BAIES , ANCIENNE VILLE
Ses ruines se trouvent assez près de Pouzol. Bajus , compagnon d’Ulysse , d’après Slrabon , fut enseveli dans cette Ville et
lui laissa son nom. Une belle situation , i»
fertilité de son terrein , l’abondance de ses excellons poissons , ses promenades agréables sur le bord de la mer et au milieu des prairies et des vergers, une infinité de sources minérales de toute espèce , et de tous les degrés de chaleur , propres à procurer des plaisirs et à rendre la santé , tels furent , dis-je , les objets qui appelèrent à Baïes les plus riches et les plus voluptueux d’entre les Romains. Chacun d’eux voulait bâtir sur le rivage de la mer : mais le grand nombre d’édifices que l’on costruisait chaque jour , fit bientôt manquer de place , et l’art y suppléa par des palissades et des môles , s’étendant sur la mer. Baïes devint dès-lors un séjour de délices et de plaisirs. Horace préfère Baïes à toute autre partie de la Terre , et adresse des reproches aux voluptueux de son tems , qui au lieu de penser à- leur ex'stence passagère , et non contens de leurs vastes possessions ■sur terre , empiétaient encore sur le domaine de Neptune. Sénèque nous dit que le séjour de ces lieux était dangereux pour quiconque voulait conserver quelque empire sur ses passions.
C’était à Baïes que se trouvait la maison de plaisance de Jules-César , où Marcellus fut empoisonné par Livie. Varron fait mention de la belle maison de campagne d’Irtius : Tacite de celle de Pison, où se forma la conjuration contre Néron : il cite
aussi celle de Domitie , tante de Néron , que ce tyran fit empoisonner pour s’emparer de ses biens : Pompée et Marins y avoient aussi leurs maisons de plaisance.
Enfin celle de Julie Mamméa , mère d’Alexandre Sévère , surpassait toutes les autres en magnificence.
Rien ne prouve mieux l’inconstance et la fragilité de-s choses humaines , que la vue des ruines de Raies et de ses rivages déserts. Ces hommes riches et ambitieux sont non seulement passés , leurs beaux édifices tombés en ruines , mais l’air même y est devenu pestilentiel par les exhalaisons des eaux croupissantes. Le Château de Baïes , situé sur la hauteur de la côte , en est presque la seule partie habitable : la plaine ne présente plus que les ruines et les débris des fondemens qui soutenaient les édifices , les parterres et les jardins , mais
3 ui ont été engloutis en partie par les flots e la mer.