EACS LUCRIN ET AVERNE
Le premier de ces Lacs qu’on appelé Maricicllo était renommé dans les anciens tems pour l’abondance de ses poissons et de ses huîtres , dont la pêche appartenait aux Romains ; et on prétend que le nom de Lucrin lui vint de Lucro , c’est-à-dire du gain
Ï u’il produisait. Jules-César réunit les Lacs iucrin et Averne à la mer , et le résultat de cet ouvrage fut nommé Porto Giulio , ce que Pline considérait comme une merveille.
Une pai’tie du Lac Lucrin fut comblée par le violent tremblement de terre du 29 Septembre i538 , qui engloutit entièrement le grand village de Tripergole , et ses malheureux habitans. Ce village se trouvait placé entre la mer et le Lac. La terre s’ouvrit aussi dans le même endroit , et lança des flammes et de la fumée entremêlées de sable et de pierres ardentes , qui formèrent la montagne appelée Monte Nuoeo ; elle est très-élevée , et a trois milles de tour. La mer qui avait quitté son rivage , y retourna avec fureur et occupa une partie du lieu , où se trouvait le village de Tripergole.
Le Lac A verne situé à un mille du Lac Lu rin , cessa de communiquer avec la mer après cet événement. 11 est placé dans un vallon et paraît être le cratere d’un volcan éteint. On croit que ia dénomination d’Averne puisse dériver du mot grec Aornos qui signifie sans oiseaux. Oar ces deux lacs étaient en efl'et tellement environnés de forets dans les anciens tems , que les eaux avec leurs exhalaisons empestées et leur ombre triste et noire en éloignaient tous les oiseaux qui s’en approchaient.
Dans ces horribles forêts , dit Strabon , vivaient les Ciinmériens , peuples barbares
S ui firent profession de prédire l’avenir.
iomère nous assure qu’ils habitaient dans de profondes grottes , impénétrables aux rayons du Soleil. Véritables ou prétendus, ces peuples contribuèrent beaucoup à augmenter l’horreur de ces lieux. On dit encore que ces hommes extraordinaires furent détruits par un Roi de Pouzol, auquel ils avaient, fait une prédiction qui malheureusement ne se vérifia pas. Octave Auguste fit enfin abattre ces forêts , et de toute l’horreur il ne resta que le nom.
Servius nous donne la description des Cimmériens , et des grottes qu’ils habitaient , dont l’une des entrées se trouvait , dit-il , au-de-là du Lac Averne ; il ajoute encore que ces grottes s’étendaient jusqu’au marais Acherusia. Les Anciens regardaient celte grotte comme l’accès de la descente
aux Enfers , au Royaume Je Pluton. Plusieurs auteurs ont prétendu que le Lac Averne était sans fond ; on l’a sondé cependant et on a trouvé que sa profondeur n’excédait pas 82 toises , sur un diamcLe d’ environ 253 toises.
Aux environs de ce Lac est l’entrée d’une Grotte , que plusieurs écrivains ont pris pour celle de la Sibylle de Cumes. Suivant Strabon , c’était un chemin souterrain ouvert anciennement pour aller plus vite de Averne à Baïes -, d’autres assurent cependant , que c'est le grand canal , creusé par Néron , pour conduire les eaux chaudes de Baies au promontoire de Misène. ( ette grotte , ou ce canal ayant été abandonné , n’est plus praticable au-de-là de i5o pas.
Non loin du Lac Averne , et vers Baies , on trouve les ruines de trois Temples : celui de Vénus mère , de Mercure et de Diane Lucifère. Le Temple de Vénus Mère n’offre plus que la partie ronde.
Plusieurs Antiquaires prétendent qu’il fut érigé par Jules-César ; et d’autres croient cpie ce n’était qu’un bain , ainsi que les deux autres Temples qui sont environnés d’eaux minérales. Le fond de cette partie ronde présente en effet trois chambres appelées les Bains de Vénus , dont deux sont ornées de beaux bas-reliefs en stuc représentant des sujets obscènes.
Le Temple de Mercure , nommé vulgairement Truglio , conserve encore la par-
tie supérieure de sa rotonde dans son entier : e.ie a 1 4 t> pieds de diamètre , et reçoit le jour par une ouverture pratiquée en haut , comme dans le Panthéon d’Agrippa à Rome. Le Cicérone fait observer , que lorsque quelq’un parle à une extrémité de la rotonde , il est distinctement entendu par celui qui se trouve à l'extrémité opposée , sans que' la personne placée cuire deux entende la moindre des choses.
La moitié de la coupole du Temple de Diane Lucifére existe ailssi } mais il a grandement souffert. Son extérieur est de forme hexagone, et offre un aspect assez pittoresque à une certaine distance. Les Chiens et 4es Cerfs, sculptés sur plusieurs blocs de marbre , trouvés près de ce Temple , ont fait penser qu’il était dédié à Diane et non à Neptune , auquel d’autres l’avaient attribue.
Le Moute-Gauro , nommé aujourd’hui Monte Bar bar o , est au Nord de Pouztol , et s’étend jusqu’au territoire de Cumes et d’Averne. Cette montagne est très-élevée :
les vignes , dont elle était couverte anciennement , produisaient les vins si vantés par les anciens auteurs. Après tout ce qu’en disent les Poètes et les Historiens , le monte Bar bar o est aujourd’hui de la plus grande stérilité , par l’effet , croit-on , des tremblemeus de terre , et des incendies volcaniques.
Sur les bords du Lac Averne , sont les
ruines d’un ancien édifice qne l’on croit être un ancien Temple d’Apollon 5 il est cependant environné de plusieurs chambres, dont 1' une conserve encore une source d’eau , ce qui engage beaucoup de pei sonnes à regarder cet édifice comme un des bains minéraux qui existaient dans les environs de Baïes.
Au sud du Lac Averne , se trouvent les BAINS DE NÉRON.
Les Anciens Rusaient grand usage de ces bains -, c’était des étuves où l’on se frotloit tout le corps , ce qui les avait fait appeler Fritole , et par corruption on les nomme aujourd’hui Etuves de Tritola. On les appelé aussi Bains de Néron , parce que beaucoup de personnes prétendent, que ceï Empereur avait une maison (le plaisance en ce lieu , où il fit commencer un grand canal navigable pour faire communiquer le Lac Averne avec le Tibre. Ou voit encore aujourd’hui les vestiges de ce canal vers Licola.
Pour revenir aux Etuves de Tritola , connues sous le nom de Bains de Néron , f èlles ont six espèces de corridors longs , mais étroits. Les Ciceroni pénétrent aisément jusqu’au fond de ces corridors , où ils puisent l’eau de la source qui est presque bouillante : ils entrent à-peivpres nuds dans ce lieu, et en retournent , malgré cela , tout eu nage , et la figure aussi en-
flammée que s’ils sortaient d’un four. Les personnes qui ne sont pas habituées à 1# chaleur de ces Étuves , peuvent à-peine s’y.
avancer 'de dix pas sans perdre la respiration. Lex eaux de ces Etuves et les vapeurs ont des qualités salutaires ; aussi l'Hôpital .de l’Annonciation de Naples y envoie-t-il ses malades pendant l’été , et les défraye entièrement durant la cure.
Ce que nous venons de rapporter de la côte de Pouzol prouve évidemment que son terrein fut un jour généralement incendié par les Volcans; et la Soifatara, ainsi que les sources d’eau bouillante de ce pays , annoncent aussi , qu’uue grande partie de ces feux souterrains subsiste encore ; ce qui contribue beaucoup à la fertilité du sol , à la force et à l’activité de la végétation.
Virgile eut bien raison de dire , qu’il ne règne en ces lieux qu’un printems et un été continuels ; ...
Hic ver assiduum et in alienis mensibus aestas.
Nous venons d indiquer les objets les plus remarquables de la côte de Pouzol : nous observerons maintenant ceux de la côte d«