‹ Itinéraire instructif de Rome à Naples, ou description générale des monuments anciens et modernes, et des ouvrages les plus remarquables en peinture, sculpture et architecture de cette ville célèbre et de ses environsChapitre 67 sur 92 · L’ANCIENNE VILLE D’ HERCULANUM · texte numérisé non relu

L’ANCIENNE VILLE D’ HERCULANUM

Son nom , ainsi que les témoignages de Strabon et de Denis d’ Halicarnasse font reconnaître Hercule pour le fondateur de cette Ville ; et on prétend que c’ était l’Hercule Phénicien , celui qui défit le tyran Gerion en Espagne 5 et qui après s’être ouvert un passage à travers les Alpes 3 vint en Italie , où il fonda Monaco dans la Ligurie , Livourne et Port-Hercule dans la Toscane , et Formie , Pompéia et la Ville d5 Herculanum , située sur les bords de la rivière Sarno , entre Pompeïa et Naples * aux pieds du mont Vésuve et sur le rivage de 1-a mer , où Hercule fit construire un port magnifique pour y étabiir sa flatte . On prétend que cette Ville fut fondée 60 ans avant Troye; quoiqu’il en soit , il est du moins certain qu’ Herculanum existait du tems de la République Romaine.

Sa situation agréable et salutaire ?

l’ avantage de la mer et d’ autres dons de la nature appelèrent bientôt à Herculanum une grande quantité de Peuple ami des séjours agréables > et cet établissement devint bientôt une des Villes les plus riches de la Campanie . Elle fut d’abord commandée et habitée par les Osci , ensuite par les Etrusques , les Samsites et successivement par? les Grecs *

Ville rP HeRCüIAmüm . 189

Devenue ensuite alternativement et M11nicipe , et Colonie Romaine , elle conserva toujours sa grandeur et sa magnificence dans les édifices publics , les spectacles , et dans toutes les entreprises et les actions particulières de ses habitants? comme le prouvent le grand nombre de sculptures et d’ inscriptions qu’ on y a trouvées .

Les richesses particulières , le luxe et la mollesse qui s’ introduisirent à Rome dans les derniers tems de la République ? firent désirer aux Romains l5 existence d1 une Ville Grecque , animée par la liberté ? le goût , et les plaisirs , ambellie par les arts ? et située dans un sol fertile et sous un Ciel heureux . Cicéron cite un grand nombre de Romains dont les maisons de campagne se trouvaient à Herculanum 5 où ils passaient la plus grande partie de l’année. Strabon qui vivait sous Auguste ? nous donne une description avantageuse de cette Ville ; Pline , Florus et Tatius nous en font également des éloges 5 ses ruines en effet ? iî faut l’avouer , rappélent encore la plus belle et la plus opulente des Villes de la Campanie ? après Naples et Capoue .

Le tremblement de terre qui eut lieu l’an 6$ de Père Chrétienne ? endommagea grandement la Ville d’Herculaiium* Elle se serait cependant relevé de ce malheur > si elle n’ eut été entièrement

s-ço Environs de Naples *

ensevelie par P irruption de P an 79 5 irruption extraordinaire et bien plus terrible que toutes les autres arrivées dans l’espace de 18 Siècles suivants . Pline le jeune fut témoin oculaire de cet horrible événement , qu’ il nous décrit dans sa seizième lettre à Tacite . Il se trouvait , dit-il 9 à Misène avec Pline P Ancien , son Oncle , lorsque le Ciel s’obscurcit et la terre répandit les plus terribles exhalaisons-; les éclairs éblouissaient dans les ténèbres , et augmentaient P horreur de cette scène; le Vésuve en même tems vomissait une quantité de bitume 5 de soufre , de pierres ardentes qui s’ étendaient jusqu’à la mer : ces mêmes matières se dirigèrent ensuite sur les Villes de Pompeïa , Herculanum et Stabie qu’elles ensevelirent au moment, ou les habitans d’HercuIanum se trouvaient au spectacle • La matière qui couvrit Herculanum était plutôt composée de cendre et de graviers que de lave ; une grande partie de la Ville fut cependant incendiée ; ce qui porte à croire que ces matières étaient encore ardentes et accompagnées des torrens d’eau que le Vésuve vomit ordinairement dans ses irruptions , car tout P intérieur des maisons en fut rempli . Les fouilles faites à Herculanum annoncent que de nouveaux torrens de matières Volcaniques sont passés sur celles dotât Herculanum était déjà couvert ;

Ville d9 Herculanum • 191

on a même des indices certains que les produits de six autres irruptions se sont encore répandus sur cette Ville depuis sa destruction .

Les belles Villes d’ Herculanum et de Stabie ainsi détruites , furent tellement oubliées qu’ il en resta à peine quelques faibles traditions , à l’aide desquelles les Antiquaires cherchaient le lieu de son existence, La découverte d’ Herculanum fut absolument F effet du hazard . Les habitans de Résina ayant creusé en 1689, jusqu’à la profondeur de 65 pieds, dans un de leurs puits , ils y trouvèrent des débris de marbres précieux et plusieurs inscriptions appartenantes à la Ville de Pompeîa .. E manuel de Lorraine , Prince d’ Elbœuf en 1720 , avant besoin de marbre pour son château de plaisance de Portici ? fit creuser autour de ce même puits , et y découvrit plusieurs statues. Ces circonstances rappelèrent le souvenir d’ Herculanum ; mais le Gouvernement s’opposa à la continuation des fouilles •

Nous sommes redevables de la découverte d* Herculanum à Charles III , qui fit reprendre les travaux commencés par le Prince d’Elbœuf . Les Ouvriers avaient à peine pénétré à 6$ pieds de profondeur dans le dit puits, lorsqu’ils découvrirent une inscription lapidaire et quelques débris de statues équestres de

Environs de Naples.'

bronze . Ils continuèrent à creuser horizontalement et trouvèrent deux statues de marbre avec d’autres fragments ; mais la plus belle decouverte fut celle du Théâtre d’ Herculanum 3 oh le Peuple fut -5 di-t-on , surpris par la terrible irruption du Vésuve au moment d'une représentation .

Le Village de Résina présente aujourd’ hui l’ouverture d’ une fouille conduisant à un chemin étroit -, où 1’ on descend à l’aide d’un flambeau et accompagné d’un Cicéron qui vous conduit jusqu’à la fin de ce chemin 5 où se trouve le grand Théâtre d’Herculanum 3 le seul monument qui s’offre encore à la curiosité des Voyageurs . Il est magnifique et d’une superbe architecture Grecque 3 orné d’une belle façade et de colonnes de marbre placées dans la scène : il ressemble beaucoup au Théâtre de Palladius de Vicence . Sa circonférence a 290 pieds à l'extérieur 5 et 230 au dedans . Les spectateurs y .avaient 21 rangs de dégrès sourmontés d’ une galerie ornée de statues en bronze.

Il serait à desirer que cette fameuse Ville fut entièrement découverte 5 comme celle de Pompeia * dont nous avons le plaisir de jouir dans son entier j mais les Villages de Portici et de Résina qui couvrent Herculanum 5 ont empêché de compléter les fouilles qu’on n’a pu faire

Ville d* Hercvl anum • 193

qu’ horizontalement et en détail , en recouvrant les édifices après les avoir examinés et en avoir retiré les pins riches ornemens . Herculamim conserve toujours malgré cela les traces de son ancienne beauté . Ses rues étaient larges , tirées au cordeau et pavées de laves de la même espèce que celles que vomit aujourd’hui le Vésuve : ce qui prouve qu’il y avait eu des irruptions antérieures à celle de l’an 79 . Ces rues avaient des marchepieds des deux côtés , comme celles de Londres .

On a trouvé à Herculamim beaucoup de Temples * et une infinité de maisons df une bonne architecture > et enrichies par les beaux arts . Le Forum d’ Herculanum qu’ on a également découvert 9 était une place rectangulaire de 228 pieds de longueur , environnée d’ un portique soutenu par 40 colonnes : l’accès de cette place se trouvait formée par cinq arcades ornées de statues équestres : les deux plus belles représentent les Balbi Père et Fils , et se conservent dans l’Académie des études de Naples . Ce portique communiquait par un portique commun à deux Temples , dont 1’ un avait 1 50 pieds de longueur . Presque toutes les maisons étaient peintes à fresque , le seul genre de peinture connu chez les Anciens . Les fenêtres étaient ordinairement fermées par des volets de bois y excepté dans quelques maisons oh

Environs de Naples *

on a trouvé cîes vitres très-épaisses , parce qu’on ne connaissait pas alors 1* art de les amincir aussi facilement qu’on le fait aujourd’hui : on a cependant trouvé une grande quantité de bouteilles , et de goblets de gros verre .

La Ville d’ Herculanum ne fut pas couverte par la lave , comme nous l’avons dit plus haut , mais par les cendres du Vésuve qui se mêlèrent à l’eau et formèrent ainsi un mortier très-dur , qu’ on a de la peine à casser .

Ces matières étaient sans doute embrasées lorsqu’elles ensévelirent Herculanum > car les portes des maisons et autres bois de la Ville ont été» trouvé» convertis en une espèce de charbon qui conserve encore quelque souplesse par suite de l’ humidité de la terre. Tout était réduit en charbon 3 ou grillé dans les maisons mêmes où cette matière n’avait pas pénétré .. Ces objets cependant tels que des livres écrits sur l’écorce de Papyrus d’Egypte , le bled , l’orge , les noix , les amandes 3 les figues^ le pain , étaient dans leur entier 5 ainsi que les meubles , les utensiles de bronze qui n’ étaient nullement endommagés . On a aussi trouvé des chambres remplies de la dite matière ; ce qui prouve qu’ elle s’était dissoute avec les eaux du Vésuve pour pénétrer dans les maisons , où elle s’ introduisait comme une espèce de tor-

VlLlE d’ Hekculànum • 195

rent de matière fluide * Il faut croire malgré cela que la Ville d’ Hercuîanum fut ensevelie petit-il-petit , et de manière à donner aux habitans le tems de se sauver , et d’emporter ce qu’ils avaient de plus précieux : en effet depuis que les fouilles sont commencées, on n’y a trouvé qu’une douzaine de squelettes , et line très-petite quantité d’or -, d’argent , et de meubles précieux les plus difficiles à transporter „

Tous ces édifices ont été recouverts peu à peu après les fouilles , et tous les marbres , bronzes , peintures , sculptures , médailles , inscriptions , papyrus , instrumens d’arts, utensiles necessaires à la vie , dont nous n’ avions aucune idée : tous ces objets furent placés à Portici , d’où ont été transportés dans l’Académie des études de Naples ; et ils forment un musée qui est unique dans le Monde; de manière que l’on ne va à Hercuîanum , que pour voir le Théâtre, le seul édifice que nous reste .

On a érigée à Naples une Academie afin d’examiner et d’illustrer les susdits monumens : elle est composée des plus savans Antiquaires , qui nous ont donné neuf volumes in folium . C’est un ouvrage classique , tant à cause des ses savantes et érudites explications , que pour la magnificence de l’édition , et de la beauté des gravures Comme 1’ on dédirait

I9<5 Environs de Naples.

que cet ouvrage fût réduit plus commun et moins dispendieux , c’est pourquoi Mr. Thomas Piroli , graveur à Rome 5 en a publiée une édition in 4. vol. 6 , avec les explications en Italien , et en Français , ornée de gravures : elle sc trouve dans mon Etude , au prix de vingt écus .

f A trois milles de Résina 3 et à huit de Naples on voit le

MONT VESUVE .

Cette épouvantable montagne est placée entre la mer et les Appennins ; elle est environnée de deux autres montagnes dont l’une nommée Somma et l’autre Ofta]ano : quoique séparées entr’elles , ces montagnes ont cependant des racines communes : on croit même qu’elles ne formaient autrefois qu3 une seule et même montagne 3 beaucoup plus haute qu’elles ne le sont actuellement 5 et que leur séparation est due à l’effet de quelque irruption qui emporta en même tems leurs sommets pour les convertir en cratère . Le Vésuve a la forme d’une pyramide 5 sa hauteur perpendiculaire est de 57$ pieds 3 et la circonférence des trois

Monte Vesuvio j|| Montres uve

Mont Vesuve*

montagnes prise ù leurs bases , de trente milles .

Trois chemins différents conduisent au sommet du Vésuve ; celui de St. Sébastien vers le Nord ; celui d’ Ottajano à l’Orient et celui de Résina du côté de l’ Occident : ce dernier chemin est le plus fréquenté . On trouve dans le village de Résina des Conducteurs et des chevaux , à l’aide desquels on arrive jusqu’au tiers de la montagne : ces Conducteurs hommes adroits et vigoureux présentent alors aux Etrangers une ceinture attachée à leur dos , à laquelle ces derniers se suspendent pour parvenir ainsi jusqu’au sommet du Vésuve. Plus on monte et plus le chemin devient difficile 5 et comme la montagne est d’ailleurs couverte de cendres 3 et d’ un gravier corrosif et très-glissant , sur lequel les Voyageurs courraient grand risque de tomber s’ ils n’ avaient la précaution de se soutenir à la ceinture du Conducteur „ Au lieu d’une plaine délicieuse, le sommet de la montagne présente un goufre horrible , ou cratère de 5624 pieds de circonférence , environné d’ un sentier de trois à quatre pieds , où l’on peut à peine marcher , parce qu’il est rempli de cendres et de sable cachant des pierres calcinées . On jouit en cet endroit du plus beau coup d’œuil possible . Lorsque le Vésuve est tranquille > on peut non seu-

jç)8

Environs de Naples.

jement se promener autour de son cratère , mais y descendre même dedans jusqu’à la profondeur de cent pieds environ ; quoique cette descente soit trèsrapide , et presque perpendiculaire , on peut cependant y marcher à l’ aide des irrégularités du terrain et des pierres qui devancent . Je desirais voir l’ intérieur de l’abyme- mais la fumée qui en sortait lorsque je m’ approchai , était si épaisse que je ne pus satisfaire ma curiosité .

La forme et le niveau du fond du cratère varie souvent , au rapport de ceux qui y sont descendus plusieurs fois ; il est tantôt concave , et tantôt convexe suivant le dégré d& force de la fermentation intérieure . Cette espèce de croûte est formée par la lave l’écume métallique , le sable , des cendres et autres matières volcaniques .. La, chaleur qu’ on éprouve dans le cratère est aussi forte,/ ! que celle d’ une étuve .

On ne doit pas se fier au calme apparent que le Vésuve conserve souvent , pendant une longue suite d’années, en n’exhalant qu’une fumée lente ; car c’est alors que les matières qui bouillent et fermentent continuellement dans le sein de la montagne , cherchent à sortir du profond abyme qui les renferme . C’ est aussi dans ces. circonstances que se font sentir les secousses souterraines , et qu'on

Mont Vhsuve.

voit s’élever des tourbillons d’une fumée noire et épaisse, qui est d'un: très- mauvais augure lorsqu’ elle prend la forme d’un cône ou d’un arbre de pin, car c’ est P indice certain, d’ une grande ir-^ ruption .

On a observé que Peau de la mer quitte le rivage pendant P irruption ; ce qui fait croire qu elle s’introduit alors dans l’ intérieur de la montagne ; les coquilles marines qui se trouvent toujours dans l’eau vomie par le Vésuve > rendent cette opinion assez probable . Quelque soit d’ailleurs P origine des eaux qui pénétrent dans cette fournaise , elles doivent nécessairement en augmenter la force et V agitation *> ce qui produit peut-être l’irruption.

Le soufre est certainement fa matière la pius inflammable que P on connaisse, et la cause première de P incendie d’un Volcan , et de la foudre qui laisse en effet par tout où elle passe , la même odeur de soufre que les matières du Vésuve.

Les nombreuses expériences de nos physiciens et de nos chimistes prouvent que la force du feu des volcans est trèssupérieure à celle de nos charbons ardents 5 et même au feu des verreries ; la chaleur volcanique est conséquemment de très-longue durée .

Parmi les matières du Vésuve ,• on distingue la lave et les cendres ; la pre-

Environs de Naples .

mière est une matière embrasée et liquide , qui a la consistance du verre fondu . Elle sort ordinairement des flancs de la montagne pendant les irruptions , se répand comme un torrent jusqu’à ses pieds j et va même quelque fois jusqu’au rivage de la mer > oh elle forme de petits promontoires. En s’arrêtant cette lave perd petit-à-petit sa chaleur naturelle et se convertit en une pierre d’une couleur brune aussi dure et aussi susceptible d’être polie que le marbre > dont elle remplace parfaitement Je s usages .. Cette lave coule lentement et avec une espèce de gravité ; mais elle est d’une épaisseur et d’une profondeur considérables y elle a quelquefois quinze pieds de haut et une grande extension . Le moindre obstacle suffit pour retarder son cours : elle s’arrête alors à la distance de sept à huit pas > s’ enfle et entoure ce qui s’oppose à son passage jusqu’à ce qu’elle ne l’aie entièrement détruit ou couvert . Si l’obstacle est formé par des cailloux ou des pierres poreuses ? elles se brisent alors avec un bruit presque semblable à celui du canon * Les gros arbres et les bâtisses offrent un plus grand obstacle au cours des laves ; elles s’arrêtent alors autour de ces objets ; les feuilles des arbres commencent à jaunir , se sèchent , s’enflamment et ne tardent pas- à prendre feu.

Mont Vesuvh#

avec l’arbre même ; mais il est rare que les maisons et antres édifices soient renversés par la marche des laves . Cette lave conserve pendant très-long teins sa chaleur intérieure et en proportion de sa majorité de force sur le feu de nos fournaises : en se refroidissant , elle devient dure comme la pierre , et d1 une couleur brune avec des taches ronges et bleues ; on s’en sert pour paver les riies de Naples et des Villes des environs : lorsque la lave est travaillée est aussi luisante qu’elle sert à faire des tables ? des tabatières , et jusqu’à des anneaux et des pendants d’ oreilles .

Les cendres du Vésuve sont presque de la même nature que la lave . La force avec laquelle elles sortent du cratère fait qu’elles s’élèvent très-haut et se soutiennent long-tems en 1’ air . Le vent les porte quelque fois à une distance étonnante . Les anciens Ecrivains nous raccontent que lors de 1’ irruption de ]’ an 79 de l’ère Chrétienne , les cendres du Vésuve arrivèrent jusqu’en Egypte et en Syrie ; qu'elles furent jusqu’à Constantinople en 47Z , jusque dans la Pouilles et en Calabre en 11^9? qu’elles volèrent enfin 3 s’il faut les en croire , jusqu’en Sardaigne 3 à Raguse et à Constantinople en 163 1 .

Ces cendres volcaniques mêlées à l’eau forment une matière liquide qui se ré-

Environs de Naples

pand sur- les terrains , et s’ insinue dans P intérieur des maisons v comme cela arriva à Hercuîanum et à Pompeïa •

On peut juger de la, violence de ce Volcan par la hauteur prodigieuse de la colonne de fumée qui s’ en élève .. On prétend que lors de l’irruption de 1631 », la hauteur de cette- colonne fut évaluée à 30 milles ; et celle de 1779; avait milletoises de haut 9 sur vingt de diamètre • Le Vésuve vomit aussi des pierres, d’ un poids et d’une grosseur énormes , que la violence et la force du feu lancent à unehauteur et à une distance extraordinaire . Mais ce qui est encore plus singulier * c’ est que l’ immense quantité de matières sorties de cette fournaise et qui couvrent toutes, les terres des. environs jusqu’à la mer , suffiraient 5 si elles étaient réunies 5 pour former une montagne pour le moins quatre fois aussi grosses que le Vésuve lui-même.

On ne doit pas supposer , comme bien des gens 5 que le Vésuve communique avec d’autres Volcans ,et particulièrement avec le mont Ethna de Sicile , la Solfatara de Pouzol 5 et P île d’ischia. Les observations les plus scrupuleuses démentent cette assertion , et il n’est pas vrai que le mont Ethna et le Vésuve fassent leurs irruptions en même tems , et par une cause commune; ou que l’un de ces

M'ont Vesuve.

Volcans s’allume lorsque l’autre s’ éteint comme quelqu’un l’a cru .

La première irruption du Mont-Vésuve dont les Ecrivains Lissent mention est celle du 24 Août de l’ an 79 de T ère Chrétienne , qui ensevelit à la fois et la Ville d’Herculanum et celles de Pompeïa et de Stabie . Mais d’autres. irruptions doi-

vent nécessairement avoir eu lieu avant cette époque-, car on a reconnu que les rues de ces. Villes étaient déjà composées de lave et autres matières volcaniques ce qui paraît annoncer que le Vésuve passait pour un volcan éteint depuis jong-tems , lorsque furent, bâties quelques Villes dans ses environs'.

L’irruption de l’an 79 fut épouvantable ; le Volcan s’ouvrit tout d’ un coup avec une explosion terrible et il en sortit une colonne de fumée épaisse qui s’éleva en forme de cône . Le Ciel fut obscurci pendant trois jours , l’eau de la mer abandonna le rivage , et le Volcan; vomit tant de matières, que les Villes d’ Hercuîanum , Pompeïa et Stabie en furent entièrement couvertes . Pline le naturaliste qui était parti de Misène , où il commandait la flotte Romaine , pour jouir de plus près du spectacle de cette irruption , en fut la victime à Stabie , oit les cendres l’ étouffèrent . Pline le jeune, son neveu 5 nous a laissé une plus ample: et; très-exacte description de cette ter-

204 Environs de Na pi es *

rible irruption 5 dans, ses lettres; à Taeite .

Le Vésuve fit encore de grandes irruptions dans les années 20$ , 47*2 , 512 , 685 5 et 10 $6 . Si nous voulons en croire Charles Sigonius * il nous assure que celle de 472 remplit de cendres toute P Eutrope et causa une telle frayeur à Constant tinople que P Empereur Léon abandonna cette Ville qui se trouve cependant à plus de 750 milles du Vésuve .L’irruption de 10 $6 est rapportée dans la chronique à l’anonyme de monte-Casino ; et Scotus dit dans son Itinéraire qu’il a lu dans les annales d’Italie, que les flancs du Vésuve s’entrouvrirent , et qu’ il en sortit des torrens de feu 5 qui s’ étendirent jusqu’ à la mer .

Il y eut aussi d’autres irruptions en 1049 , 1158, 1 1$9 5 1306 , et 1500 , mais celle de 163 ï fut la treizième et plus terrible encore que toutes les autres Le 16 Décembre 1 6g 1 , après de fortes secousses de tremblement de terre et des tourbillons d’une fumée noire qui s’élevèrent en forme de cône , présage ton* jours funeste Je flanc de la montagne s’ ouvrit y et du côté de Naples vomit un torrent de laves qui se divisa en sept parties ; elles se dirigèrent sur sept points différents > en ruinant les Villes et les Villages des environs • Du cratère ensuite sortirent des torrens d’eau bouillante ac*

Mont Vesuve .

compagnes de violents trernblemens de* terre . Ce dcliige épouvantable innonda les campagnes , déracina , et emporta les arbres , renversa les maisons > noya plus de <foo personnes qui se trouvaient vers la Terre del Greco :• il arriva même jusqu’à la Ville de Naples où trois mille' personnes furent noyées par ce désastre qui dura jusqu’à ia moitié de Janvier 163 2 .

Les irruptions des années 1660, 16825 1694, 16895- 1701 ne furent moins terribles j et depuis 1701 ? jusqu’ à 1737?' il y eut très-peu données où le Vésuve ne jettat pas des laves , ou tout au moins de la fumée. Les irruptions de 1737 r 1751 > 1754 5 1759 5 1760 , 1763 , et 1766 ? furent aussi considérables ; mais celle du* 19 Octobre 1767 , fut très-épouvantabie 7 le tremblement de terre se fit sentir jusqu’à la distance de 20 milles. A Naples même il y eut une pluie de sable et de cendres : le cours de la lave avait goo' pieds de largeur, sur 24 de hauteur.

Les irruptions des années 1776, 1778, et 1779 furent moins funestes , mais la dernière qui eut lieu en 1794 , fut trèsviolente : le Vésuve vomit un torrent de laves qui couvrit les campagnes et les maisons de la Torre del Greco . On compte ainsi 36 irruptions depuis l’an 79 ». jusqu* à celle de 1794 ; on peut malgré

Environs dr Naples .

cela regarder ces irruptions comme annuelles , car il ne se passe pas d’année que le Vésuve ne vomisse une plus ou moins grande quantité de lave j de cendres v et d5 autres matières par le cratère ou par les flancs de la montagne.

La Ville d5 Herculanum a été trouvée ensévelie sous six couches de cendres formant ensemble* une' hauteur de 65 pieds > ce qui rend incontestable qtPi! y eut encore cinq irruptions après celle qui ensevelit Herculanum en 79 .

La Ville de Pompeïa est ainsi toujours: exposée à être nouvellement ensévelie et à nous priver pour toujours peut-être des découvertes importantes qui peuvent nous donner Jes idées les plus exactes des mœurs et des. usages, des anciens Peuples .

En descendant du Vésuve et- en passant par les villages nommés de la Torre del Greco vet de la Torre délia Nanziata , après deux milles de chemin , on trouve sur la route deSalerne,et à douze mil-les de Naples >.

POMPEiA , ANCIENNE VILLE..

La fondation de cette Ville est attribuée à Hercule^ ainsi que celle d’Her-

Pompeia > Ancienne Ville . zoj-

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