LA PRISE DE KAZA
La ville n'avait que des remparts en bois et en terre ; mais, évaluée à trente mille hommes par les chroniqueurs, la garnison parut dès les premiers jours décidée à une résistance acharnée. Jugeant avec raison qu elle ne pouvait attendre de pardon, elle comprenait sans doute aussi que la lutte séculaire de deux races, de deux puissances, de deux religions arrivait là à une rencontre décisive. En dehors de quelques postes avancés, de Sviajsk fondé récemment, Moscou n'avait fait jusque-là qu'exercer des reprises. A Kazan, elle prendrait possession d'un des antiques boulevards de l'Islam. Soutenus par un chef envoyé de Crimée, le tsar ladiger-Mohamed ; encadrés par une élite de guerriers qui l'accompagnaient, les Tatars retrouvèrent les souvenirs de leur ancienne valeur, repoussèrent victorieusement les premiers assauts, firent craindre à Ivan d'être surpris encore par 1 hiver implacable.
En septembre, un orage violent renversa dans le camp moscovite un grand nombre de tentes, détruisit sur le Volga un grand nombre de bâtiments contenant les approvisionnements, et déjà, du haut de leurs remparts, où l'artillerie d Ivan ne parvenait pas à faire brèche, les assiégés raillaient le tsar blanc. Avec des gestes obscènes, tournant le dos et relevant leurs robes, au récit des chroniqueurs, ils le défiaient. « Tiens, seigneur tsar! voilà comment tu prendras Kazan... » Avec des contorsions et des cris bizarres, qui passaient pour œuvres de sorcellerie, ils épouvantaient l'esprit superstitieux de leurs adversaires.
Ivan ne faiblit pas. Contre les sortilèges qui causaient des pluies torrentielles, il fit venir de Moscou une croix miracu-t