‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 89 sur 92 · VILLE DE BÉNÉVENT · texte numérisé non relu

VILLE DE BÉNÉVENT

Quoiqu’il soit difficile de découvrir l'origine de ces Villes très-anciennes , dépourvues des monumens qui pourraient l'indiquer; les anciens écrivains néanmoins s’accordent assez généralement à en attribuer l’origine à quelque Personnage illustre de l'antiquité. On voit dans Jules Soline , dans Procope et d’autres auteurs , que Diomède , Roi d’Etulie , fut le fondateur de la Ville de Beuéveut, à-peu-prè§. 477 ans avall t 1ère Romaine. Ce qu’il y a de constaté , c’est que cette ville très-ancienne fut d’abord possédée par les Samniles et alla avec la Campanie sous l’Empire d’Adrien. Tite Live nous apprend , que Bénévent s’appelait originairement Malventum , à cause de la violence des vents qui y régnent quelquefois.

Les Romains y ayant ensuite envoyé une Colonie , cette ville prit le nom de Bcncventum ; et plusieurs agrandissemeos et embellissemens en firent aussitôt une Ville considérable. Les babitans de Bénévent se réunirent à ces Colonies qui prêtèrent des secours aux Romains contre Annibal. Vitinius y érigea un Amphithéâtre magnifique, dont ou ne voit plus aujourd’hui que la base , le reste étant couvert par des édifices modernes. Le Sénat et le Peuple Romain y élevèrent aussi, eu l’honneur de 1 Empereur Trajan, le fameux Arc triomphal, nommé aujourd’hui Porta Aurça } servant de porte à la Ville.

Bénévent fut occupée par les Goths l’an 490 de l’ère Chrétienne , et en 571 par les Lombards qui la créèrent Capitale d’un Duché , auquel furent soumis 34 Comtés voisins. Ce Duché dura jusqu’à ce que tes Rois d’Italie s’en rendirent les maîtres. Bénévent étant passé ensuite sous la domination dfr Charles-Mague , cet Empereur en acquit la Principauté en 787 ; et elle se conserva sous ses successeurs jusqu’à l’année 891 , époque à laquelle Ursus fut chassé par les Grecs , expulsés ensuite à leur tour par Guidon III , Duc de Spolète.

En général on croit que cette Ville fut érigée en Evêché l’au 20 de l’ère Chrétienne •, et que St. Photin en a été le premier Evêque. St. Janvier le fut aussi dans le IV Siècle , déclaré ensuite gi’and Protecteur de Bénévent et de Naples. En 969 l’Evêque Landolfe fut élu Archevêque par Jean XIII. Devenue ainsi Métropole , la Ville de Bénévent fut donnée au Pontife

Léon IX par Henri III , qui en fît l’échange contre Bamhergue , Ville de laFranconie,

appartenant alors au St. Siège; et en 1077 1 Eglise Romaine en prit la possession , que elle a toujours conservée.

Cette Métropole avait jadis 32 Evéchés suffragants , réduits ensuite à 23 , et suc-

cessivement aux 16 qui existent aujourd’hui.

Les Pontifes Romains y célébrèrent plusieurs Conciles. Le premier y fut tenu par Victor III , en 1081 ; le second par Ur-

bain II , en 1091 ; et Pascal II célébra trois Conciles à Bénévent , ceux des années 1 1 08 , iii 3 , et 1 117. Le Diocèse de Benévent était d'abord si étendu qu’il comprenait jusqu’à 217 villages. Indépendamment des dits Personnages , l’Eglise de Bénévent fut encore gouvernée par Mgr délia Casa , célèbre Oi-ateur et Poète ; et par Benoît XIII Orsini , avant son assomption au Pontificat.

La Ville de Bénévent a donné naissance à un grand nombre de Personnages illustres par leur sainteté , leur savoir , ou leur valeur martiale. On compte parmi eux trois Pontifes 5 savoir, St. Félix, Victor III , et Grégoire VIII. Cette Ville renferme encore aujourd’hui plusieurs familles d'une noblesse et d’un mérite également remarquables.

Passant à-présent à observer cette Ville , on la trouve située sur le penchant d’une colline , sous laquelle passent les fleuves Sabbato et Calore , qui vont se réunir dans la Campanie. Toute la Ville est environnée de remparts ; elle a huit portes. Son circuit est d’environ deux milles et demi ; et le nombre de ses habitans s’élève a environ 16 mille. On y remarque un Chiiteau érigé par Guillaume Billotta de Bénévent , qui gouvernait la Ville au nom de Jean XXII résidant alors à Avignon. En 1640 , on découvrit à Bénévent un Lion supérieurement sculpté en marbre, qui se trouve aujourd’hui exposé aux regards des curieux. Le palais public est magniÇque et d’une belle architecture.

.La Cathédrale est majestueuse T ornée de marbres et de peintures. La grande porte est toute en bronze avec des bas-reliefs bien exécutés. Devant cette Eglise se trouve un petit Obélisque Egyptien , et uir Lion de marbre d’une belle sculpture. Le Palais de l’Archevêché avec sou Séminaire est aussi un grand édifice , et renferme une Bibliothèque nombreuse , composée de livres imprimés , et de codes , dont plusieurs du XI jusqu’au XIV Siècle.

On remarque encore à Bénévent le Monastère très-renommé de Ste. Sophie , érigé par Gisolphe II. Il fut d’abord accordé aux Religieuses Bénédictines. Les Bénédictins lobtinrent dans le X Siècle ; et il fut ensuite occupé par les Chanoines de Latran en iSgS. Ce Monastère jouissait autrefois des revenus immenses , comme l’annoncent plusieurs documens de l’archive de la Zecca.

Le principal des monumens anciens de Bénévent est

l’arc de tràjàr.

Il ne reste plus aujourd’hui que deux des trois Arcs de triomphe , érigés par le Sénat et le Peuple Romain eu l’honneur de l’Empereur Trajan : celui qui existait à Rome dans son Forum , est tout-à-fait détruit.

Le premier de ces deux Arcs- se trouve dans cette Ville, où il fut érigé l’an 1 1 4 : 1 autre est celui qui orne encore te Port

d’Ancône. La beauté et l’élégance de ces Arcs les font considérer comme l’ouvrage de l’Architecte Grec Apollodore , employé par l’Empereur Trajan , d’après Dion Cassius , à l’embellissement de la Ville de Rome. Ces deux Arcs sont d’ordre Corinthien 5 leur comparaison donne cependant à celui de Bénévent sur celui d’Ancône le prix d’être orné de superbes bas-reliefs ; ce qui l’a toujours fait considérer comme un ouvrage parfait dans son genre , et digne de la majesté Romaine et du Prince auquel il fut érigé , en l’honneur des victoires remportées dans les Guerres Germanique et Dacique , ainsi que l’annonce l’inscription.

Cet Arc est composé de marbre Grec *.

il a un double socle , sur lequel posent huit colonnes cannelées et d’ordre composite , c’est-à-dire quatre Air chaque côté. Les intervalles des colonnes des deux côtés de l’Arc offrent deux ordres de bas-reliefs d’une belle sculpture , représentant des sacrifices et les exploits de l’Empereur. Parmi ces bas-reliefs se trouvent deux frises ornées également de bas-reliefs. La frise de l’entablement présente la marche du Triomphe, sculptée en bas-relief. Dans les angles de l’arche se trouvent deux figures couchées , représentant des Fleuves d’une excellente 4 sculpture , surtout celles placées dans la partie hors de la Ville. Sur l’entablement se présente ensuite l’Attique portant l’inscription ornée de has-reliefs des deux cô-

tés. L’ouverture de l’arche- contient aussi deux has-reliefs . La voûte est ornée de caissons et de rosons y et au milieu un Lasrelief représentant une Renommée ailée , couronnant 1 Empereur Trajan. Tous les ornemens que l’on voit dans la façade de l’Arc du coté de la Ville , se trouvent répétés dans la façade opposée , au dehors.

Nous attendons sur ce monument intéressant l’ouvrage de Monseigneur Rossi Evêque de St. Sévère , qui fera connaître aux érudits aussi Lien la .partie d’architecture , que les has-reliefs dont il est orné,

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