‹ Iu-kiao-li, ou, Les deux cousines; roman chinoisChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

PRJK8EKT8 DB LO MEDGLI R&ÇU^. XME^IVlàftR ^BJ^»{MK; : - >

Vers: Que le talent ne, se mçntve-t'U 'pap àm.wmUfgH «bAb4

rieurs !

En qneU lieux l'iiomme dé mérite est-il traité d(è6vf9nki}amiBwtbï ' Dans tmo visile furtive 014 traasgmseMi le» viMfr ponaXmmmm dt

prince des lettres. ' Pour lai on dérQ||«ra uz •rèfi^U^- stricte» d'iuie Mndwle v«rto<niK

C'est aux épreuves qu'on feconnaîtra la droiture des tnHatton» : Le premier coup d*œil marque les vues du sort.

Vainement on dit qu« le qiel règle les mariag«8 ; LfT pââsioâ ^eut faire révoquer j usqu'aux décisioi

i dtf del.

Sse Yéoupe courut donc en hâte à )à pôtUê du jardin, dans l'espoir d'y rencontrer Lo Mengli. Mais il trouva la porte de la maison de Lo exactement fermée , et n entendit aucun bruit en dedans. Il resta debout quelque temps en cet endroit , l'esprit occupé de diverses réflexions : « Seraient-ce de vâines paroles, que tout ce que ce jeune homme m'a dit de sa sœur ? » songeait-il en lui-même.

Une autre pensée venait s'offrir à son esprit : « J'ai vu en lui , dit*il , quoiqu'il soit encore bien jeune , un cœur noble et des sentiments

généteux. It est impossible -qail veuille manquer à dft promesse. »

Pendant quil attendait ainsi , mille petis&s opposées se succédaient en un instant. Il s'épiiîsftit en réflexions embarrassantes , quand tônt d'itti coup il entendit le brttît de la porte ijoi soafrait ; Jjo 'Mengli vint à lui d'un pas lég«r; en disant : « Mon •frère Sse, vous êtes homme de parole. Comment , si tôt revenu ? Vous ne dédaignez, donc Teritablement pas N votre ami ? »

En râpercevant Sse Yeoupe éproura autant 、 ée Joie que s'il l'eût ,u venir du ciel , et cbd*ïâm au devant avec empressement, il luipHtfe mam , et lut rëpondit en riant : « Peut-oh rester en arrière , quand un objet chéri donhe un tendei^rom ? »

― « D^ns ramltië , dit Lo Mengli , 】fc eôhi«> meâeenMnt e»t toujours bîén ; c'est la fin qui bisse souvent à désirer. Quand la fin répbni m commencemeat , on peut dire qiie c'est l'ui nidti éeâ sages. »

,i* Ceui dont Fainîti^ faiblit à la fin n'eH ont jamais eu au commencement, répondit Ss^ê ïeMpe, Gt! sbnl dés gëns qui tfotit (point de prutièKéft dus yent : its sont i>riy«9 èé k ¥u«k

Ces pins , ces thuyas qui sont devant nous , ayons-nous besoin d'attendre la saison froide , pour savoir qu'Us ne per4ent pas leurs feuil-

― « Moja frère , dit Lo Meiigli , votre discours me charme. Vous me délivrez d une ipcertitude qui me pesait infiniment, » 一 Puis (Sontinuant lentretien : « J aurais une demande à vous adresser. Mais je craindrais que ce iie fût un sujet bien grave pour une liaison si l^ère encore. Je n'ose vous en ouvrir la bouche. »

. .TT. «,.Un mot suffit pour fixer une liaison, dit 3&e Yepupe ; il peut fcHider la confiance tfyx^p^ hi vie^ Le hasard nous a fait trouver en* semble , .mais mon affection pour vous est déjà profonde. Quelle affaire avez - vous à coeur? Que rien ne vous empêche de me la communi-

;, 一:" Puisque yottô m'autorisez à vous parler francHement^ reprit Lo Mengli , je vous demamlerai, mon frère ,Ss«, si, en vous rendant à la cour , vous vous propose* d'acquérir de 1* répuution pu du profit, t\ si vos affaires peuy^^t aouflWr du retard ? »•: -' '、 ; i : '

. ; — f Dans ce voyage , répondit Sse Yecif^pe , jjLg^ yériublement en .vuQjni la rëpmtiation ^

ni le profit. Mais c'est une chose que j'ai extré* mementà cœur, et qui ne peut souffrir aucun retard. »

Lo Mengli continua ses questions : « Vous êtes à la fleur de lage. Votre père , votre mère jouissent sans doute encore- d'une santé robuste. Votre sœur est apparemment établie ? »

一 « J'ai eu le malheur de perdre mon père et ma mère , répartit Sse Yeoupe. Je suis absolument seul et encore garçon. »

一 « Mon frère , dit Lo' Mengli , à votre âge, doué d'un si beau talent , d'une figure pareille an joyau dune couronne , bien des gens vous auront jeté des fruits , et yous n'avez pas dû manquer de faire choix d'une alliance. Comment êtes-vous encore à la recherche du Pbiénix, seul et isolé dans l'univers ? »

一 « A ne vous pas mentir > dit Sse Yeoupe , si je n'avais songé qu'à la richesse .et à l'illustration , il y a long-temps que j'aurais une épouse chez moi. Mais je dois tous avouer mon faible. En réfléchissant aux cinq devoirs qui règlent la vie^humaine, j ai pensé que le premier i^'était pas à mon usage , puisque j ai malheureusement perdu mon père et ma mère; je n*ai pas non plus de frères. Quant aux rapports qui lient

' ( tS8) 、 te sujet à sôn prince et les amis enti^eux, Je iie sais si j'aurai jamais occasioiï de m'y eonw former. Et pour le lien qui réunit les éptmx , à moins qafe je ne trotave une beauté accomplie, une femme douée de talents et de vcrttis, qiû puisse être ma compagne pour route mâ vie , on m'offrirait la fille (Tun lettré habitant de la salle de jaspe ou tafonté sur le cheval (Tor (ï), que je m'y semh'ais peu dlnclination. Voilà pourquoi je suis resté jusqu'ici $eul exposé aux orages. »

― « Vous avez là, mon frère Ssé, Ae nobles sentiments^ capables de faire verser des krinies d*attend] is^etnent à toutes les jeunes filles de l'empiré qtii dont douées de quelque talent. » Ën parlànt âiilsi , Lo Mengli laissa échapper un soujpir et ajouta : « Le choix que vous voulez fsare dune beauté accomplie pôur votre épouse est une chose bien difficile^ mon frère Sse. Les âVances des patents, les tfomperiês des entretnétteuàes, âotit également impropres à inspi-* rtr la confiance. De là vient que tant d'époux pleins de mérite et de talent ont sujet de se plaindre de la profondeur de l'appartement în-

(I) On a déjà vu bien des fo» que ce» noms pompeu?( désignaient rÂcadémle Impériale.

f^itéur. Auési h ptitïte des leinres, quand ^ix% personnes se sont vues et se can viennent, tié défc^-il pan de passer par^dessus les rites , pour àvshet à un heureux résisltat, »

一 «t Les règles du cérémonial sont une loi générale , repartit Sse Yeoupe. Mais est* ce pour le véritable homme de talent , pour la femme charmante et vertueuse quelles ont été instituées ? »

一 « Mon frère Sse, reprit LoMengli^ puisvotre voyage n'a pour but ni la réputaiion * ni le profit , sans doute vous avez trouvé quelque personne selon vqs yœux , que TOUS ne plaignez pa« la fatigue dune course lointaine ? » *

一 «Mon frère Lo, répondit Sse Yeoupe, avec une personne <f un aussi bon esprit que vous et qui me montre tant d'affection^ je ne me permettrai aucune réticence. Mon voyage a efFectiyement mariage pour ôbjet , et je vais prier un docteur du grand collège de s'enier pour raoï. Mais comme le temps des concours approche, ma craitite est qu'il ne soit nommé pour aïïer hors de la capitale, présider ' quelque examen de province, et \que je ne

puisse le rencontrer. Voilà pourquoi je suis si presse de partir^ » ' : '.

一 « Celle qui a'mcritë que vous la recherchiez doit être une personne accomplie,' dit Lo Meng- H. Mais vous ne m'avez pas encore dit de qui elle est fille. » ' ':>

一 C'est, répliqua Sse Yeoupe , la fille de mon compatriote , 】e conseiller d*ëtat , Pe. EUé se nomme Houngiu. Elle n,a pas son égale pour les graces et la beauté. Elle excelle" pareillement dans l'art de composer des vers, et sous ce rapport nous devons nous-mêmes lui céder le pas. Quant à Vestiîme quelle accorde au talent, jamais personne dans Fantiquité ni de nos jours n'en eut davantage. Aussi, dans la veille comme dans lé sommeil , il m'est impossible de détacher d'éllè mâ pensée. Et si *je ne parvenais pas à FavoiV pour épouse , je voudrais rester garçon toute ma vie. » " ' -

A ce discours, Lo Metigll resta quelque temps à réfléchir ; puis adressant une nouvelle demande à Sse Yeoupe : * Quel est le surnom de ce conseiller d'état ,Pe ? En quel lieu fait-il sa demeure ? »

一 《 Son surnom est Hiouan , et son titre

■ d'honneur Thaïhiouan. Ildemeure au yiUage de* Kinchi» »

En entendant ces mots, Lo Mengli Teconnut qu'il était quesûoB de son oncle maternel ; mais " ne voulant en rien laisser paraître : ««Si elle a taut de beauté ,; il n'est pas élonnant de voir la force des sentiments qu'elle tous a inspirésv 】 Mais l'enipire est vaste : je suppose quil s'y en trouvât une seconde, douée d'autant d'attraits ; que feriezHvous, mon frère Sse? 、 一 « Quand on、. est touché de la beauté, dit s Sse Yeoupe , peut-on avoir deux sortes de senr tiiiients? (i) S'il s'en trouvait une autre qui eût autant de beauté qu'elle, il serait tout simple que Je lui vouasse la mâme passion. Mais quant 1 à quitter lune pour in*attacher à l'autre, ce serait uae infidélité dont la mort même ne saurait me rendre coupable. »

Ce discours fit retomber de nouveau Lo MengU dans ses réflexions.. Puis au bout d'un moment: « Mon frère Sse^ yôtrâ passion se montre dans TOtre langage; Votre plan de Goaduité ne saurait être changé ; mais en. ce cas pourquoi différer ? J'ai réuni ici ce qui est nécessaire pour les frais de votre voyage. »

(i) littéralement deuja-mais. Voyez la préfact.

En parlant ainsî, Lo Mengli tira de samamiic trente onces d'argent et les présenta à Sic Yeoupe en Itii disan ,:: « Il faut peu de chose pour m léger bagage. Mais si vous ne trouvez pas ceci suffisant , voici encore une paire de bracelets d'or de ma sœur , avec dix perlé* fines y qui vous aid^ont à pourvoir aux besoms de votre Toyag«» » Et atis»itôt Lo Mengli tacha de ses bras deux hraeelei:» , et les àSSth'à Sse Yeoupe avec un collier ck perles fines.

« Dix onces d'argent im suffîdeni pour ma route , reprît Sse Yeoupe. QueUe nécessité de moffirir tant de choses ? Mon cher frètfey TOUS êtes par trop généreux ^reû moi. Cee^ déjà beaucoii^ qàe d'aeeepter ceci. Pbttr les i>racelets et les perles , co sône des objets pré- , eieuX) appartenant à totre sœqr f je ne p^is me permettre de les prendre. »

一 «Un kntré tel que tous , dit Lo Mefngli ,、 peut-il tenir un pareil langage ? Un voydgenr gèm se «rottTe datis Fembarras à chaque de-^ matide qu'il est obligé de faire. Vous pouvez attsk^her ces peries et ces bracelets à votre cdtt* ture el les réserver pour des circonstances imprévues. Si vous ne yous en servez pas , vous les garderez polir meules remeure in»e autre

fois- quand nous nous reverrons. La nouvelle en sera très-agréable pour moi. »

― «Monfrère, reprit Sse Yeoupe, avec lailéli* catesse séduisante d'une jeune fille , vous ayez pour obliger la générosité del'âge mur. Êtes-Yous un être uni({aç,, formé de la vapeur des rivières et des montagnes ? Après vous avoir rencontré par hasard, quelle bonne fortune vo\\s inspire pour moi des dispositions si favorables? J'avais d'abord pour m'éloigiier l'impatience d'un cheval indompté.. Maintenant l'excès de votre affection m'a rendu comme Foiseau qui yoltige autour de son maître , commfi l'imagination qui s'attache à une belle fleur. Vous enivrez Blon cœur , TOUS amollissez mon. ame. Retenu , sub jugué^ je ne puis plus suppoi'ter l'idée de ^le séparer de vous ; mon esprit ne s'était encore arrêté que sur le- lieus du mariage : j'ignoxais les nœuds de l'amitié. Vous ajoutez un excellent ami aux autres objçts qui vont occuper ma pensée Yous me faites sentir .qu un seul corp&i une 3eule peuvent souffrir en deux perftonnes. » . •

. ― fiije.,%i0m. mm . éducation de feu. mon père, dit Lo Mengli. J'ai mené la vie retirée dvnejeune fiUe« Ja n*ari jwuûs suivi les leçons

daucfiin maître : il ne tti,a donc pas été possible de me faire des amis. Mais du premier moment que j'ai eu cet entretien avec vous , je ne sais d'où est née rafFection que vous m'avez inspirée. Vous , dont les sentiments ont plus d,é nergie que les miens , éclairez-moi sur ce que j'éprouve. »

一 « La force de mes. sentiments na rien que de bien naturel; les vôtres , mon frère Lo , ont la douceur de Feau. Il y a des vers de Litaïpe qui disent : La fleur de pêcher , mise h la sm fàce de Feau , / plonge jùsqu"a cent pieds de profondeur; telle et plus pénétrante encore est F affection que vous me montrez; Il semble que ces vers aient pour objet ce que vous m'avez témoigné aujourd'hui. Pùur moi, quelle preuve vous eh ai-je donnée ? Ce n'est qu'un point aur termes où nous en sommes. » *

一 « La chose à laquelle il vous paraît difficile de vous accovtumer, c'est Vidée de notre séparation, dit Lo Mengli; et moi , ce qui m'occupe; c,est la difficulté de nous revoir par là suite; Qui sait si , quand nous nous serons quittés ; il y aura une époque où je pouirrai me i^ttouver aYCc vous ? » -'

一 « Que dites-Vous là? dtoàodaSse Ye6up«

avec surprise. Notre entrevue daujourd'hui nous a rendus TOtis et moi , quoique simplement amis , plus intimement unis que des parents. Vous devez avoir de la constance dans les seàtiments ; je ne suis pas non plus du nombre des ingrats, te me rends à la cour et j'en repartirai sur-le-champ. A mon retour je passerai par ici , et je me ferai un de 翻 r de rendre une visite à madame votre mère* Nous nous arraDgerons àkurs pour nous retrouver ensemble et reprendre notreconversation. €omment serait, il possible que nous ne/nous rem* sions plus ?

-Lo Mcngli, Fesprit préoccupé^ demeura quelque temps sans répondre ,• et Sse Yeoupe reprit : « Vous voiis taisez , mon cher frère : estce qvLe vous me croîriea capable de ne pas revenir?» 、

黪 ~ 黻 Si je réfléchissais , repondit Lo Mengli , ce nest pas que je vous croie capable de ne pas revei^ir ; je crains seulement , quand vous reviendrez , d'être moi-* même devenu invisible conime un nouveau Tseuhiu !»

一 《 Si votre mère habite encore cette maison , sans doute elle n'enverra pas son fils demeurer dans une autre ville. J'imagine don<c que si vous

aTe% tme yeritable. afifectioa pour moi , il «y aura pas d'obstacle à nos xelaciens. Gommeat pourriez^Tous devenir iimsible ?

— « Ce n'est pas des hommes qu'il dépend àe se rejoindre ou de rester dispeirséa. Les af» faires tie ce monde ooir tiae imrdne in^stérieuse j et qu'il est impossible de calculer. Gomment poultk^Tous, mon frère, tous en tenir d'smmce pour assuré ? »

― « de qui dépend éa ciel ne saurait élM prévu, dit Sse Yeoupe; mak. on calcule '^ce qui àépend des hommes* Si ,ous Vouiez dire qise je ne reviendrai pas vous voir dans quelqpie temps , je sais quel fonds je puis hive moimême sur mes ré&otutions. Si loous entèndez que dans quelque temps vous ne me voudrez plus voir, alors pourquoi m'avez-TOiis voulu voir aujourd'hui? Voilà qui est parfaitement dair et facile à démêler. » 耆

— « Aujourd'hui cjue jetais libre de tous voir, je vous ai vu , répliqua Lo Mengli. Si par la suite je ne vous 卞 oyais -plus, c*est que cela ne me serait pas possible: et voilà ce que je ne saurais assurer J'avance. »

― « Dès. le début de notre entretien , reprit Sse Yeoupe , vous m'avez parlé sans crainte et

MM xémn^ ; ek eependant vow tous excusiez de towdoi^ im sujet bien grave pour une liaison si légère eacoxe» Maimeaant que la coofonnitë de nos sentimeals a BAl nutre une union auMÎ inUniQ que c^e de la chair et des os , tous 赠 teh^Z tm langage éoignaticpie ec «lystérieux. N,e»tr€f pas à Tptre tour ùive .mage de discours fiÛYoleft dam une liaiscra devenue profonde ? C'est une chose que je ne pms «l'expliquer» •

一 《 Ge que je vous ai <lit dès le débat pouvait se dire , répendit Lo MengU , et voUà. pourvoi je yous ai parlé «suas réserve. Maintenant je tais ce que je ne cnok pas deTonr vous dire. Pourquoi tant d'e&pUca^onft ? »

一 «Je suis seul ici et je n'y suis que i'ospftee d'un jour., dit Sse Yeoi:^. QucMe clistiiictran faitfis-TOUS. enitre Les choses 4pie vom potrv«z me djore, 《t celles que tous croyez devoir me taire P ,

-一 《 Tai voulu r/om dire, répartit Xo Mengli , les choses qui pouvaient avoir quelqueffet. Celles qui n'en aaiaraient avoir aucun ^ quelle néce^sUé da tous les énoncer ? 、

一 « Jai toujours enteadn dire, reprit Sse Yeoupe, que ce qu'il y avait de {dos estimable dans r^initia • c'était la communication d«s

pénsées ; puisque tous avez des 'ckosrefi -iquc vous ne pouvez me confier, que devient pour nous cette communication P mais si je n'ai point encore votre confiance ' et que vous borniez notre amitié à vouloir me faire des présents , je rougipais-, moi , de les accepter. Ce serait ache* tier une liaison au prix, de lor. Je suis pauvre , il est vrai, et dépourvu de tout ce qui^est nécessaice* à mon voyage ; mais c'est ce qne je ne voudrais absolument pas faire quand il me rester»ît à parcourir une plus grande distance en* core. » TEx aussitôt il voulut rendre à :Lo Mengli le collier et les ; bracelets.

一 « Mon frère, dit Lo Mengli avec émotion , pourquoi me faites - vous de si graves repro» chesP Du moment même où je vous ai aperçu, j,ai eu effectivement une confidence à ,ous faire, et c'est pourquoi jai voulu 'm'informer des circonstances de voire voyage et de votre séjour. Je sais à présent que mes discours iic serviraient à jien, et (pi'ils causeraient de la honte à quelqu'un : voilà pourquoi je voulais me taire. Ce n'est pas que je ne sxàs dans là disposition de vous oominuniqtier mes pensées et que je manque dé confiance en vous;. mais puisque TOUS jnie faites un xrime de ma réserve, -je

ne puis me dispenser de parler, en^prenam la honte sur moi. »

一 « Quelle honte peut>*il y avoir dans l'entretien de deux amis ? j^spère bien que vous alle2 m*eïpliquer tout cela. »

Lo Mengli , que retenait un sentiment de confusion, demeura quelque temps dans le silence. A la fin , se voyant presser par Sse Yeoupe , et ne pouvant se dispenser de prendre la parole : , « 尸 ai xine soeur jumelle ^ qui 6st pat conséquent comme moi âgée de seize ans. Pour ses traits , ils sont comme les miens, car elle me ressemble beaucoup. Elle &' est livrée à l'étude de la poésie et de la lit^ature. Depuis que notre père nous a quittés , nous nous sommes , ma' sœur et moi , reeiproqaement tenu lieu de maître et d'ami. Quoiqu'elle oe puisse nullement être eamparée à la beauté parfaite que vous Tamiez tout-à-l'heure , elle a tant d'estime pour, letadent, qu^Ue craint tout autant qu'elle de faire un mauvais choix. Elle et moi , nous avons sous ce rapport les mêmes - inelinations. La mauvaiâe saiité de ma mère a empêché jusqu'ici qu'on ne s'occupât de lui trouver un époux. Je suis encore trop jeune pour voir beaucoup de monde, et d'ailleurs le linteau de notre porte III? • 8

e^t tombé , de sorte que per— oe oe sait qu'elle hdbite encore rappârtement intérieur dms Fat** tditte d'un étabUssam 抑 t;. Hier, elle vous, a aperçu du hâùt du p$iyiUon« En voyant votre démarche qui annonçait m lettré doué de si heureuses qualités ^ elle na pu s'empêcher de son^r à la d»ute des prunes (i).. J ai pénétré ses sentînatents , et c'est ce qpi ma engagé à YQnir à votre rencontre , avec le projel d« servie moi' même denftremettieur. J*ai tiré de vous des informations : j'ai su que vos vœux étaient aille ws^ j'ai vu l'obstacle, qui s'op{K)sait à nos désirs, et c'est ce qui m'engageait à gardai* le silence. Notre entrevue daigourd'hui avait pour but \xm affake qu'on pouvait .espérer <ie voir conclure. Mais si tous reveniez une autre fois, la même affaire .ne pouvant être amenée à bien , en me retrouvant vis^à-vis de tous, comment pourrais-je m'einpéchejp de rougir iniér rieuvement, quand bien même vou# seriez sett bon pour m'ëpargner yos raiUeri^.? voiiji ce qui ma fait p^Ier de l$i pw^biUté que nou» ne nous ceTÎssions jamais. Mais vous m'ayez adressé des reproches si injustes, que je n'ai pu

(.i) A k saUon du mariage.

tne dispenser de vous faire part de tout cela» En vous rérélant ainsi lés secrets sentiments tfune jeune fille, je sens que le ronge me monte au visage et qiie j'ai 】a figure en feu. Si vous alliez les répandre parmi d'autres personnes , TOUS me fefiez certainement mourir de honte, ,,

Ce discours plein de cândeur ne causa pas moins de surprise que de joie à Sse Yeoupe :

« Mon frère, s'écria-t-il, est-ce un badinage j ùu voulez-vous vous moquer de moi? »

― « Je vous ai ouvert mon cœur , répondit tristement Lo Mengli^ comment rae permettrais^je de badiner avec vous ? »

- « N'est-ce pas un rêve qui m'abuse?» demanda encore Sse Yeoupe.

一 « Nous parlons à la face du Ciel et • en plein jouri quel rêve pourrait vous abuser?» dit Lo M«ngli.

一 « Si c'est une réalité , s'écria de notiveau Sse Yeoupe, tous voulez donc me rendre fou de joie et me fairfe mouvir de désirs ? "

一 « Une affaire manquée et sans ressources ne laisse pas mêrtie Fespérance, reprit LoMengli; vous parlez de joîe, mon cher frère; quel peut en être le sujet ? »

―. « Jfiolé comine je le suis au milieu dcsr

quatre fners, dit Sse Yeoupc, je vois tout 4'un coup une jeune beauté, comparable à vous, mon cher frère , pour les talents et la figure , qui s'ofifre âmes yeux de profil , et qui s'engage à moi pour toute la vie! je serais un arbre ou une plante que je saurais encore sentir la douce influence du printemps : je suis un homme, et vous vous étonnez que j'exprime ma joie ? »

一 « Mon frère , répondit Lo Mengli , tous avez déjà trouvé celle (jui doit former avec vous l'union bien assortie (i). Gomment poiirriezvous rejeter la douce pêche pour cueillir la prune amère ? les sentiments qui nous* ont séduits ma sœur et moi ne sont que de vains désirs. »

— « Il y a , répliquasse Yeoupe, un passage de SouDgiu qui dit : « Il ny a pas, daps l'empire, « de beautés pareilles à celles de mon village , « et parmi les beautés de mon village, il n'y en « a point de comparable à la fille de mon voi- « sin à lorient. » Ces paroles* peuvent s'appliquer à vous et à votre sœur. Maintenant que le hasard iha offert une charmante personne

(I) Allusion à un couple célèbre de l'an— ité , dont !, harmonie a rendu proverbiale cette expredsîon* P union km assortie, Vqy. la première ode du livre àtf vertf.

comme elle , si je negligeiss de la rechercher pour adresser plus haut mes sollicitations , ne ressemblerais-je pas à Yekoung , qui aimait I«8 dragons en peinture , et qfxi s'enfuyait quand il en voyait de véritables? »

•as désobli-

ger ma sœur, dit Lo Mengli , elle ne sera pas plus ingrate que la beauté qui déjà s!est rendue' maîtresse de votre cœur. »

一 « C'est moi qui serais un ingrat, et le puisje? » demanda Sse Yeoupe.

一 « Je vois bien que vous n avez pas un c<»ur ingrat, reprit Lo Mengli ^ mais^si , touché du mérite de ma sœur, vous manquez de foi à celle qui Fa précédée, dans le cas où vous trouv-riez plus tard une nouvelle beauté supérieure à ma sœur , n'abandonnerez - vous pas ma sœur à son tour comme la plus chétîve des créatures (i)? Si vous comptiez pour peu de chose le ressentiment de vos anciens, amis et la perte de leur faveur , vous ne seriez pas encore celui pour qui ma &œur et moi avions conçu tant d'estime , et qu'elle aurait voulu s'attacher pour la Tie entière. »

(I) Comme un chien sur la paille.

( 174 ) ' ― « Vos prpposilions détournées avaient pënéiré jusqu'au fond de mon cœur , dit Sse Yeoupe , et votre langage plein de franchise augmente encore mon estime et mon respect pour vous ; mais mon ame est amollie, mon imagination égarée : tous avez délié les no^ds gui retenaient mqn coeur ; je ne sais plus si je puis ▼ivre ou mourir , jignore si j'existe encore. »

"-" « Vous êtes un homme passionné , ré* pondit Lo Meogli. Vos sentiments s'afiaiblissent quand rien ne les contrarie , et ils augmentent par les obstacles. Mais à l'égard de notre affaire d'aujourd'hui, j'imagine un moyen qui pourrait tout concilier. »

— r- « Pourvu , reprit en souriant Sse Yeoupe, que vous ne rejetiez pas le seul moyen , qui consisterait à le & garder toutes deux. Mais je ne sais trop si la jeune enfant qui habite l'ap» partenient intérieur verrait avec plaisir un pareil parti. »

一 tt Ma sœur est bien jeune , il est vrai , dit Lo Mengli; mais elle est d'un caractère prudent et réfléchi, et vous ne devez pas 】a prendre pour une enfant. L'amour sincère qu'inspire un sage invite à la perfection. Ma sœur elle-même me le disait hier : la femme quon épouse avec toutes

1«5 . cérémonies d*tisage est la première Spouse; 一 oelle qui contracte des oceuds irrégaliers est la seconde, et c'est qhelque chose dè peu régulier que se servir soi-même dentrémetteur: Il ny a pourtant mn tTincooTenant à sunnûntet* l'influence des astres pour devenir la compagne d'un homing yèr tueur. Ce qu'on peut craindre, e'est.que la sage personne que Tons recherchez ne consente pas à cet arrangement, »

― Sse Yeôupe ressentit à ces mots une Tire satisfaction : « Sc4a peirsonne dont tous parlez n'était pas en effet remplie de âagesse , ditril , je cesserais de la rechercher. Si elle en a autant qjBte je le crois , où ayez- vous tu qu'une fille sage nourrît la jalousie dans son cœur ? Et tous, mon cher ami , qui me promettez une compas gne «i 'Conforme à mes vœttx, quelle distinction forcée faites-vous entre la prendre et la secondé femniè ? Que quelque jour, plus heu rçux que je ne mérite de l'être, j'aie pour épouses ces deux filles chaiinantes, je ne les réunira pas dans une même affection : mes sentiinènts pour elles seront comme la lumière éclatâhte db jour. »

Ce discours causa la joie la plus five à Lo- Mengli : Mon frère , si vous pouvez ainsi in«-

: nager les intérêts de ma sœur , je n'ai qaà vous donner une parole sans autre préliminaire ; <9iais les génies du ciel et de la terre nous entendent ; et la mer se desséchera et les rpchers tombm>nt en poussière, avant cjue cette parole s*ëvanouisse. »

. ~ « Je fais une réflexion , dit Sse Yeoupe. Mon mariage avec mademoiselle Pe est encore une affake su^penduç dans le *vague. Hlsàs puisque j ai le doux assentiment de votre sœur,

^ui empêcherait que je ne m^rrétasse ici quelques jours', et que je ne cherchasse un entremetteur pour conclure immédiatement? »

一 « En arrivant id, dit Lo Mengli , 卞 ôtre première intention , mon cher frère , se diri-

«geait vers mademoiselle Pe* Si vous vous arrêtiez à moitié chemin pour épouser ma sœur, vous manqueriez à vos premiers engagements; et quand mademoiselle Houngiu viendrait à raj)prendre , elle aurait droit d'en être peu satisEaite, et ce serait se préparer pour l'avenir des motifs de discorde et des sujets de contelstation. D'ailleurs ma sœur est encore très-jeune', et une fois Jiée à un époux , tout changemetit devient impossible. Rendez- vous en hâte à la

、 capitale: terminez promptement l'affaire de

votre mariage avec mademoiselle Pe, Mais il est une chose que je dois vous demander. »

― « Que Toulez 一 vous . savoir ? » dit Sse Yeoupe. • 擎

一 « Vous avez, mon cher frère, consacré tos pensées à ipademoiselle Pe : mais sait-elle , "de son c6té , si tous êtes au inonde ? »

― « Mon cher frère , répondit Sse Yeoupe , puisque vous portez si loin votre affection pour moi , je ne dois vous rien (; acher. » Et il lui raconta en détail tout ce qui s'était passé , lorsqu'il avait rempli les rimes sur les saules printaniersy et commentnl avait subi répçeuve sur les adieux à la grue et le salut a î hirondelle.

Après avoir entendu ce récit: « £h bien ! mon cher frère , dit Lo Mengli^ vous devez TOUS hâter de remplir rengagement que tous avez contracté avec mademoiselle Pe. Vous n'avez nul besoin de me solliciter. Quand cette autre affaire sera terminée , celle de ma sœur s'achèréra d'elle-même. Vous ne devez craindre àocun manque de foi. »

— «Je suis persuadé que vous ne me manquerez pas de parole , dit Sse Yeoupe. Mais qu'au moment même où je viens de vous rencontrer,

je me Voie obligé de m'éloigner de vous , voilà ce qui rend mon cœur inquiet et agite. »

, 一 « Croyez-Tous quej'en aie moins d'affliction ? dit Lo Mengli. Je me console en songeant qu'un jour nous serons réunis pour long-temps. Sî *, retenus par notre affection , nous demea-» rions plus long-*teinps ensemble , je craindrais que nous ne fussions épiés par quelque domestique. Nous aurons , une autre fois , bien des sujets d'entretien. »

— « Eh bien ! reprit Sse Yeoupe , j'ai tout ce qu'il me faut pour mon voyage. Je vais me mettre immédiatement en route , sans p)?endre congé du vieux Li. ,

― « Vous ferez bien de vous mettre en route directement d'ici , répliqua L6 Mengli. Mais j'ai .4in avis encore à vous offrir avant voire départ. »

•~ - « Soufifrez , mon chér ami , que je vous demande les leçons que tous aYez la bonté de me proposer , » dit Sse Yeoupe.

― » Un homme doué d'an beau talent , d'itti mérite solide et durable ne s'arrête ni aux richesses ni aux honneurs f répondit Lo Mengli. Mais la gloire et la renommée sont un digne objet dambition. Puisque vous êtes , mon cher:

frère , doué de facultés si péù. cotnmufi^g, frites en aorte que ce Tojage hâte pour vous rinstant où vous entendrez le chant du cerf{i). Obtenez rayancèment et la réputation que tous êtes en droit d'espérer, et par la suite tout tous deviendra facile et praticable. Combien déjeunes gens d'un esprit distingué qui pourraient réussir dans le inonde, et profiter de la haute estime qu'on accorde au talent, $*ils sayaient garder une cohdnite pure et exempte de reproches ! Pourquoi &ut"l que si souvent ils épuisent leurs moyens à jouer le rôle de femmelettes ou de frtvoleè ignorants , du lieu dd remplir les devoirs qui conviennent à un homme de me* rite î »

&ie Yeoupe prit une physionomie nouvelle en entendant ce discours , et adressant les plus retnerciments à Lo Mengli : « Mon cher frère , dit-il , un langage si noble et si rempli de ràisûn mérite de rester gravé dans mon coenr. Si j'obtiens quelqu'aTancement ; je veux, à mon retour,, venir tous prier d'êire mon guide et mon appui. » • ,

Eti terminant cet entretien , Sse Yeottpe qui

(I) Le repas qu'on offre aux licenciés nouvellement promus. Voy. ci-desaua, page a8.

n'avait personne avec lui «ippela Siaohi à la , porte du jardin : « Nous allons partir sur-lechamp , 》 lui dit*iL

一 « Ce sentier , dit Lo Mengli , passe le long . des boulevards de la ville , du càté de la porte . du Nord. Je devrais vous reconduire plus loin; mais je craindrais que qiielquun ne m'aperçât : il est plus convenable que je vous quitte ici. Mon frère Sse , que votre voyage soit heureux ! » Et tout en parlant , quelques larmes s'échappèrent de ses yeux ; mais Lo Mengli se hâta de les essuyer ayec sa manche.

A ce spectacle Sse Yeoupe ne put lui-même retenir ses pleurs : « Vous et moi, s,écria-t-il , nous avons peine à supporter la douleur de cette séparation. Mais celte douce habitante de lappartenaent intérieur , veillez , je tous prie , sur eUe , avec tout le soin , toute l'affection imaginable , pour le bonheur de Sse Yeoupe ! »

Lo Mengli sécha ses pleurs et répondit par un signe de tête. Les deux amis restèrent encore un moment comme enchaînés lun près de l'autre :' enfin, contraints par la nécessite , leurs mains se détachèrent et il fallut se séparer.

L'harmonie des sentimeots mMoademeiit d'une tendre affection ,

( tSi )

Et U séparation devient an mal Insapportablei

A cette épreuve * l'homme da caractère le plas mâle.

Ne peut retenir les larmes qui trahissent soil émotion.

'Lo Mengli rentra de son càtë \ èt Ss« .Yeoupe sortit Se la ville par la pofte du Nord. Dans la crainte que le conseiller Li et le licen» cié Tsian ne vinssent encore le retenir et Fini* portuner , il nosa retourner à son ancienne auberge 》 et il chercha iine autre maison pour y passer la nuit. Là, il consacra quelcpes onces dargent pour se procurer du bagage et un cheval, et le lendemain de bonne heure il se remit en route.

Tout en voyageant, les pensées se pressaient confusément dans son esprit et l'absorbaient entièrement. 11 n'avait été d'abord occupé que de la seule mademoiselle Pe ; maintenant deux autres idées étaient venues se joindre à celle-là y le souvenir de Lo Mengli et de mademoiselle Lo ; ses rëEexions ne lui laissaient pas un instant de repos , 6t leur donnant cours intérieurement : « Je connais k talent de mademoir selle Pe, disait*il, mais je ne connais pas $a beauté ; je nai pas vu non . plus les traits de mademoiselle Lo ; mais je puis m'en former une idée par c^ux de son frère , que j'ai vus.

(),aiiiéurs, sans parler de sa personne , en pousatit je jouirai tous les jours de la société de son frère : un tel avantage est le bonheur de la vie. » 暴

— « Lo Metigli est bieti jeune , disait4l ansuite, mais il a dans Veiprit toute la délicatesse in^aginable, et sa sensibâitë égala son jugement : c'est un jeune homme ^ussi distitigtié par sa pënëtraticrn que- par ses connaissances ; et puisqu'il vante les talents de sa sœuf, il ny a pas lieu de croire qu'il les exagère. Mais eh supposant méraé quelle n'ait pas fait de solides études, quand quelqiie jour èlle se tronrèira réunie avec mademoiselle Pc, habitant le même appartement , sans peine et presque sans âett apercevoir, ! elle fera des progrès qui 】a' cohduiront à la perfection. Quel est ton bonheur, ô Sse Yeoupe, d'avoir rencontré ces deux femmes charmantes ! »

Tout occupé de ces pensées sëduisafites , il laissait aller son cheval et continuait sa route sans y faire attention. Il approchait d'un en* droit où était établi un poste militaire , quand tout-à«coup il entendit le bruit des cymbale» que des soldats faisaient résoiiner. Derrière evi% venaient des officiers portant des bannières

bleues^ et une trot^ de gens rangés pout' {brmèr un cortège. Sse Yeoupe apprit de quelqu'un qu'il interrogea que c'était le juge de la province qui revenait d'une tournée qu'il avait faite. Il fut donc obligé de descendre de cheval , et de se lenir debout sur le c6té de la route pour le laisser passer. Un instant après il vit un parasoI1)leu et une grande chaise à porteurs > escortée de plusieurs dixaines d'officiers du tri* bunaly et occupée par le magistrat* Derrière lui marchaient une foule doffîdiers subalternes qui composaient sa suite.

Dans le nombre de ces derniers se trouvait un meaaager qui, apercevant Sse Yeoape , s« mit à le regarder avec attention, et sautant avec empressement à bas de son chenal, lui dit : « C'e&t notre jeune seigneur ! En quel Ueu ne vous aTons-^Dous pas cherché le printemps dernier ? Et comment se fait-il que vous soyez là aujourd'hui? »

Sse Yeoupe assez ëtonnéi « Qui étes'vous ?, lui demanda-t-il.

一 « Je suis, dit cet homme , messager au service de son excellence le seigneur Sse , juge delà province. C'est moi que notre maître avait chargé ce printemps d'aller tous cbercher ,

monsieur : est-ce que vous l'auriez oublié P » 一 《Ah! c'est voUs, monsieur , reprit Sse Yeoupe^ et votre maitrie, où est-il maintenant ? »

―. •« Eh ! n'est-ce pas lui qui passe en ce mo-、 ment même? » reprit le messager.

一 « Quoi? c'est mon oncle ! dit Sse Yeoupc, mais îl n y a pas bien long-temps qu'il est retourné à là cour pour rendre compte de sés opérations : comment se fait-il qu'il ait reçu sitôt une nouvelle mission au dehors? ,

一 « Mon maître n'aime pas le séjour de la capitale, répondit le messager; sa précédente mission dans la province de Houkouang ne l,a retenu que la moitié dune année ; aussi il a demandé ii en consacrer le reste à cette dernière charge. Depuis qu'il vous a appelé à lui sans àvoir pu tous voir, il a été perpétuellement occupé de vous, monsieur; montez bien vite à cheval et venez vous présenter à lui, »

Conformément à cet avis, Sse、Yeoiipe remonta à cheval et rebroussa chemin. Le messager reprit aussi sa monture : « Allez doucement, monsieur, lui dît*il, je vàis prendre les deyaAts et prëvenir notre maître. » Et aussitôt, fouettant son cheval, il courut en avant. Un instant après

il revint sur ses pas et rejoignit Sse Yeoupe î - € Monsieur, lui dit«il , notre maître a été rayi d'apprendre que vous étiez ici. Il dit qu'un grand chemin n'est pas un lieu propre pour votre entrevue ; et il mi chargé de mattacher à votre service et de vous conduire à son hôtel où vous vous rejoindrez, »

一 « Mais, dit Sse Yeoupe, il y a trente ou quarante millies (i) pour retourner d'ici à son hôtel 9 et j'ai peur que nous ne puissions y arriver aujourd'hui. »

一 * L,hôtel de notre tnaitre est dans la capk taie du départetnent) dit le courrier , nous n'allons pas au ehefJieu du canton. D'ici à la càpi« taie, il n'y a guère que sept ou huit milles (a). »

Les deux voyageurs continuèrent leur route en conversant ensemble, et ils ne tardèrent pas à arriver devant la porte de l'hôtel. Les officiers qui la gardaient abordèrent Sse Yeoupe en hii disant : « Entrez bien vite, monsieur; notre maître vous attend dans le salon intérieur. »

Sse Yeoupe descendit de.son cheval , recommanda à Siaobi d'en prendre soin , et mettant en ordre son habit et sa coiffure, il entrar dans

(i) Trois ou quatre lieues.

, (a) Moias^ d^ane lieue.

les appartements du fond. Là il vit l'inspecteur-^ général Sse , debc^t à rentrée du salon en lattendant. Sse Yeoupe lui fit la révérence ; la salutation terminée, son oncle lui ordonna de s'asseoir à oôté de lui , et voyant en Sse Yeoûpe an jeune homme bien fait et de bonne mine, dont lextérieur annonçait des talents, il en res* sejitit une joie infinie : « Mon cher neveu, lui dit-il ensuite , je me souviens ({ue quand je vous ai vu, vous aviez encore les cheveux peu, liants. Voilà bien des ann4e8 que nous sommes séparés , et je ne Sonf^eais pas que vous étiez devenu un homme fait, d'une figure avantfiM^ geuse. Ceci est pour votre oncle, d^jà af&ibli par ràge, le sujet d'une satisfaction inexpriipable. »

一 « J'ai été assez malheureux, répondit Sse Yeoupe, pour perdre mon père quand j'étais encore enfant, et ma mère trop peu de temps après. Le sort aussi m'a suscité des obstacles qui m'ont empêché d'accourir pour me jeteur aux genoux de mon vénérable oncle et y recevoir ses sages Ieçons.Orphelin isolé, errant et sans appui, je nai pu faire entendre que le bruit d'une maison en ruines. Et dans ce moment, que je jette les regards en avant, ou que je reporte

en arrière, j'éprouve une conftision que j'ai peine à surmont er. »

一 « Je suis vieux , dit l'inspecteur Sse; je n'ai point d,en&nts' D'ailleurs je suis las de voyager. La carrière que je parcours doit avoir un terme: je vois en vous , mon cher neveu, un homme à la fleur de l'âge et propre à tout.

Vous êtes de ces coursiers qui font cent lieues par jour. Vous devez par la suite élever au plus haut degré l'illustration de notre famille. Cette idée bannit la tristesse de la maison de votre onde. 9 I

一 « Ce qui m'a manqué jusqu'ici , véfxnit Sse Yeoupe, je puis l'espérer de Vous à laTenir. Mais.sijenedois pas tomber dans une ruine totale, il £siut que les canaux, issus d'une même source se réunissent au Motit-AJei. C'est par ce môy^ que je pourrai m'acquitter peu à peu des deyoirs que mon âge m'impose. »

一 a Je n'ai point de fils , reprit rinsjpbteur Sse, et TOUS avez, perdu to^ parents. C'est ce que je. vous écrivais ce printemps. Je voulais qibe ' Tonde et le neveu devinssent père et fils. Ces noms adouciraient l'idée de ma fin que j,ai devant les yeux, et quand viendrait quelque jour le temps de disposer de ce que je possède.

〜 (、i88) je le rendrais en quelque sorte à feu mon frère et à ma belle -sœur. Si j'en usais autrement il faudrait que j'eusse envie danéantir ma propre race, et de laisser périr notre famille. Je ne sais, mon cher neveu , si vous avez sufËsaHimènt réfléchi à ma proposition ? »

一 « Vos intentions, mon cher onclé, de qùelqué manière que je les considère, tendent à procurer un appui à un orphelin. C^était Tunique objet des vœux des parents que j'ai perdus : et mes souhaits ne seront jamais contraires aul désirs de mes parents. »

Cette réponse combla de joie l'inspecteur Sse. n fit âqssitàt choix d\\n jour heureux et ordonna les apprêts d'un grand feslin , où il voulut que son neveu le reconnût pour père.

Depuis ce moment, les noms de père et de 'fils furent les seuls dont ils firent usage. Tous les magistrats et officiers du département et du cam A, ainsi que les fonctionnaires des arron- 、 dissements voisins, en apprenant que le juge I de la province venait d'adopter un fils , s'empressèrent de lui apporter leurs félicitations et de lui offrir des présents. Le conseiller Li , auquel on n'avait pas songé , se trouva du nombre, et vint présenter son parayeirt de soie à quatre '

peintures. Ce jour-là l'inspecteuiN^ënéral avait quelques affaires dans ses bureaux. Il envoyaSse Ycoupe dans le salon pour y recevoir les visites de tous ces magistrats.

Lorsque le conseiller Li reconnut Sse Yeoupe dans la personne du nouveau fils adoptif, il demeura confondu, et, quittant sa place avec empressement , il vint lui faire une révérence et s'excuser en disant : « Je me s]iis rendu bien coupable envers vous il y a quelque temps.

Pendant que j,étais allé faire des;ri»ites, vous avez saisi ce moment pour votre d^rt. J'ignorais le motif que vous ayiçz eu , mais c'était sans doute le ressentiment de ce que je ne vous avais pas tenu compagnie. J'ayais fait prépa* rer quelques légers présents et les objets qui vous étaient nécessaires. On yous a cherché partout , sans, pouvoir trouver de Toas ni trace ni vestige. Ma conduite pour civile m'a donné des torts envers un homme de mérite et de dis-, tinction. Je n ,! û cessé jusqu'à ce jour d*en éprouver du regret et de la mortification. Encore même n'avais^je pas reconnu votre monture et ws gens cela peui s'appeler avoir des yeux

(I) Expression proverbiale , puisque Sse.Yeoupe était à pied quand il >se rendît chez le consdiUer. Mais on dit de même par politesse : llja long-temp* ^ je n'ai vu

et ne pas apercevoir le Mont-Taï. Aujour* dTiui que je suis assez heureux pour paraître devant voud, souffrez que j'implore le pardon de ma négligence et de mon impolitesse;

— « Les bontés dont j*ai été comblé dans votre hôtel seront à jatnais gravées dans mon cœur, dit Sse Yeoupe; le hàsard a touIu que j,eussé, le lendemain du jour dont tous parlez, tme petite affaire qui m*a obligé de partir précipitamment. Je ne voulais pas d'aUleurs être, encore à charge au seigneur Tsîan. Voilà ce qui m,a empêché de prendre congé de vous , mon digne hôte , et de vous faire mes remerciements. Que pouvais-je demander de phis? »

一 « Vôtre grandeor dame est pareille à TOcém , dit le conseiller li. Mais si vous ne m'en voulez pas, je suis , moi , bien loin d'être con* tent'^e moi^-mème. » Il renouvela deux ou trois fois* encore ses excuses, puis H se retira aree les autres magistrats.

.OrgveiOeux et iiantain avec les pauvres ; Obséquieux et bas avec les riches :

Tel est l'ordinaire des petits esprits. 、 C'est ainsi qa'Us sdnt chv tous les pays. .

Quand rinspectemvgénéral Sse eut expédié

'votre respectable voitui^ , et , ce qui est plus singulier : Je prU 'votre nohU carrosse de me fotire l'honneur de venir dfner chez moi.

les affaires qui rayaient retenu, il fit la revue des objets qu'on lui aTait apportés en présent. Tout ce qui était en or ou en argent, les étoffes, le» provisions de bouche, £aT€nt refusées San» €i](G€ptioa; pour les vers , les peintures, les coni|»UmeDi3 et les pièces d'écriture où l'on célébrai* ses verma et sts talents d»m radimoisi^atîon, quoique remj^s d'éloges persoimels, il uaput se dispieoser de les accepter. Il les coïksidéra taêma en détait et l'une après l'autre; la {dupait étaient de ces lieux communs qui sappUqu€«t à tout le monde. Mais quand il eu vint aux quatre pièce» de ^ers du paravent de Li le conseiller, Vélégmeei et la supériorité du style,, la beauté même de l'écriture lui parurent également reinajrquables. Il y prit plaisir et donna Vorelre aux buiasiera de porterie paravent dans son appartement, et de le placer de manière à ce qu'il pût en jouir.! de texapa aprèâ Sse Yeoupe vint le rfj<>iiidre, et êçfi w cle:, lui montrant le, paravent : ^ Voi^àr, dit-il, quatre pièces de vers d'un^ beauté par&ite : il n'y a pas un 8«ul défaut , elle» ip'out fait plus grand plaisir. C'^st h cons^Uçr Li qui me le» a données ; mais par lui-mêine il n'est pas> car* pabb d'ea fmc pdceille»» Je ne sais de qui squI éelWci, J'ai entendu dir« que tous aimiez

aussi la poésie; il est impossible que tous ne soyez pas sensible à la tournure gracieuse de ces strophes. »

一 « C'est moi) répondit Sse Yeoupe, qui ai fait ces vers pour le conseiller li. La composition en est confuse et embrouillée. Us ne méritent pas le prix que vous y attachez, mon père. »

L'inspecteur-général ne fut pas moins surpris que satisfait : « Voilà qui est bien singulier ! ditil^ je m'étonnais qu'il y eût dans la proTince de Chantoung un pinceau si exercé, et je ne pen* sais guère que mon fils avait un si beau talent. Mais], dites-moi, comment avez-Tousvpa faire ces vers pour le conseiller? , -

~ - « Quand je suis venu , il y a quelques jours, j'ai été arrêté sur le grand chemin , et j'avais perdu tout mon bagage. Ne pouvant continuer ma route, j'étais dans le plus grand embarras du inonde. Le hasard m*a fait rencontrer ce conseiller. Il me promit de rnavancer l'argent nécessaire à mon voyage, et c'est pour cela que je lui ai composé ces vers. Il me dit. seulement qu'il les destinait au juge de la pro* yinoe, et je ne savais même pas, mon père , que ce juge était vous. »

一 «Nous avons été si affaires tous ees joursci , reprit l'inspecteur général , que je n'ai pas

(19" encore trouvé le temps de m'informer de ce qui vous est arrivé. Je vous avais envoyé ce printemps des messagers, à qui vous aviez promis de venir me trouver. Pourquoi nêtes-vous pas venu en effet, et comment se fait-il qiie vous soyez arrWé maintenant ? »

一 « Quand j'ëtais à la maison , je sortais fort peu , r^ondit Sse Yeoupe, Je ne connaissais pas bien les routes. Je m'imaginai que le grand chemin à l'embouchure du fleuve était irès-aîsë à suivre, et je m'abandonnai à mon cheval. Je m'égarai et vins jusqu'au bourg de Keouyoung, dans le village de Kinchi. Je fis le projet de retourner en hâte le lendemain. Mais je fus pris inopinément d'une indisposition qui m'empêcha de me lever , et je fus obligé de demander asile dans un monastère. Jy séjournai quinze jours. Quand je fus rétabli , je vis que j'avais manqué le rende^i-vous que vous m'aviez assigné , mon père. Et si je suis maintenant près de vous , c'est que , durant mon séjour dans le monastère, j,ai pris des informations au sujet, d'un magistrat de ce pays-là, nommé Pe, qui a une fiUe douée du plus rare talent pour la poésie , et en même temps (Tune beauté extraordinaire. Lidée m*est venue de la demander en mani. Q

riage. Tout le monde ma dit que ce saigneuF Pe était extrêmement difficile sur le choix à,im gendre, et qu'il ne voulait prendre <i,engag<ements qu'avec beaucoup de précaution. J'avais entendu parler aussi d'un docteur Gou, de Kinling, membre de la grande académie, qui est son proche parent, et dont il suit tous les conseils. Comme j'ai nouvellement appris que le docteur Gou a été appelé à la cour par un décret impérial, jai entrepris ce voyage avec 】e dou* ble objet, d'abord de m'informer de ypus,iao« père, ensuite daller prier ce doQteur de vouloir bien être mon entremetteur. 9

― «Voilà, s écria l'inspecteur général Sse, bien des rencontres singulières ! Ce magistrat Pe doit , je suppose, être Pe Taïhiouan, et Pe Thaïhiouau est mon camarade de collège. Je sais à fond toutes les circonstances qui le concernent. Sa fille a réellement un talent admi** rable pour la poésie ; et hû-inéine est effet très-difficile sur le choix d'un gendre, au point davoîr même risqué sa vie, plutôt que de céder sur cet article. 9

一 « Comment cela ? » demanda $se Yeoupe;

Alors l'inspecteur général Sse lui raconta l'aventure des vers relatifs aux reines-margue» rites ) la demande formée par l'inspecteur gé-

néral Yang, le refus qu'il avait essuyé , et la mission qu'il avait en conséquence fait donner à Pe, pour aller trouver l'empereur ^captif.

Après lui avoir appris toutes ces particularités , il ajouta: «Un mérite aussi brillant que le vôtre, si ¥ouâ obteniez une telle compagne , formerait certainement une diamante union. Gou Touïan sera un excellent entremetteur ^ et je vais lui en écrire. Tout cela est quelque chose; mais à en juger d'après le caractère de ce vieillard et toutes ses .incertitudes , je vois encore bien des difficultés. »

― « Quelles difficultés ? » reprit Sse Yeoupe. 一 « Quelque talent que vous ayez , vous nétes encore qu*un pauvre bachelier, Jai peur qae lui, qui est un lettré éprouvé , ne dédaigne mi rang si peu considérable» Voilà la difficulté dont je parlais. A mon idée, Fépoque de Fexamen approche : il me parait que vous avez l'habileté et les connaissances nécessaires. Je retiendrai pour vous une place à rexamen du nord : vous irez chercher rhonneur et la réputation ; et si vous pouvez , jeune comme vous l^tes, mériter un rang distingué, rien ne sera plus propre à relever vos espérances. C'est alors que nous pourrons nous adresser à Gou Touïati , et le prier de faire le rôle d'entremetteur. Je lui

écrirai de nouveau, et je compte sur un plein succès. Ne nous affligeons pas de n'avoir rien fait encore. Quand vous aurez acquis de la considération , votre mariage sera bien avancé. Vous serez au comble de vos vœux; les miens seront accomplis. Tout tournera le mieux du monde. «

En voyant que le discours de son oncle s'accordait si bien avec les conseils que lui avait donnés Lo Mengli, Sse Yeoupe fut comme un homme dont le réveil vient dissiper les songes, et il répondit avec empressement : « Je ne puis, mon père, me dispenser d'obéir à vos sages conseils. »

Nouveau voyage où l'on Terra le dragon et le tigre inscrire leurs noms sur le registre des promotions, une famille couTerte de gloire , et le phénix mâle à la recherche de sa compagne.

Le ciel semble avare des honnears et dés richesses, Mais les hommes sont touchés surtout de la gloire. Sans doute un trésor pèse dans la balance ; Mais sans Fécharpe noire , ce serait un léger avantage.

On apprendra dans le chapitre suivant comment Sse Yeoupe s,y prit pour acquérir de la réputation. '

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