‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 44 sur 92 · L'ÉGLISE DE S. MARIE DE LA PIÉTÉ APPELÉE DE S. SÉVÉRE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE S. MARIE DE LA PIÉTÉ APPELÉE DE S. SÉVÉRE

Elle fut érigée par Dom François de Sangro Prince de St. Sévére , vers l’an 1 590.

Alexandre de Sangro , Patriarche d’Alexandrie , la fit ensuite rebâtir d’une manière plus magnifique. Elle fut enfin renouvellée par Dom Raimond de la ruême Famille , qui l’orna de riches marbres et de plusieurs chef-d’oeuvres de sculpture , prodigués avec une dépense immense. Ces sculptures servent presque toutes d’ornement à une série de dépôts de la même Famille , à compter du dit Patriarche , jusqu’au dernier Prince défunt.

Cette Église est toute tapissée des plus beaux marbres : l’entablement et les chapiteaux des pilastres sont exécutés d’après les dessins du dit Dom Raimond, d’un trèsbon goût. Deux de ces dépôts servent d’ Autel , et sont consacrés à St. Odérisio et à Ste. Rosalie de la Famille de Sangro : leurs statues sont les ouvrages du fameux Antoine Corradini , Vénitien. Les deux côtés de l’Eglise offrent huit arcades , dont chacune , à l’exception des deux qui servent d’.entrée , renferme un mausolée avec la sta-

i lue au naturel. Chacun des pilastres attenans contient aussi le dépôt de la femme de celui qui est placé dans le mausolée voisin : chacun est orné d 1 une grande statue représentant quelqu’une des vertus les plus remarquables de la personne , avec son portrait sculpté dans un médaillon ; ces ouvrages sont du chevalier Fansaga , de Sanlai croce et du Génois Queirolo.

Le dessus de la porte de l Église préi sente le dépôt de Dom François de Sangro , sortant d’une caisse ferrée , armé d'une i épée , d’un casque , et d’ une cuirasse 5 ce superbe ouvrage est de François Célébrano.

La troisième arcade $ placée à côté de la 1 Sacristie, renferme le dépôt du dit Dom Raimond de Sangro , où l’on voit son por- 1 trait peint par Paul Amalfi , avec une in* ! scriplion sculptée sur un marbre rouge avec des lettres blanches et en bas-relief, comme un camée 5 les lettres et le fond ne fesant , malgré cela , qu’une seule et même pièce de marbre 5 le bas relief qui environne 1’ inscription est dans le même genre.

Cet ouvrage merveilleux a été inventé et exécuté par le feu Prince Dom Raimond lui-même.

On admire ensuite dans les pilastres de l’arcade du maître-Autel , deux chef-d’oeuvres de sculpture, dont l’un est de Corradini , et l’autre de Queirolo. Celui du premier , représente la Mère du dit Prince Dom Raimond , sous la figure de la Pu-

deur , vertu prédominante de cette Princesse : elle est couverte d’un voile transparent , laissaut entrevoir toutes les fermes du corps •, maniéré de sculpter inconnue aux Grecs et aux Romains mêmes , les Anciens ayant seulement peint et jamais sculpté les voiles.

L’autre prodige de l’art représente le Père du meme Prince sous la figure del Disinganno , parce que ce Prince étant revenu des choses de ce Monde , après la mort de son Epouse , se fit Prêtre et mourut avec la réputation d’homme vertueux. Cette statue représente un homme engagé dans un grand filet , et qui s’efforce d’en sortir par le secours de son esprit représenté par un Génie, qui l’aide à se déharasser; le filet est exécuté sur la même pièce de marbre, cependant il touche à-peine la statue , dont le travail est fait à-travers des mailles du filet, qui ne lui est adhérent que dans un tres-petit nombre de parties. C’est un trait de force sans exemple en fait de sculpture ; mais la grande hardiesse du travail en fait tout le mérite.

Le maîtrc-Autel est orné de deux colonnes de rouge antique , et d’un bas-relief en marbre , représentant le Mont Calvaire avec la Passion de Notre Seigneur, ouvrage trés-estimé de Céléhrano. Le haut de l’Autel présente l'Image de S. Marie de la Piété qui se trouvait dans l’ancienne Église. La peinture de la voûte de cet Autel est d’une

exécution merveilleuse ; l’art de la perspective y est si parfait , qu’il truuipe l'oeil et change la surface piale du tableau , en une coupole , qui parait recevoir le jour par son centre.

D’ un côte du maître Autel , on voit un Christ mort , ouvrage d’une sculpture aussi merveilleuse que ce».e des statues de la 1 udeur et du D.isinganno , dont nous venons de parier plus haut. Ce Christ est couvert d un voile , laissant entrevoir les formes et les muscles du corps : le voile paraît légèrement humecté de la sueur de la mort ; et l'ensemble de la figure exprime de la grandeur et la dévotion. Le fameux Corl’adini fut l’inventeur de cet ouvrage duquel , on dit , qu’il en forma le modèle ; mais sa mort ayant eu lieu en ij?5i. il fut exécuté et achevé par le Napolitain Joseph Sanmartino , auquel nous sommes redevables du mérite de cet ouvrage, qui est du genre de ceux dont l’exécution fait la plus grande difficulté.

En entrant dans la Sacristie , on descend dans l’Eglise souterraine , où sont érigés les dépôts des descendants de cette même illustre Famille de Sangro.

Non loin de ce palais, se trouve l’Église de S. Ange à Nilo , fondée en i38o. par le Cardinal Renaud Brancaccio , dont on voit le beau dépôt dans le choeur •, c’est l’ouvrage de Donatello , grand sculpteur Florentin. Daus la Sacristie ou voit deux ta-

Lleaux sur bols de l'ancienne école Napolitaine , représentant un S. André et un S- Micliel , qui ont donné le titre ancien et nouvel à cette Église-

La maison attenante , renferme une bibliothèque garnie de (So mille volumes , et de beaucoup de manuscrits modernes inédits. Elle est ouverte tous les jours à l’usage du public, et assez bien servie.

Eu traversant la rue des Libraires , on trouve , au bout d’une longue rue

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