
C'est à moitié du chemin que l'on découvre le temple qui est situé sur une hauteur, au pied du mont Eryx , qui a clé célèbre chez les anciens par le culte
cIg Venus, L'élégant profil Je ce temple antique, et son noble fronton, se dessinent dans les vapeurs diaphanes de Tatmosplière. Eu s' approchant graduellement, on se familiarise avec le grandiose de sa structure. Telle est la magie de ses proportions , tel est le prestige de ses formes , que de quelque côté qu'où l'envisage, à quelque distance qu'on le considère, il charme toujours les regards , il enchante toujours l'imagination. Il a bravé l'influence du tems. Assis isolément sur le sommet applati d'une colline de forme hémisphérique , il occupe un espace de trente toises de long , sur douze de largf. Six colonnes au pronaos, autant au posticum, et douze à chaque partie latérale , ou quatorze , en répétant celles des angles, décrivent le pourtour du péristyle dont les entre-colonnemens sont de sept pieds, et dont les colonnes un peu pyramidales ont six pieds quatre pouces de grand diamètre, sur vingt-huit pieds dix pouces d'entablement, plus encore un stylobate et un fronton, ce qui fait une élévation totale de cinquante-huit pieds. Les colonnes , bien que d'ordre dorique ancien , ne sont pas cannelées , parce que l'édifice est resté inachevé, ce dont ou trouve également la preuve dans les bos-
sages ménagés sur toutes les surfaces , afin d'oiTrir une prise facile aux mains et aux instrumens qui mouvaient ces masses énormes. On ne retrouve aucun vestige de murs élevés dans Tintérieur du temple. L'inscription moderne sur le fronti* spice, pour célébrer sa restauration par le roi Ferdinand, fait un mauvais eli'et. Les savans ne sont pas d'accord sur la divinité à lacpielle ce temple fut consacré.
Excepté les ruines d'un petit théâtre sur une éminence voisine du temple, il ne reste aucun vestige de la ville, qui, rivale de Sélinunte , occupait un rang distingué parmi les cités les plus puissantes de la Sicile. Saccagée et ruinée par A^athocle^ elle fut même dépossédée par lui de son nom, et reçut celui àç^Dicepolis , plus analogue à sa déplorable destinée , c'est à dire la ville du châtiment , de la vengeance.
Dans un lieu dit Calameth , du nom d'un vieux château sarrasin, surgit une source d'eau chaude sulfureuse, que l'on aurait droit de supposer avoir été les bains de Ségeste , dont parle Diodore. A trois milles de Ségeste se trouve la petite ville de