‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 72 sur 92 · PALAIS ROYAL DE PORTICI · texte numérisé non relu

PALAIS ROYAL DE PORTICI

Ce superbe palais fut bâti par Charles III , en 1736, d'après , 1 e plan d’Antoine Cannevari. Il est dans la plus belle position qu’on puisse s’imaginer. Sa grande façade donne sur la mer, et on y jouit d’un coup d’oeil superbe sur le Golfe , sur la ville de Naples, ses collines, le Pausiiipe, l’île d’ischia au lointain , et sur la côte de Castellammare , Sorrento , Massa, jusqu’à l’île de Capri. Sa grande cour a la forme d’un octogone : elle est traversée par la grande route publique qui conduit aux Provinces de Salerne , Basilicata et Calabres.

Des deux côtés de cette cour , sont les appartenons Royaux , et une Chapelle magnifique au rez-de-chaussée. Plusieurs jardins délicieux , avec des réservoirs et des fontaines, sont annexés au Palais, ainsi qu’une grande quantité de bosquets très-agréables, parmi lesquels on distingue celui qui est vers le Vésuve.

La collection des peintures trouvées à Herculanum , à Pompeïa et à Stable , qui

s’élève à plus de i 58 o pièces, exposées d’abord dans 16 chambres d’une maison attenante au dit palais , où el e • exista toute entière jusqu’à l’an 1 799 , est unique dans son genre- Toutes ces pièces sont inimitables pour la correction et l’exactitude du dessin, le goût, la simplicité des attitudes et la vivacité du coloris. Ce n’est qu’ici , qu’on peut se former une idée juste , de ce qu’étoit la peinture chez les anciens.

A un mille de Portici , dans le village de Résina , le Roi Ferdinand fit l’acquisition d’un assez beau palais , bâti autrefois par le Prince de Jaci , qui prit le nom de Favorite Royale. Cette maison de plaisance est décorée avec goût , particulièrement la salle , qui est ovale et admirable par la ^délicatesse des stucs qui l’embellissent , et son beau pavé tout en marbre de différentes couleurs , extrait pour la plupart de la Villa de Tibère dans l’ile de Capri.

Le jardin situé sur le bord de la mer contient des parterres de fleurs , des treillages , couverts le plus souvent par des orangers, des citronniers, des espaliers de bois , et de petits casins de repos.

Sous le Village de Portic» çt celui de Résina , se trouve ensevelie

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L'ANCIENNE VILLE D’HEROULANUM.

Son nom , ainsi que les témoignages de Strabon et de Denis d’Ualicarnasse , font reconnaître Hercule pour le fondateur de cette Ville ; et on prétend que c’était l’Herouïe Phénicien , celui qui délit le tyran Gérion en Espagne , et qui après s etre ouvert un passage à-travers les Alpes, vint en Italie, où il fonda Monaco dans la Ligurie , Livourne et Port-Hereuie dans la Toscane, et Formie, Pompeïa et la Ville d’Herculanura, située entre Pompeïa et Naples, au pied du mont Vésuve et sur le rivage de la mer, où Hercule fit construire un port magnifique pour sa flotte. On prétend que cette Ville fut fondée 60 ans avant Troye, quoiqu’il en soit , il est du moins certain qu’Herculanum existait du tems de la République Romaine.

Son site agréable et salubre , l’avantage de la mer et d’autres dons de la nature , attirèrent à Herculanum une quantité de monde et en firent bientôt une des Villes les plus riches de la Campanie. File fut d’abord habitée et gouvernée par les Osques , ensuite par les Etrusques , les Samnites , et par les Grecs. Devenue puis alternativement ville Municipale et Colonie Romaine , elle conserva toujours sa magnificence dans les édifices publics , les spectacles , et dans toutes les entreprises et les actions particulières de ses habitans , com-

me le prouve le grand nombre de sculptures et d’inscriptions qu’on y a trouvées.

Les richesses , le luxe et la molesse qui s’introduisirent à Rome dans les derniers tems de la République, rendirent désirable aux Romains le séjour dans une Ville Grecque , animée par la liberté , le goût , et les plaisirs , embellie par les arts , et située dans un pays fertile et sous un ciel doux.

Cicéron cite un grand nombre de Romains dont les maisons de campagne se trouvaient à Herculanüm , où ils passaient la plus grande partie de l’année. Strabon qui vivait sous Auguste, nous donne une description avantageuse de cette Ville } Pline, P lore et Stace , nous en font également 1 éioge } ses ruines , en effet , rappelent encore la plus belle et la plus opulente des Villes de la Campanie , après Naples et Capoue.

Le tremblement de terre qui eut lieu l’au 63 de l’ére Chrétienne , endommagea grandement la V. Ile d lierculanum. Elle se serait cependant relevée de ce malheur , si «lie neut été entièrement enséveiie par l’éruption de l’an éruption extraordinaire et bien plus terrible que toutes les autres arrivées dans l’espace des iB Siècles suivans. Pline le jeune fut témoin oculaire de ce terrible événement qu’il nous décrit dans sa seizième lettre à Tacite. 11 se trouvait, dit-il, à Misène , avec Pline l’Ancien, son Oncle , lors qu’on entendit tout-à-coup un

bruit atissi nouveau qu’affretix dans les airs ; le ciel s’obscurcit et les seuls éclairs, tombant dans ces ténèbres , augmentaient l’horreur de cette scène $ le Vésuve en mèraetems vomissait une quantité de bitume , de soufre, de pierres ardentes^ qui s’élançaient jusqu’à la mer : ces mêmes matières se dirigeant sur les Villes de Pompeïà , Herculanum et Stable , les ensevelirent au moment , ou les habitaus d’H'erculanum se trouvaient au théâtre. La matière qui couvrit Herculanum était plutôt composée de cendres et de pierres menues que de lâye j une grande partie de la Ville fut cependant incendiée: ce qui porte à croire, que ces matières étaient encox-e ardentes et suivies de torrens d’eau que le Vésuve verse souvent dans ses éruptions , car tout l’intérieur des maisons en fut rempli. Les fouilles faites à Herculanum font voir que de nouveaux torrens de matières volcaniques se sont précipités sur celles dont Herculanum était déjà couvert : on a même des indices certains que six autres couches se sont encore formées au-dessus de cette Ville depuis sa destruction.

Les belles Villes d’Herculanum et de Stable ainsi couvertes , furent tellement oubliées , qu il en resta à-peine quelques faibles traditions , à l’aide desquelles les Antiquaires cherchaient le lieu • de leur première existence. La découverte d’Herculanum fut absolument l’elfet du hazard. Les

habita lis de Résina ayant creusé en 1689, jusqu’à la profondeur de 65 pieds , pour établir des puits , ils y trouvèrent des débris de marbres précieux et plusieurs inscriptions appartenantes à la Ville de Herculanum. Emmanuel de Lorraine , Prince d'Elboeuf , en 1720 , ayant besoin de marbre pour son cbâleau de plaisance de Portici , fit creuser autour de ce même puits , et y découvrit plusieurs statues. Ces circonstances rappelèrent le souvenir d’Herculauum } mais le Gouvernement s’opposa à la continuation des fouilles , crainte d' endommager les maisons du village qui est au-dessus.

INous sommes redevables de la dernière découverte d’Herculanum à Charles III , qui fit reprendre les travaux commencés par le Prince d’Elboeuf. Les ouvriers avaient à-peine pénétré à 65 pieds de profondeur dans le dit puits, lorsqu’ils découvrirent une inscription lapidaire et quelques débris de statues équestres de bronze. Ils continuèrent à creuser horizontalement, et trouvèrent deux statues de marbre , avec d’autres fragments ; mais la plus belle découverte fut celle du Théâtre d’Herculanum où le Peuple fut , dit-on , surpris par la terrible éruption du Vésuve au moment d’une représentation.

Au Village de Résina se trouve aujourd’hui F ouverture d’ une fouille conduisant à un corridor étroit , où l'on descend à l’aide

«l'an flambeau et accompagné d’un Cicéron qui vous conduit jusqu’à la fin de la mine , •où se trouve le grand Théâtre d’Herculaitum , le seul monument qui s’offre encore à la curiosité des V-oyageurs. Il est magnifique et d’ une superbe architecture Grecque , orné d’une belle façade et de colonnes de marbre placées dans la scène ; il ressemble beaucoup au Théâtre de Palladius de Vicence. Sa circonférence a 290 pieds à l’extérieur , et 23 o au dedans. Les spectateurs y avaient 21 rangs de degrés surmontés d’une galerie ornée de statues en bronze.

Il serait à désirer que cette fameuse Ville fût entièrement découverte , comme celle de Pompeïa , dont nous avons le plaisir de jouir dans son entier 5 mais les Villages de Portici et de Résina qui couvrent Herculanum , ont empêché de compléter les fouilles qu’on n’a pu faire qu’horizontalement et en détail , en comblant de nouveau les édifices , après les avoir examinés et en avoir retiré les plus riches ornexnens. tïei'culanum conserve toujours , malgré cela , les traces de son ancienne beauté. Ses rues étaient larges , tirées au cordeau et pavées de laves de la même espèce que celles que vomit aujourd’hui le Vésuve : ce qui prouve qu’il y avait eu des éruptions antérieures à celle de l’ an 79. Ces rues avaient des •trattoirs des deux côtés , comme celles de , Pompeïa,

On a trotivé à Hereulanirm beaucoup de Temples , et une infinité de maisons d’une bonne architecture , et enrichies d’objets de beaux-arts. Le Forum d’Herculanum qu’ on a également découvert , était une place rectangulaire de 228 pieds de long, environnée d’un portique soutenu par 4° colonnes : l’accès de cette place se trouvait forme par cinq arcades ornées de statues équestres : les deux plus belles représentent les baibi Père et b ils , et se conservent dans le Musée Bourbon à Naples. Ce portique communiquait par un autre à deux Temples, dont l’un avait i 5 o pieds da longueur. Presque toutes les maisons étaient peintes à-fresque , seul genre de peinture connu chez les Anciens. Les fenêtres étaient ordinairement fermées par des volets de bois , excepté dans quelques maisons où on a trouvé des vitres très-épaisses , parce qu’on ne connaissait pas alors l’art de les ■faire aussi minces qu’on les fait aujourd'hui : on a cependant trouvé une grande quantité de bouteilles , et de gobelets de gros verre.

La Ville d’Herculanum ne fut pas couverte immédiatement par la lave , comme nous l’ avons dit plus haut , mais par les cendres du Vésuve qui se mêlèrent à l’eau et formèrent ainsi un mortier très-dur , qu’on a de la peine à casser.

Ces matières étaient sans doute embrasées lorsqu’ elles ensévelirent Herculanum ,

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car les portes des maisons et autres Loiseries de la Ville , ont été trouvées converties en une espece de charbon , qui conserve encore quelque souplesse à cause de l’humidité de la terre. Tout était rcduit en charbon , ou du moins roussi , dans les maisons mêmes où cette matière n’avait pas pénétré. Ces objets cependant , tels que des livres écrits sur l’écorce de Papyius d'Egypte , le bled , l’orge , les noix , les amandes , les figues , le pain , avaient conservé leur forme , ainsi que les meubles et utensiles de bronze qui n’étaient nullement endommagés. On a aussi trouvé des chambres remplies de la dite matière , ce qui prouve que les eaux , lui servant de véhicule , l’ont introduite dans les maisons , comme une espèce de pâle liquide. Il faut croire , malgré cela , que la Mlle d’Hcrculanum fut ensévelie petit-à-petit , et de manière à donner aux habitans le tems de se sauver, et d’emporter ce qu’ils avaient de plus précieux ; car depuis que les feuilles ont été commencées , on n’y a trouvé qu’ure douzaine de squelettes , et une très-petite quantité d’or , d’argent , et d’effets , qui étoient trop difficiles à transporter.

Tous les édifices découverts par les fouilles ont été comblés de nouveau , et tous les marbres , bronzes , peintures , sculptures , médailles , inscriptions , papyrus , instrumens d’arts , utensiles nécessaires à la vie et autres dont nous n’avions aucune

idée , enfin tout ce qu’on a pu enlever , lût d'abord placé à Portici et de-là transféré au Musée Bourbon à Naples. C’est une collection unique dans le monde.

Il a été institué à Naples une Académie •pour examiner et illustrer les susdits mo- •numens : elle est composée des plus savans Antiquaires , qui nous ont donné déjà neuf 'volumes in folio. C’est un ouvrage classique tant à cause de ses savantes et érudites explications , que pour la magnificence de l'impression , et la beauté des gravures.

Au-dessus de Portici et de Résina s’élève

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