Akouliouchka, Akoulka, diminutif d'Akoulina
ne sera nulle part plus profond. Viens tout tout droit à ma rencontre.
Comme elles se rapprochaient l'une de l'autre :
— Prends garde, Malacha, fît Akoulka, prends garde de m'éclabousser. Va plus doucement.
Mais à peine avait-elle parlé que Malachka tourna son pied dans l'eau et éclaboussa le sarafan d' Akoulka.
Non seulemeut le sarafan d'Akoulina se trouva tout éclaboussé, mais l'eau jaillit encore sur son nez et sur ses yeux. En apercevant des taches sur sa robe neuve, elle se fâcha contre Malachka, lui cria des injures et lui courut après, voulant la battre.
Malachka eut peur. Elle voyaitbien qu'elle avait fait une sottise ; elle sortit vivement de la mare et s'élança vers sa maison.
En ce moment passait la mère d'Akoulka. En voyant la chemise et le sarafan de sa fille tout salis :
224 MALAGHA ET AKOULINA
— Où donc as-tu sali ton sarafan, vilaine?
— C'est Malachka qui m'a éclaboussée exprès.
La mère d'Akoulka saisit Malachka et la frappa sur la nuque.
Malachka remplit de ses cris toute la rue. Sa mère l'entendit et se précipita au dehors.
— Pourquoi bats-tu la mienne? fit-elle en injuriant sa voisine.
La querelle s'envenimait. Les babas allaient se prendre aux cheveux. Les moujiks sortirent de leurs maisons et une foule s'amassa dans la rue. Tout le monde criait à la fois, personne n'écoutait son voisin. On s'injuriait, une bataille était imminente, lorsqu'une vieille, la babouchka d d'Akoulina, se jeta au milieu des moujiks pour leur faire entendre raison.
— Que faites-vous donc, mes amis? fitelle. Et dans un pareil jour, encore! Pécher
i. Grand'mère.
de la sorte, alors qu'il faudrait se réjouir !
Mais on ne l'écoutait guère : elle faillit même être renversée. Et la vieille n'aurait pu les apaiser, sans Akoulka et Malachka.
Pendant que les babas se prenaient de bec, Akoulina avait essuyé son sarafan. Elle retourna en courant à la mare, prit un petit caillou et creusa la terre pour que l'eau s'échappât dans la rue.
Comme elle était en train de creuser, Malachka s'approcha de son côté et, armée d'un bâton, l'aida à faire une petite rigole.
Déjà les moujiks commençaient à échanger des coups, lorsque l'eau, s'échappant dans la rue par la rigole, arriva juste à l'endroit où la vieille babouchka essayait de séparer les moujiks. Les fillettes couraient des deux côtés du ruisselet.
— L'eau nous dépasse, rattrape-la, Malachka, criait Akoulka, rattrape-la.
Malachka voulut aussi dire quelque chose, mais l'excès de sa joie lui coupa la parole.
Les deux enfants couraient toujours, et riaient de voir le bâton faire des plongeons dans le ruisselet. Elles arrivèrent ainsi jusqu'au milieu des moujiks. La vieille les aperçut et cria aux moujiks :
— Vous ne craignez donc pas Dieu, vous, moujiks ! C'est précisément à cause de ces fillettes que vous avez commencé de vous battre; elles Font oublié depuis longtemps, elles, et les voilà qui se remettent à jouer ensemble de bon accord. Elles sont plus sensées que vous.
Les moujiks regardèrent les petites filles et la. honte les prit. Ils se moquèrent d'euxmêmes, et chacun rentra chez soi.
« Si vous n'êtes pas comme des enfants, « vous n'entrerez pas dans le royaume des « cieux. »