LE MONT VÉSUVE
Cette épouvantable montagne est placée entre la mer et les Appennins $ elle s’appuye sur deux autres montagnes , dont l’une nommée Somma et l’autre Ottajano : -quoique séparées en t-r 'elles , ces montagnes ont cependant une base commune : on croit meme quelles ne formaient autrefois qu’une seule et même montagne , beaucoup plus haute qu’elles ne le sont actuellement , et que leur séparation est due à l’effet de quelque éruption, qui emporta leurs cimos et les convertit en cratère. Le Vésuve a la forme d’un cône $ sa hauteur perpendiculaire est de 35y3 pieds, et la circonférence des trois montagnes prise à leurs bases, de •trente milles.
Trois chemins différens conduisent au
sommet du Vésuve ; celui de St. Sébastien vers le Nord; celui d'Ottajano à l’Orient, et celui de Résina du côté de l Occident ; ce dernier chemin est le plus fréquenté.
On trouve dans le village de' Résina des conducteurs avec des chevaux, â-nes ou mulets , à l’aide desquels on arrive jusqu'au tiers* de la montagne : les' conducteurs ,
hommes agiles et vigoureux , présentent alors aux Étrangers une ceinture attachée à leur corps , à laquelle ces derniers s’accrochent et se font traîner ainsi jusqu’ au sommet du Vésuve. Plus on monte-, plus Ift chemin devient difficile ; la montagne étant couverte de cendres , et de scories tranchantes et raboteuses , les Voyageurs courraient grand risque de tomber , s’ils s avaient la précaution de se tenir à la ceinture du conducteur.
Au lieu d’une plaine agréable , le sommet de la montagne présente un gouffre horrible , un cratère de 56a4 pieds de circonférence, environné d’un lxird de troie â quatre pieds , où l’on peut à-peine marcher. En se tournant du côté de dehors , vers la mer , on jouit en cet endroit du plus beau coup d'oeil. Lorsque le Vésuve C6t tranquille , on peut non seulement se promener autour de son cratère , mais y descendre même jusqu’au fond : quoique celte descente soit très-rapide , on peut cependant s'y lancer à l’aide des inégalités.
ùu terrain. .
La forme et la surface du fond du eratère varient souvent ; il est tantôt concave et tantôt convexe, suivant le degré de force de la fermentation intérieure. Cette espèce de croûte est formée par la lave , les scories , le sable , des cendres et autres matières volcaniques. La chaleur qu’on éprouve dans le cratère , est souvent aussi forte que celle d’une étuve.
On ne doit pas se fier au calme apparent , que le Vésuve conserve quelquefois
I tendant une longe suite d’années, en n’exhaant qu’une fumée lente; car c’est alors que les matières , qui bouillent et fermentent continuellement dans le sein de la montagne, s’accumulent et cherchent à sortir du profond abyme qui les renferme. C'est aussi dans ces circonstances , que se font sentir les secousses souterraines , et qu’on voit s’élever des tourbillons d’une fumée noire et épaisse ; qui est d'un très-mauvais augure lorsqu’elle prend la forme d’un cône ou d’un arbre de pin , car c’est l’indice certain d’une éruption prochaine et violente.
On a observé que l'eau de la mer quitte par fois le rivage pendant l’éruption ; ce qui fait croire qu’elle s’introduit alors dans l’intérieur de la montagne ; les coquilles marines qu: se trouvent souvent dans l’eau vomie par le Vésuve , rendent cette opinion assez probable. Quelle que soit d’ailleurs l’origine des eaux qui pénètrent da«s celte fournaise , elles doivent nécessairement
en augmenter la force et l'agitation, et contribuer à accélérer l'éruption.
Le soufre est la matière la plus inflammable que l’on connaisse , et la cause première de l’incendie d’un volcan , ainsi que de la foudre , qui . laisse en effet , partout où elle passe , la même odeur de soufre que les matières du Vésuve.
Les nombreuses expériences de nos physiciens et de nos chimistes prouvent , que la force du feu des volcans est très-supérieure à celle de nos charbons ardents , et même au feu des verreries ; aussi la chaleur volcanique est-elle de très-longue durée.
Parmi les matières du Vésuve , on distingue la lave et les cendres : la première est d’abord une matière embrasée et liquide , de la consistance du verre fondu. Elle sort ordinairement des flancs de la monta-
gne pendant les éruptions , se répand comme un torrent jusqu’à ses pieds , et va même quelquefois jusqu’à la mer , où elle forme de petits promontoires. En s’arrê-
tant , celle lave perd petit-à-petit sa chaleur naturelle et se convertit en une pierre aussi dure et aussi susceptible de polissure
que le marbre , dont elle tient parfaitement le lieu. Cette lave coule lentement et avec
une espèce de gravité , mais elle est quelque-fois d’ une épaisseur et d’une profondeur considérable. Le moindre obstacle suf-
fit pour retarder son cours : elle s’arrête alors , s’enfle et entoure ce qui s’oppose à
son passage, jusqu'à ce qu’elle ne l’ait entièrement détruit ou couvert. Si l'obstacle est formé par des pierres poreuses , elles se brisent alors avec du fracas. Les gros arbres et les bâtisses offrent un plus grand obstacle au cours des laves : elles s’arrêtent alors autour de ces objets $ les feuilles des arbres commencent à jaunir , se sèchent , s’enflamment et ne tardent pas à prendre feu avec l’arbre même 5 mais il est rare que les maisons et autres édifices soient renversés par la marche des laves qui les em^ brassent et les comblent. Cette lave conserve pendant très-long tems sa chaleur interne : en se refroidissant , elle devient dure comme la pierre , et d’une couleur brune avec des veines marbrées •, on s'eu sert pour paver les rues de Naples et les Villes des environs : lorsque la lave est travaillée , elle est si luisante qu’elle sert à faire des tables , des cheminées , des tabatières et jusqu’à des anneaux et des pendants d'oreilles.
Les cendres du Vésuve sont de différente nature. La force avec laquelle elles sortent du cratère fait qu’ elles s’élèvent très-haut et se soutiennent long-tems en l’air. Le veut les porte quelquefois à une distance étonnante. Les anciens Écrivains dous racontent, que ors de l’éruption de l’an 79 de l’ère Chrétienne , les cendres du Vésuve arrivèrent jusqu’en Egypte et en Syrie ; quelles furent jusqu’à Constantinople en 4 ? 2 •>
jésqûes flans la’ Fouille, et* en Calabre en' i'i 3g ; qu’elles volèrent enfin , s’il faut 1er eu croire , jusqu’en Sardaigne , à Ruguse , et à Constantinople en i63i.
Ces cendres volcaniques mêlées - à l’earf forment une matière liquide qui se répand sur lès terrains , et s’insinue dans l’intérieur des maisons , comme cela arriva à Herculanum et à Pompeïa.
On peut juger - de la violence - de ce Volcan par la hauteur prodigieuse de la co* lenne de fumée qui s’en élève. On prétend que lors de l’éruption de i63i , la hauteur de cette colonne fut évaluée à 3o milles - } et celle de 1779 avait mille toises de haut, sur vingt de diamètre. Le Vésuve vomit aussi des pierres d’un poids et d’une grosseur é il crrmes , que la violence et la forcé du feu lancent à une hauteur et à une distance prodigieuses. Mais ce qui est encore plus singulier , c’est que l’immense quantité de matières sorties des entrailles du volcan , et qui - couvrent toutes les terres des environs jusqu’à lâ mer , suffiraient , si elles étaient réunies, à former une montagne pour le moins quatre fois aussi grande que le Vésuve lui-même.
On ne doit pas supposer , comme le font Bien des gens , que le Vésuve communique avec d’autres Volcans , et particulièrement avec le mont Etna en Sicile , la Solfatara de Pouzol , et l’île d’ischia. Les observations les plus exactes démentent cette as-
sertion, et il n’est pas vrai que le mont Etna et le Vésuve fassent leurs éruptions en même-tems , et par une cause commune ; ou que l’un de ces volcans s’allume , lorsque l’ autre s’éteint comme quelqu’un l’a cru.
La première éruption du Mont Vésuve dont les Ecrivains fassent mentions , est celle du 24 Août de l’an 79 de l’ère Chrétienne , qui ensévelit à la fois et la Ville d’Herculanum et celles de Pompeïa et de Stabie. Mais d’autres éruptions doivent nécessairement avoir eu lieu avant cette époque , car on a reconnu que les rues de ces Vdles étaient déjà pavées de lave et autres matières volcaniques : ce qui parait annoncer que le Vésuve avoit été un volcan éteint long-tems avant que ces villes furent fondées.
L’éruption de l’an 79 fut épouvantable 5 le Volcan s’ouvrit tout-d’un coup avec une explosion terrible : et il en sortit une colonne de fumée épaisse qui s’éleva en forme de cône. Le Ciel fut obsci rci pendant trois jours; l’eau de la mer abandonna le rivage , et le volcan vomit tant de matières que les Villes d’Herculanum , Pompeïa et Stabie en furent entièrement couvertes.
Pline le naturaliste qui était parti de Misène , où il commandait la flotte Romaine, pour jouir de plus près du spectacle de cette éruption , en fut la victime à Stabie , où les cendres l’étouffcrent. Iline le jeune son
neveu , nous a laissé une ample et très-exacte description de cette terrible catastrophe , dans ses lettres à Tacite.
Le Vésuve fit encore de grandes éruptions dans les années ao3 , 47 a » 5ia, 685 , et io36. Si nous voulons eu croire Charles»
Sigonius , celle de 1 472 remplit de cendres toute l’Europe et causa une telle frayeur à Constantinople, que l’Empereur. Léon abandonna cette Ville , qui se trouve cependant à plus de ^50 milles du Vésuve. L’éruption de io36 est rapportée dans la chronique anonyme de Monte-Casino : et Scotus dit dans son Itinéraire , qu’il a lu dans les annales d’Italie , que les flancs du Vésuve s’entr’ouvrirent , et qu’il eu sortit des torrens de feu , qui s’étendirent jusqu’à la mer.
Il y eut aussi d’autres éruptions en 1049, 11 38, 1189, i3o6 , e i5oo , mais celle de i63i , la treizième , fut plus terrible encore que toutes les autres. Le 16 Décembre i63i , après de fortes secousses, il sortit du cratère des tourbillons d une fumée noii’e , présage toujours funeste ; le flauc de la montagne s’ouvrit , et vomit un torrent de lâve qui se divisa en sept branches -, elles se dirigèrent sur autant de points différons , en ruinant les Villes et les Villages aux environs. Du cratère se précipitèrent ensuite des torrens d’eau bouillante , accompagnés de violents tremblemens de terre. Ce déluge épouvantable inonda les campagnes , déracina et emporta les arbres ,
renversa les maisons , noya plus <!e 5 oc personnes qui se trouvaient vers la Torre del Grcco: il arriva même jusqu’à la Ville de Naples. Ce désastre dura jusqu’à la moitié de Janvier i 63 a , et presque cinq mille personnes y perdirent la vie. On évalua les pertes à plusieurs millions de ducats.
Les éruptions des années 1660 , 1682 , 1694 , 1698 , 1701 ne furent pas moins terribles -, et depuis 1701 , jusqu’à ijrây , il y eut très-peu d’années où le Vésuve ne jetât des laves, ou au moins de la fumée.
Les éruptions de 1737, , 1754» 1769,
1 760 , 1 765 , et 1 766 , furent considérables ; mais celle du 19 Octobre 1767, fut extraordinaire : le tremblement de terre se fit sentir jusqu’à la distance de 20 milles.
A Naples même il y eut une pluie de sable et de cendres : le cours de la lave avait 3 oo pieds de largeur, sur 24 de hauteur.
Les éruptions des années 1776 , 1778 , et 1779 furent moins funestes , mais celle qui eut lieu en 1 794 , fut très-violente : le Vésuve vomit un torrent de lave qui couvrit les campagnes et les maisons de la Torre dcl Greco. On compte ainsi 36 éruptions les plus remarquables, depuis l’an 79 jusqu’à celle de 1794» on peut quasi regarder ces éruptions comme continuelles , car* il ne se passe pas d’année que le Vésuve ne vomisse une plus ou moins grande quantité de laves , de cendres , et d’autres matières par le cratère ou par les flancs.
La Ville d’Herculanum a été trouvée cou-
Verte de six couches de cendres , formant ensemble une hauteur de 65 pieds, ce qui rend incontestable , qu’il y eut encore cinq éruptions «après celle qui ensevelit Herculanum en 79 .
En descendant du Vésuve et en passant par les villages nommés de la Torre dcl Greco , et de la Torre délia Nunziata , on trouve sur la route de Salerne , et à douze milles de Naples