IV. I
communément adroits et entendus : celui-ci remplit sa mission dan» un espace de temps très-court.
Quelques jours après , rinspecteur-général Sse sadressant à Sse Yeoupe : « Le tracas des affaires qui se succèdent dans mes bureaux , lui <lit-il , vous dérange el vous importune. Puisque vous songez maintenant à vous fkire un nom , il faut que , de bonne heure, je vous envolé à la ca|)itale. VôtiS choisirez un endroit tranquille, où vous puissiez étudier sans distraction. Ancim parti , je crois , ne saurait tous être plus avantageux. »
Sse Yeoupe, de son côtë, aYait aussi le désir de 56 rendre à la capitale, pour 8*y informer ries nouvelles du docteur Gou. II ac(|tliésçsk donc sans hésiter à cette proposition. On désigna le jour de son départ. Les grands et les petits ôfficiers du département et du canton vinrent le reconduire , et lui offrir le repas du départ; et le conseiller Li ne fiit pas celui qui montra le moins de zèle et d'empressement. Quelques jours se passèrent ainsi dans le tumulte et la confùsion : puis Sse Yeoupe prit congé de son oncle pout* achever son long voyage.
Sse Yeoupe était alors le fils d'un juge pro-
vincial. Il avait bien encore avec lui Siaohi , mais il emmenait en outre plusieurs hmssim»
son tuerai était richement caparaçonné ^ et sur toute la route il faisait un fort grand person* nage, bien different de ce pauwe bachelier qui Toyageait tout seul qoelijue temps aupanavimt. n ne tarda pas à arriver à la capitale ; il chercha lU^ logement tranquille et retire ^ et tout à la fois il fit les démarches nécessaires pour être admis à Fexamen , et il envoya prendre des informations au sujet du docteur Gpu. Le malheur Toulut que celui-ci eût été nomm^ quelque jours auparavant pour aller présider leconcourft àe la province de Hoakouang, et qu'il eût déjà quitté la ville. Sse Yeoupe fut trè 釙 mortifié de ce contretemps ; mais n'y voyant pa$ de re- .inède,il se rappela les conseils deLoMffUf^j et chercha lecdme dans .l,étiide, comme w moy^p d% s'avancer et de réussir dans ses projets.
Le temps Vécoula pour lui av^c rapidité : en moins de rien répôqne 4e Fe^agien d'autonm^ arriva. Sse Yeoupe sj présenta avec iipe infi* mié d'autres. Trois spsions forent t^im, et quand on en vint au jour de la proclamatioi) , le nom de Ssê Yttoixpe se trouva pUe^ siir la liste au second hmg des nouTie JUcf^loi^
Lorsque la nouvelle de ce succès parvint dans le Chantotmg, l'inspecteur • général Sse en eut une joie inexprimable , et il dépécha à Sse Yeoupe un exprès avec une lettre pour l'engager fortement à ne pas quitter la capitale^ à chercher dans les montagnes qui sont à l'occident de la Tille quelque couvent retiré,- pour s'y livrer tranquillement à letude , et se préparer à subir , le printemps suivant, rexamen qui devait lui faire conférer le doctorat , et 】ui permcfttre de solliciter une mission , afin de revenir, dans ]a province , offrir les sacrifices accoutumés à ses ancêtres ; il évitei^t par là ce^ courses répétées qui devaient inutilement consumer son temps et épuiser ses esprits.
Sse Yeoupe, depuis sa promotion, n'avait été occupé que du désir de retourner dans le midi. Mais les ordres de son père, l'envie de voir le docteur Gou qui nétait pas encore de retour à la cour, et en troisième lieu, la crainte (jùe le grade de licencié ne fût pas capable de toucher le seigneur Pe, le décidèrent à prolongée son séjour dans la capitale et à y passer Oliver. '
As ïèpoqae du renouvellement de l'aimée , les regàvdï se tournèrent yer$ le concours gé -
Itérai du printemps. Sse Yeoupe se mit encore une fois sur les rangs, et le plus heureux succès couronna ses efforts littéraires. Son nom , classé dans le$ rangs les plu$ élevés, se trouva le treizième sur la liste des docteurs; et quan4 on en vint à l'examen du palais, il fut encore )e premier de la seconde série, Sse Yeoupe voyait désigné pour . les hautes charges de k liticrature.
. Mais le hasard avait tquIu qfik l'examen du département de Ghunibian (x) , où il setait pré? sente lautomne précédent , le ministre d'état Tchinshm eût un fils, nommé Tcbinying , en Wangwen, un fils nommé Wanglun. Ces deux }etibes genâ n'avaient ni l,un ni Faulr^ obtenu de promotion , et ce mauyais succès avait, ext cité leur ressentiment. Ils .présentèrent une requête contre les présidents du conçoiirs , Lieouyan et Wangkian , alléguant que ces deux magistrats n'avaient pas été équitables dan& la revue qnils avaient faite des copies, et de^. mandant qu'ils ftissent punis de leur partialité; On intéressa dans cette affaire Kaokou, le sous* gouverneur du prince héréditaire. On rçpré-
(i) La ville de Peking porte ce nom dans la hiérârchîe administrative des dépnrteoif^pts de l'empire:
senta à Fempereur Kingthaï qu'il ^tait déjà bienr assez inconyenânt de voir les fils d'hommes en dignité mis sur la même ligne âvec des lettrés du commun ; à plus forte raison devait^on s'étonner que ceux-ci obtinssent les préférences des magistrats préposés à l'examen, contre la loi et les ordres.de sa majesté. 、
L'empereur, démêlant aisétrient la vérité , se garda bien de punir les présidents du concours , et réprimanda Tertemènt le» deux jeunes gens en particulier. Ensuite il accorda, par un décret spécial , le titré de licencié à Tchinying et à Wanglun , et 】eur permi^ de se présenter k r^xamen arec les autres. A l'époque du cob* èbùrs, lieotiyftn ftit- enicore nommé président de lune des sectionft , dont Sse Yeoupe se trouva faire partie. Celui-ci ayant été du nombre des élus , mis dans un rang eminent, honore de la première place de la seconde série dans Texamen du palais, et' désigné pour les hautes charges littéraires, les deux jeunes gens, par haine pour Lieouyan, intriguèrent au ministère du personnel , et firent nommer Sse Yeoupe juge au département cle IJangtcheou , dans la province de Tchekiang.
A cette nouvelle, Sse Yeoupe se voyant
pourvu d'un office , et libre de quitter la capi* taie, songeant d'ailleurs que Kinling était sur la route du Tcbekiang, et qii'U lui serait facile en passant d'aller voir Pe et de lui faine de» propositions d'allî^Dçe , reasentit une satisfac* tion complète, loia d avoir Tidée se plaindre : il voulut seul^mem attendre quç l'inspecteur général $$e viot à lu cour rendre compte de m wisBÎQUf 0t fovfM le dessein de partir aussitôt qu*U laur^t vu, ,.
^Lvaatque l'inspecteur général S»e fàx dé re- 《o 脚, lè docteur Qou se rendUt lui-ioéme à la capiule pour y prendre prdre4 de Fmpereur. Quand Sse Y^upe en fut instruit, il fut ravi de ^ette circonstance , et $e bâta de lui rendre visite en déposant un billet où il in$crivit son nom et le titre de sa magistrature. Le docteur Gou avait été satisfait de trouver \^ nom de Sse Yeoupe $}xr la liste de ceux qui avaient été promus au concours général ; mais il avaU ce 易 9é dy penser, en remarquait qu'il sagbsait d'un candidat 4e la province de HoRf»), parce qu'il s'était persuadé que ce devait être une autre personne qui portait le même nom de famille et le même surnom. Le jour où 3»^ Yeoupe Tint lui rendre visite, le docteur fat awTr
pris de voir sur le billet le mot de magistrat. Il ii*cut garde de lui fermer sa porte , et sortit avec empressement pour aller au-devant de lui et le recevoir dans Je premier salon. En voyant de loin venir Sse Yeoupe, il fat enchanté de reconnaître ce beau jeune homme , qui l'année précédente avait composé des vers audessous des pruniers en fleurs, et bien certain que ses yeux ne le trompaient pas, il prit une physionomie riante s'approcha de l'esca* lier, à la rencontre de Sse Yeoupe. Dès que celui-ci l'eut aperçu, il s'inclina profondement ^ et le salua de la manière qui pouvait le mieux marquer son respect : tous deux s'assirent après les compliments, et le docteur prenant la parole : « Monsieur votre frère aîné, dit-il, a bien voulu me rendre visite Vannée dernière , et j'avais su de lui , quand il accepta une petite collation chez moi , que vous n'aviez pu me &ire rhonneur de venir avec lui , p<irceque vous étiez en retraite à la campagne, pour vous préparer à Fexamen du midi. Par quelle raison, monsieur, avez-TOus changé de résolution, et comment, en TOUS présentant au concours du nord dans la capitale, avez-vous pris la qualité de candidat de la province de Honan ? »
. ♦ Sse Yeoùpe demeura extrêmement surpris :
« Mon père et ma^mère m'ont été enlevës de trèsbonne heure , dit*il. Je suis seul , je n'ai point de frère, ni aîné ni cadet. Dépuis que, le printemps dernier, j'ai eu le malheur d*aToir des torts avec TOtre excellence , j'ai erré dans différentes provinces. En passant par les royaumes 4e Tsi et de Lou (i) , le hasard m'a fait rencontrer mon oncle paternel qui, n*ayant point d'enfans et me voyant orphelin, a daigné me recueillir et madopter pour àon fils. Voilà ce qui m,a amené au concours dans la capitale du nord. Quant à mon inscription dans le Hoilan, 七 He vient de celle de mon père. »
一 « Monsieur votre oncle , n'est-ce pas son •excellence le seigneur Sse Fanghoeï ? » demanda le docteur.
一 « Lui-même, » répondit Sse Yeoupe. -
一 « Si cela est ainsi, et que vous n'âyez pas de frère ^ quel est donc celui qui est venu, Fannée dernière, ine prier d'être votre entremetteur auprès- de Pe Thaïhiouan? »
A ces mots , Sse Yeoupe tout troublé : « Il
(i) Anciens noms de la province de Chantoung ; les lettrés les employeiit, de préférence aux nouveaux, par «ne suite de' leur goût pour l'archaïsme.
eist hietï vrai que j'ai eu cette intention, èitfÀl , mais je n'ai chargé personne d'en faire la demande à votre seigneurie. Pourrait-cUé se sou* venir du nom et du surnom de cet homme ? »
一 « Tout ce que je me rappelle, c'est qu'U m'a dit qu'il était votre frère, mais j*ai oublié son titre et son surnom. » Il manda le domes* tique qui était chargé du registre et des billets de yisite , et le domestique lui dit que k per, sonne en qtiestion s« nomniait Sse Yeoute.
Sse Yéoupe^ riant et la bouche entr'ouTerte de surprise : Quoi , Sse Yeoute ! » s,écria-t4L Puis laissant échapper un soupir : « Oh, dit-il , qu'il est difficile de sonder le cœtir des hommes! »
一 « Que voulez •vous dire ? » demanda ie docteur.
― «Le printemps dernier, répondit S*eYeoupe, j'avais été retenu quelque temps au lâllage de Kinchi. Épris en secret du talent de mademoi* selle votre nièce, j'aspirais à devenir possesseur de la lentille d'eau et lalisma (i); mais
(I) Pin et fan ; deux plantes que les jeunes filles sont représentées occupées à cueillh', dans le livre des vers, seconde partie, ode a et 4. L'une de ces plantés était ramassée par celles qui étaî«nt rar le point cle se marier ; elles la
aucun des expëdient9<dotit je m'avisai ne réus-^ sit. Je fus ensuite informé que la recommanda tion seule de votre excellence pouyait être écoutée. Je voulus donc venir à la cour pour implorer votre appui. Comme j'étais en route , le Iiasard me fit faire la rencontre deSse Yeoute, qui me retint à force d'instances. 11 s'informa des motifs de mon voyage : j'eus un moment d'indiscrétion , je lui déclarai franchement ce qui en était. Il connut de ma bouche même toutes mes intentions. Aussitôt il 5e mit à m'as« mrer que votre excellence Tenait d'être appelée à la cour, que je perdrais 'ma peine en allant chez TOUS. Il m'exhorta à me rendre moi-même à la capitale , et alla j!usqa,^ me prêter de Far* getit pour les besoins de* mon voyage. Ce bon office excita alors ma vive reconnaissance. Je traversai le fleuve immédiatement^ et je me dirigeai vers le nord. Je ne pensais guère qu'il agissait envers xnoi avec la^lus insigne duplicité , et quil projetait daller débiter mille impostures à votre excellence. Mais j'ignore encore quelle réponse tous jugeâtes à propos de ltd faire. »
déposaient en offrande â la cb»pelle des ancètret. C'est à cet usage que Sse Yeoupe fait ailuûon icL
一 «Lorsque jeus appris vos désirs; j'écrivis sur «le- champ à mon parent, répondit le docteur. Puis sinterrotnpant en riant : je vois à présent la chose telle 4juelle est, ajouta '"il. L'objet que vous avez refusé quan4 il se présen 一 tait à vous , vous venez maintenant le solliciter à cent lieues. »
― « Comment cela? » demanda Sse Yeoupe avec simplicité.
― « L,annéé dernière, reprit le docteur, Pe Thaïhioiian fut chargé de remplir une mission en Tartaric. Par une extreme prévoyance , i】 voulut me confier la garde de sa fille, ma nièce. Dans une promenade que je fis au temple de la vallée des immortels , pour y voir les pniïiiers en fleur, j'eus occasion de remarquer la supériorité de votre talent poétique , elles agréments de votre extérieur. Je conçus le projet de vous faire opoiisér ma nièce, afin de justifier la confiance de mon parent. C'était cette même nièce que vous avez alors, je ne sais pour quelle raison , si obstinément refusée, et que vous venez maintenant, j'ignore par quel motif, demander avec tant d'instances. N'ai -je pas lieu de dire que vous allez solliciter à cent
lieues la chose que Vous avez refusée qù&lid elle se présentait à vous ? »
Sse Yeoupe demeura quelque temps interdit ; lorsqu'il put parler, il renouvela ses excuses à plusieurs reprises : « Il est jus te, dil>il, je recueille les fruits de ma propre con* duite. Jetais comme un homme endormi en plein jour : entouré des marques de votre bienveillante partialité pour moi, je ne la connaissais même pas. C'est réellement le dernier degré de la stupidité. »
« Il n'y a nullement de votre faute, reprit
le docteur. Mais c'est que le bonheur est toujours accompagné d'obstacles. »
'― « Les obstacles ne seraient rien , dit Sse Yeoupe. Mais tonte ma crainte est que ce misérable Sse Yeoute, avec laide puissante de la lettre que votre excellence lui a remise, n'ait été se prévaloir de votre appui. Que faire si cela était ? »
― « Cela n'est pas possible , répondit le docteur. Pe mon parent est un homme trèsédairë et extrêmement circonspect. Il ne se laissera pas duper par im intrigant sous un nom supposé ; et quand même mon parent serait capable d'ajouter trop légèrement foi à ses dis-
cours, ma mèce, qui a tant d'esprit et les yeux si perçants, ne se laissera bien certainement pas entraîner 4ans un pareil piège. C'est gratuitement, monsieur, que tous vous forgez de pareilles chimères : vous devez avoir l'esprit parfaitement tranquille. Et pour ce qui tous concerne , je prends sur moi toute votre affaire. »
Ssa Yeoupe s'empressa de répondre à cette assurance par une profonde salutation : « Je m'en rapporte absolument à votre e^^cellence pour achever la belle œuvre quelle a si bien commencée , dit- 丄 Je n'élève aucun doute sur l'effet de vos bontés. »
Après avoir pris trois tasses de thé et continué quelque temps la conversation sur des sujets indifférents , Sse Yeoupe fit ses adieux et sortit :
Le conDoran caché sous la neige se montre en prenant son toI: Le perroquet perché sur un saule se décourre quand il ptrle.
Les éclaircissements que 】e docteur Gou 、 venait de donner à Sse Yeoupe lui causèrent beaaeoup de regrets. « Si j'avais sU plus tôt qu'il y avait du feu dans la lanterne, se dit*il à luimême , il 7 a long-temps que le riz serait cuit.
( tS )
Pour n'OToir pas pris dans le temps des inform mations assez exactes , jai laissé échapper l'occasion qai se présentait à moi. Et maintenant j'erae d'orient en occident pour chercher un appui , sans prévoir queUe sera la décision du sort. »
一 « Tout le inonde yante les attraits d« mademoiselle Pe , disait*il ensuite. Ces louanges ne sont sans doute pas trompeuses. Celle que je vis l'autre fois dans le fond du jardin nest pourtant pas jolie. Aurais -je eu dans ce moment une taie sur les yeux ? Ou raurais-je considérée avec trop peu d'attention ? »
Il poursuivit ses réflexions : « J'ai oui dire qu'il avait lui-même une fille , qui a contracté un engagement. C'est peut-être elle que j'aurai vue: voilà ce que je ne puis savoir encore, »
Ces idées laissèrent quelqu incertitude dans l'esprit de Sse Yeoupe. Fort peu de temps après , rinspectcur général Sse revint prendre les ordres de l'empereur. Le père et le fils eurent un plaisir extrême à se revoii*! « Voilà ' votre réputation et votre sort fixés , dit Sse. n ne n|||p plus que le mariage. J'irai demain rendre visite à Gou Touîan , je le prierai de nous prêter son assistance. J'écrirai moi-roèmé
de mon côté ; et je ne vois pas de raison pour que l'affaire puisse manquer. »
Les pensées qui occupaient Sse Yeoupe le rendaient fort empressé de faire ses préparatifs de départ : rinspecteur général qui remarqua son extrême impatience ne voulut pas le contra 翁 rier en le retenant r de sorte qu'après quelques jours, il lui laissa la liberté de s'en aller. Il y eut alors un bon nombre de jeunes gens de râge de Sse Yeôupe , et des magistrats de la province de Tchekiang qui allèrent le reconduire et qui lui offrirent le repas du départ : mais leurs empressements ne le touchèrent pas beau, coup.
II était VCQU sans bonnet et sans parasol.
Il s'en retourne en char , ave^ une suite et des cheranx;
C'est bien ton jours la même personne :
Mais quelle différence dans l,accueU qu'on lai fait !
En sortant des portes de la capitale, 、 Sse Yeoupe devait se rendre dans la province de Honan , pour y offrir un sacrifice propitiatoire à ses ancêtres. Mais comme il désirait voir Lo Mengli, il annonça I ses gens qu'il irait dans le Honan en passant par la provifice 由 Chantoung. Ses domestiques ne se permirenraucurte observation, et Ion prit la route du Chantoung.
En dix. jours de marche on atteignit la petite ville de Tseou. Sse Yeoupe ordonna à sa suite de lattendre hors de la ville, et ne prenant avec jui que le seul Siaohi, revêtu des mêmes habits qu'il avait portés Tautte fois, il entra pour prendre les informations dont il avait besoin.
Parvenu en très-peu de temps devant la maison de Lo, il vit à la grande porte un gros ca* denas fermé avec deu^ bandes de cuir solide* ment fixées en travers , et remarqua une solitude parfaite aux. environs. G^t aspect lui causa beaucoup dé trouble, et l'incertitude agitant ses esprits, il prit le parti de tourner derrière la maison , et de venir jeter les yeux sur la porté du jardin. Mais il trouva cette porte exacte* ment fermée comme lautre , avec un cadenas et deux bandes de cuir. Cette fois son éton«* nement et son inquiétude augmentèrent : «Que veut dire ceci ? sécria*t-il, est-ce un rêve que j'ai fait précédemment ? »
Il considéra ce qui r entourait avec plus d'attention : la grosse pierre blanche sur laquelle il ^'était assis autrefois avec.Lo Mengli était encore au-devant de la porte , les-arbi;^s plantés tout autour , la vue, raspect du lieu, tout était en* core comme jadis, Mais l'être chéri , en quel
endroit était -il? c'était exactement laventurc de Lieouwon, lors de son retour à Thiaxxtaiû
Comme Sse Yeoupe s'abandonnait à ses rêveries à ses vives inquiétudes, les doniêastiques du conseiller Li ^ qui le connaissait tous et qui rayaient vu passer deiraot la porlie de la maison Voisine, allèrent secrèteihent avertir leur maître; celui-ci, qui savait déjà que Ss^Yeottpe vekiait d'êtrepromu au grade de doctew, se sentit le plus grand désir jde le rçcevoix chez lui. Il envoya de tous les côtés des gens pour rioTÎter, et lui même ouvrit la porte derrière pour venir à sa rencontre, U aper^t Sse Yeoupé debout à la porte, du jardin de la maitOD (le Lo, et comme absorbé danfi sespepr sees, n sapprocha de lui en hâte, et le saluant avec courtoi&ie : « Seigneur, lui dit-il , je nai pu encore aller tous féliciter sur vos succès f c'est une faute que jai commise. Mais puisque aujourd'hui vous êtes, descendu dam mon voisinage, qui TOUS, arrête en cet endroit', que vous ne veniez m'honorer d'un regard? »
Sse Yeoupe s'empressa de répondre à sa politesse : « yétms sur le poiiit cf aller vous de> mander, répondit-iU Le hasard ni,a conduit par ici, et je ne sais comment je me mis arrêté à
considérer ee site que je reconnais. Mais, seigneur, comment avez-rous daigné vous déranger, jusqu'au point de descendre et de me faire un accueil si honorable? »
Tout en parlant le conseiller Li avait engagé Sse Yeoiipe à passer dans le jardin. Une fois entrés, ils y renouvelèrent leurs salutations, et ce devoir rempli , ' le conseiller ordonna qu'on servit , parce cpi'U voulait offrir une collation à son hôte. Il dépêcha aussi quelqu'un pour engager le iicendé Tsian à leur venir tenir compagnie. Sse YeoHpe, dont lintcntion éiait dé siniformer des nouvelles dfe Lo Meng^ , ne fil pas de façons. Quelques instatits après, on ser* ▼it, le licencié arriva, «t à la suite des compli- Aents et d'une conversation indifférente, on alla se iii6ittre à table.
Au bout dun celtain temps , Sse Yeoupe prit la parole : « Quand je sui^ venu coucher ici Vannée dernière , dit* il, j'ai rencontré , à la porte du jardin , le fil& de la maison d'ici à côté, Lo; un tout jeune homme. Comment se fait-il que la porte de ce jardin soit fermée et scell^e^ et qu'on n y -voîè personne ? Vous qui êt 想 si proche voisin , seigneur li , tous devez en savoir la cause ? »
' ~ « C'est, répondit le conseiller, la demeure du seigneur Lo , le sous-intendant , si; 尸 nommé Yihoung. Mais le seigneur Lo est iQort. Son fils est un enfant qui peut avoii* chiq ou six ans. Il nj a d'autres personnes^ dans la maison que la dame qui Tit dans le veuvage avec une jeune fille. De quel jeune homme parlez-TOUs ? Ne vous trompez-vous pas , seigneur ? »
丄 « Nul doute que je* n'en aie fait la rencontre ; j'ai causé fort long- temps avec lyi. Comment voulez vous que je me trompe? Ne serait-ce pas un neveu ou quelqu autre personne de la famille*, qui serait venu loger momentanément ici ? »
- 一 « Le seigneur Lo avait lui-même életé sa maison , répondit le conseiller. Sa famille était originairement assez obscure. Je n'ai entendu parler daucùn de ses parents , proches ou éloignés. D'ailleurs le seigneur Lo était de son .vivant un homme solitaire et retiré ; il fréquentait très-peu de monde. Sa veuve appartient à une famille de magistrats du Kiangnan. Son père et son frère habitent fort loin d'ici j elle tient sa maison spr le pied d'une rigoureuse sévérité, et elle ne souffrirait pas qu aucun jeune parent vînt loger chez elle. Peut-être était-ce
quelcjud personne du dehors, qui s*est présenté sous le nom du fils de la maison Lo pour vous demander quelque chose. »
― « Non seulement ce monsieur navait rien à me demander, reprit Sse Yeoupe; mais il a été plein de bontés pour moi ; je lai vu trèsdistinctement sortir du jardin et y rentrer.
Comment serait-ce une personne du dehors?
Voilà une chose bien singulière ! »
一 < Lui avez-TOus demandé son nom et son surnom P > dit le conseiller.
― « Son Ébm est Mengli : , répliqua Sse Yeoupe.
Après un instant de réflexion: « Mepgli? dit le conseiller. Ces deux syllabes ressemblent au nom de lait de la fiUe de la maison. » Puis se mettant à rire: « Ne serait-ce pas cette demoiselle qui se serait trouvée avec vous? » ajouta*
Sse Yeoupe répondit eu riant: « Puisque le fils est un enfant, et qu'il ny a pas dautre jeune homme, n'en parlons plus. Mais, je vous prie, pourquoi les deux portes de devant et de derrière soDt^elles scellées et fermées au cadenas? Estrce qu'il n'y a plu$ qi dame , ni demoiselle ? 9
一 « La dame et la demoiselle existent encore , , répondit le conseiller en riant.
― « Si elles existent , où «ont • elles donc ? » demanda Sse Yeoupe.
' ^ « n y a une quinzaine de jours qu'elles sont allées en pèlerinage sur les bords de la • mer du midi , répondit le Conseiller. Et comme il n'y avait plus personne chez elles, on a fermé et scellé les portes de la maison. »
一 c S'il ne s'agit que d*mQ pèlerinage sur les bords de la mer du midi , pourquoi toute la maison sans exception serait-eH^^artie ? J'imagine qu'il doit y avoir quelquautre motif* »
Le licencié se mêla alors de la conversation: « La pèlerinage n'est qu'un prétexte , dit*ii. Il y a effectivement une autre raison , et j'en ai entendu direqaelques mots^ quoique je ne sache pas la chose à fond. »
― c Oserais-je tous demander de me dire ce que vous en sa^ez, » reprit Sse Yeoupe.
Le licencié àadressa au conseiller: « Seigneur, lui demanda+il, nen avez-vous pas TOus«^£ni€ ouï parler ?,
一 《 S'il y a quelque motif particulier, je ne le connais pas én tout , » répondit le conseiller.
一 « î'âi entendu dire , reprit le licencié , que le seigneur Lo avait un ennemi personnel; que cet homme vient d'obtenir une grande charge de magistrature , et que sachant la mort du seigneur Lo, il avait eu l'intention de se venger dur sa Êuuille, A|nsi la dâme Lo n'a pris le prétexte d'un pèlerinage que pour se dérober , en s^éloignant , aux persécutions qui la menaçaient. »
― « Et né saii*on pas où elle est allée?» demanda Sse Yeoupe.
一 « Gomme ses parents sont des magistrats dit Kiangnan , répondit lè licencié, elle sera sans douté retournée dans sa famille, qui habite cette province. »
Sse Yeoupe demeura tout interdit à cette nouvelle : il avait perdù l'esprit et le sentiment. Il se vit pourtant obligé de surmonter son trouble et de répondre aux santés qui lui étaient proposées. On but ainsi pendantia moitié delà journée, et Sse Yeoupe , quand tout son monde fut ai> rive , prit congé de MM. li et Tsian et se leva pour les quitter. '
On s6 rappelle 1q souffle séduisant da séphyre printanier ; T6ttt-k-e6ap It dUqne de la ItAe caché par toseMt. Le» M>aTefiir5 du passé p les crtiates de l,«wnir , Sjopt autant d« démons qui pèsent sur notre c«nir.
Après s'être séparé de ses deux convives, Sse Yeoupe ordonna à ses gens de prendre le chemin du Honan. Tout le long de la route^ il se livrait à ses réflexions : « Voilà dans ma manche , disait-il en lui-même , les bracelets dor et les perles que ma donnés le jeune Lo ; mais où est maintenant sa personne ? Puisque cette dame et sa fille ont voulu se dérober à des persécutions, elles ne sont pas près de revenir. Il y a bien des familles de magistrats dans leKiang nan. Où puis-je aller prendre des informations? n m'avait bien dit qua mon retour il était incertain si nous pourrions nous revoir. Ce langage n était pas dépourvu de fondement. Mais puisqu'il existait un obstac^ à notre réunion , comment n'a-t-il pas préféré dç nous priver du plaisir de nous voir la première fois? Quel malheur de s'être vus , de s'être liés si étroitement; de s'être arrachés si précipitamment l'un àl,autre,etde n'avoir gardé, de cette rencontre, quun sujet dafflictioii et de regrets l >
De nouvelles réflexions se présentèrent ensuite à son esprit : «Il ma assuré, disait^il, qu'après la conclusion de mon mariage avec made* moiselle Pe, l'affaire que nous traitions ensemble se terminerait d'elle-même. Ce jeune Lo m'a
paru être une personne de sens et d'esprit. Ce langage avait peut-être aussi un sens caché, que je ne puis pénétrer encore. Le mieux est de me fier à ses promesses^ et d'aller presser mon mariage avec mademoiselle Pe. »
On se réjouit de se voir; On tst triste d'être séparé.
On sait le temps qu'a duré la joie , Le temps que dorera la tristesse , voilà l'objet de l'inquiétude.
Laissons S" Yeoupe continuer sa route en se lÎTiant à ses réflexions, et parlons de Pe, qui, depuis sa maladie, n'était point sorti de chez lui, ne recevait pas de visites, et passait tout le temps de sa retraite à composer des vers avec sa fille. Quand Fexamen des provinces du midi avait été terminé, il avait parcouru laiiste sans y voir le nom de Sse Yeoupe ; il lavait ensuite retrouvé le second sur la liste de Gbunthian(i); maU la qualité de candidat de Honan, qu'il remarqua au'dessous de ce nom y lui laissa beaucoup d'incertitude : « Ne serahf^ce pas , dit-il en lui-même , que Sse Yeoupe, après avoir perdu son premier grade , se serait fait inscrire parmi les candidats du nord? » Mais faisant une
(I) On a déjà vu que ce nom désignait le département où est Peking.