‹ Itinéraire instructif de Rome a Naples, ou Description générale des monumens anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environs par le chev. M. Vasi antiquaire romainChapitre 88 sur 92 · L’AQUEDUC DE CASERTE · texte numérisé non relu

L’AQUEDUC DE CASERTE

Ce conduit qui surpasse ou égale tout au moins les plus beaux travaux des anciens Romains , et fournit Caserte d’eaux provenant de sources très-éloignées , est sans doute un des plus merveilleux ouvrages de Char-

les III. Le territoire d'Airola offrait une grande abondance d’eau provenant de neuf sources , qui allaient se jetter dans la rivière Faenza , qui passe par le territoire de Ste. Agathe des Goths et se perd ensuite dans le fleuve Volturne. Ces eaux réunies formèrent un volume très-considérable que le célèbre chev. Louis Vanvitelli parvint à engager dans le conduit, pour les amener jusqu’à Caserte.

Cet Aqueduc est composé d’une bâtisse très-solide , enduite d'un stuc particulier qui résiste aux efforts de l’eau, La distance de la source des eaux jusqu’à Caserte , prise en ligne droite, est de 12 milles; mais, en suivant les sinuosités de l’aqueduc , elle est de 27 milles.

L’Architecte ne négligea aucun moyen pour conduire les eaux par les lieux qui se rapprochaient le plus du niveau de la source ; mais il ne put cependant éviter l’obstacle que lui présentaient deux montagnes très-élevées , et séparées par la vallée de Maddalone. Comment faire remonter les eaux à une hauteur si considérable , une fois qu’elles étoient descendues dans la dite vallée ? Le génie de l’architecte sut suffire à tout. Les seins des deux montagnes furent percés dans le lieu appelé Prato y sur une longueur de 1100 toises dans le tuf > ou pierre tendre ; à Cicsco dans la pierre vive , sur une longueur de 980 toises ; sur 5 yo toises à Gargano ; et 3oo dans la Rocca :

ce qui forme en tout une longueur de 295»

toises de conduit , pratiqué à travers des deux montagnes.

Après avoir ainsi percé celles-ci , il fallut ensuite les réunir ensemble , et établir un passage aux eaux , au moyen d’un pont dont l’architecture et la hauteur étonnent

tous ceux qui le considèrent. Ce pont ou aqueduc , qu’on admire audessus de Maddalonc , gros bourg , à quelques milles de Caserte , est composé de trois rangs d'arches placées les unes sur les autres. Le premier de ces rangs , au pied des deux montagnes , est formé par 19 arches ; le seècnd par 27 , et le troisième par 43 . Les pilastres du premier rang d’arches ont plus de 33 pieds d’épaisseur et .{9 de hauteur.

Tout le monde peut juger du travail et des dépenses énormes qu’a dû causer l’exécution d’un travail aussi gigantesque ! Surtout si l’on considère le court espace de teins dans lequel il a été exécuté ; car les bâtimens Royaux fui'çnt commencés en 1762, et l’Aqueduc était entièrement achevé en 1759.

La fabrique de soiéries , et d'étoffes à S. Leucio, assez près de Caserte, est aussi digne d’attention. Le Roi Ferdinand a fait lui-même un code pour cette Colonie, qui lui doit son existence et sa prospérité. Des centaines de personnes des classes indigen-

tes, y trouvent leur subsistance.

À vingt milles de Caserte , et à trente sept de JNaples , se trouve dans les Apennins , la

Page 1