‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 16 sur 92 · DE LA VILLE · texte numérisé non relu

DE LA VILLE

DE NAPLES

Il semblerait qu 1 après avoir vu Rome , rien n’est capable , dans aucun endroit de la Terre, d’exciter la curiosité, et de mériter l’attention des Voyageurs. En effet , où trouvera-t-on, en architecture, quelque édifice comparable à la basilique de St. Pierre ? un ancien monument plus majestueux que le Panthéon d'Agrippa , et plus superbe que le Colisée ? Où trouver en sculpture tant de chef-d’ oeuvres anciens que dans les Musées Pie Clémentin et du Capitole : dans les maisons de campagne Albani et Lodovisi ? Quelles peintures pourront égaler le mérite de celles que l’on admire dans les loges et dans les chambres de Raphaël , dans les galeries Farnèse , de la Farnésine , Doria , Colonna , etc. ?

Cependant , quoique la Ville de Naples semble n’offrir rien , dans aucun de ces genres , qui puisse être mis en parallèle avec tout ce que je viens de citer -, J’ose néanmoins assurer les Lecteurs , que celte Ville est une des plus belles , des plus agréa-

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Lies et des plus intéressantes que l’on puisse désirer. C’est la nature même qui lui a fourni ce que l’art a cherché pouvoir donner aux autres. Si les artistes et les gens de lettres aiment à s’occuper des chef-d’oeuvres originaux , c’est dans les environs de Naples qu'on trouve des villes entières qui sont tout-à-fait des monuinens de la plus noble antiquité: c’est un Muséum en oeuvre. Mais , sans oublier la ville , c’est ici que vous trouvez des positions charmantes.

On ne peut rien immaginer de plus beau et de plus singulier à tous égards , que le coup-d’oeil de Naples, de quelque côté qu’on la voie. Cette Ville est située , au midi et à l’orient , sur le penchant d’une longue suite de collines , et autour d’ un golfe de seize milles de largeur et d’autant de longueur , qui forme un bassin appelé Cratère par les Napolitains. Ce golfe est terminé des deux côtés par deux caps \ celui de Misène à droite, et le cap de Massa à gauche. L’île de . Capri d’ un côté , et celle de Procida de l’autre , semblent fermer ce golfe. L’ horizon paraît cependant entre les deux îles et les Caps , et laisse appercevoir l’ immensité de la mer. La Ville semble couronner ce bassin superbe. Une partie s’ élève au couchant en amphithéâtre sur les collines de Pausilipe , Saint-Erme et Anlignano ; l’autre s’étend au levant dans un terrein plus ■ni , où l’on voit les maisons de campagn»

qui se suivent , depuis 1« pont de la Mag-

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delaine jusqu’à Portici , où est le palais du Roi , et, au-de-là , le mont Vésuve. C’est le

{ >lus beau coup-d’oeil du monde , et tous es étrangers conviennent , qu’ il n’y a rien de comparable à la beauté de ce site.

Il faut voir Naples du haut de la colline de S. Erme , où est la Chai’treuse , et

qui domine toute la Ville , quoiqu’elle soit charmante de quelque côté qu’on se place.

C’est pourquoi je ne suis point étonné que le Peuple de Naples , enchanté de sa situation la plus heureuse , du climat le plus doux , de la fertilité des campagnes , de la beauté des environs et de la grandeur des édifices , dise dans son langage : vedi Napole e po mori , ce qui signifie , que quand on a vu Naples , on a tout vu.

En parcourant ses environs on va se promener sur le domaine des savants. Les Vol-

cans qui sont à gauche et à droite du grand prospectus de cette ville , je veux dire la Solfatara et le Vésuve , les phénomènes de la nature, les désastres dont ils ont été les

causes , les révolutions , les changemens qu’ils occasionnent journellement, les ruines des Villes ensévelics sous leurs laves , celles de tant d’endroits fameux par les récits des Historiens les plus célèbres, par les fables des Anciens et les écrits des plus grands Poètes 5 tant de restes de la magnificence Grecque et Romaine *, les débris enfin de plusieurs Villes autrefois si renommées ; tout fait que l’on regarde toute la côte de Naples

jusqu’à Pouzol , comme les endroits les plus curieux et les plus inléressans de l’Italie.

Du côté du nord , iNaples est environnée par des collines qui forment une espèce de couronne autour de la Terre de Labour , Terra di lavoro , c’est-à-dire , des campagnes fertiles et célèbres que les anciens Romains appelèrent la Campagne heureuse , et qu ils regardaient comme le pays le plus riche et le plus beau de l’Univers.

Ces campagnes sont fertilisées par une rivière appelée Sébéto , qui descend des collines du côté de Aola , et se jè te en partie dans la mer , après avoir passé sous le pont de la Magdelaine , à l’est de Naples. C’était autrefois un fleuve considérable, mais la grande éruption du Vésuve de 79 , fit une si grande révolution à sa source , qu’il disparut entièrement. Quelque tems après il en reparut une portion dans l' endroit qui a conservé le nom de la Voila , espèce de petit étang à six milles de Naples , d'où l’on tire aussi de l’eau pour la Ville. Le Sébèto , nommé vulgairement Fornello , se di vise en deux branches , dans l’endroit appelé Casa de/factjua : une partie va à Naples dans les aqueducs , et le reste sert aux bains et à arroser les jardins.

La ville de Naples est très-bien fournie d'aqueducs et de fontaines . il y en a deux grandes sources qui se distribuent par toute la ville. Les aqueducs qui passent sous le pavé des rues de celte ville, sont très-Iar-

ges : ils ont servi deilx fois à la prise de Naples.

L’aqueduc le plus ancien est celui qui conduit les eaux du pied du Vésuve , et qui s’ avance de cinq milles dans la Ville par un chemin couvert jusqu’à Dogliolo , et Poggio Reale , où Alphonse II forma sa superbe maison de plaisance. A la porte Capouane les eaux de cet aqueduc passent dans un grand canal à Ste. Catherine à Formello , et s’étendent sur toutes les parties basses de la ville jusqu’au Môle et au Château Neuf. En 162g Alexandre Cimirello , célèbre mathématicien , et César Carmignano , noble Napolitain , conduisirent à leurs frais la nouvelle eau du fleuve Isclero près Ste. Agathe des Golhs , par un canal de 3 o milles , qui , descendant par Maddaloni , Cancello , et Acerra , passe par Capo di Chino , entre ensuite à Naples pav la porte de St. Janvier, et fournit à l’usage de la partie supérieure de la ville au pied de la colline de St.Erme. Le nouveau Souverain a réuni dans ce canal les eaux provenant de la Pilla Royale de Caserte.

On croit que l’ancienne ville de Parthénope , ou Nea polis , était située dans la partie la plus septentrionale et la plus élevée de la Ville actuelle , depuis St. ylgnello in Capo di Napoli , jusques vers St. George, St. Marcellin et St. Séveriu : elle était divisée en trois grands quartiers ou places , qu’on appelait la place haute , la place du

Soleil el celle de la Lune: elle venait enlîn aboutir vers l’endroit où est la Vicaria et le Mcrcalo. A l' égard de l’ autre ville appelée Paleopolis , fondée par Hercule, suivant Diodore de Sicile , et qui en était très-voisine , on ignore sa situation.

La ville de Naples était autrefois entourée de très-hautes murailles , puisque nous savons qu’Annibal en fut effrayé, et n’osa pas en entreprendre le siège. Mais ensuite celte ville ayant été ruinée , les murs furent étendus , et on la rebâtit avec plus de magnificence . Son enceinte est d’ environ vingt deux milles ; car la ville s’étant continuellement agrandie dans la suite , elle n’a plus ni murs ni portes de dehors. Trois forts Châteaux peuvent cependant servir à sa défense , ce sont , le Château de l’Oeuf, le Château Neuf et celui de Saint-Erme.

La Tour ciel Carminé , dont on a fait une espèce de forteresse , sert moins à défendre la ville qu’à contenir la Populace. Le Port de Naples est aussi défendu par quelques fortifications qui se trouvent sur les deux môles.

Cette ville se divise en douze quartiers , qui sont, celui de St. Ferdinand, de Chiaja , de Mont-Calvai’io , de l’Avvocate , de l’Etoile , de St. Charles à l’Arena , de la Vicaria , de St. Laurent , de St. Joseph Majeur , de Port , de Porte-neuve , et di*/ Marché , ou Mercato.

On dit communément qu’il y a environ.

quatre cent cinquante mille habitans à Naples ; c’est par conséquent la Ville de l’Europe la plus peuplée , après Londres et Paris. Les classes indigentes , les Jacchini ou portefaix , et le bas peuple de cette ville en général , sur tout du côté du Mercato , sont confondus dans ce qu’on appèle Lazzaroni , nom qui a donné lieu à bien des contes fabuleux parmi les étrangers.

Les Rues de Naples sont pavées de pièces de laves que fournit le Vésuve. Ces rues ne sont ordinairement , ni bien droites , ni bien larges : la plus remarquable est celle de T olèdo , elle est très-large , droite , et presque d’un mille de longueur. Les places sont grandes , mais irrégulières , excepté celles du palais Royal , et du Saint-Esprit.

La plus grande partie des maisons , surtout dans les rues et les places principales de Naples , sont uniformes , et presque de la même hauteur , de cinq ou six étages , avec des balcons et des toits plats en foi'me de terrasses , sur lesquelles on va se promener. On ne trouve à Naples aucune fontaine publique ornée avec goût , comme on les voit à Rome; néanmoins il y en a trois d’un genre grottesque , dont l’ une s’ appèle de* Monleolivelo , l’autre de Madina , la troisième est à côté du Palais-Royal. Les Eglises , les palais et tous les autres édifices sont magnifiques et riches en ornemens , quoique l’architecture ne soit ni si belle, ni si majestueuse et imposante , que dans plusieurs

autres villes de F Italie , surtout à Rome.

Mais, du nombre des Eglises, on y admire un échantillon de S. Pierre au Vatican dans celle des Jésuites qu'on appelé la Trinità Maggiore , la Chapelle du Trésor de St. Janvier, 1 église de l’Oratoire de St. Philippe Neri , la Annunziata , lo Spirito Santo , etc. , et on attend la nouvelle de S. François de Paola vis-à-vis de l'Hôtel du Roi.

On compte à Naples environ trois cents Églises , dont quarante huit sont paroisses.

On y trouve un grand nombre de palais et plusieurs édifices publics , parmi lesquels 3 y maisons pour les pauvres enfans et les vieillards des deux sexes , plusieurs Hôpitaux et autres pieu* étahlissemens. Je me contenterai , cependant , d’indiquer succinctement aux Voyageurs tout ce qu’il y a de plus remarquable dans cette grande ville.

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DE NAPLES

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