LA POLOGNE ET MOSCOD
et de g^ràce avec Ronsard et où un Skarga annonçait Bossuet.
Étranger d'origine et rustre d'apparence, Bathory fut Ihomme de tout cela, par la grâce de son génie; et Tétant, il prépara la lutte avec Moscou. Pour la Livonie d abord et puis — pour l'existence. Il sut comprendre, en effet, que, telle qu il la voyait, cette Pologne, civilisée, policée, libérale, turbulente, catholique, devait absorber sa grande voisine et lui imposer sa culture et son régime politique, sinon sa foi, ou être absorbée par elle et subir sa loi.
La coexistence de deux grands États slaves se mouvant en des orbites distinctes et se développant de façon indépendante, sinon contraire, n eût pas été peut-être une impossibilité ; mais il eût fallu pour cela que la Pologne des Piasts et des Jagellons évoluât dans le sens de ses origines, c"est-àdire en restant orientée du côté de lOccident et en exerçant sa puissance d'attraction sur les Slaves de 1 Ouest et du Sud. Or, refoulée de ce côté par le Drang nach Osten germanique, elle s était rejetée à 1 est; elle venait de fonder un grand État, mi-polonais mi-russe ou ruthène, mi-catholique mi-orthodoxe, république et monarchie, civilisation et barbarie.
Il n'y avait plus qu une orbite avec un foyer de trop, et deux souverains de toutes les Russies pour un seul empire.
Après s'être assis et calé sur son trône, Bathory dut réprimer la révolte de Dantzig. Il possédait une certaine expérience de la guerre des sièges et ne brilla cependant pas dans celle-ci : il n avait pas encore ses Polonais dans la main. Ses droits à une place d honneur parmi les grands capitaines du temps ont d'ailleurs été discutés. C'est certainement à tort qu'on lui a attribué l'invention des boulets rouges, dont l'effet sur Dantzig fut au surplus nul ou médiocre. D'après }ilc'\ncrt fGeschichte des Kriegwesens, I, 370 l'emploi de ces engins remonterait au moins aux premières années du quinzième siècle. Il se peut, comme le veut un des biographes du roi, Albertrandi, que l'armée polonaise lui ait dû des modèles perfectionnés de canons, des modifications avantageuses dans l'équipement et l'armement de la cavalerie. L'or-
ganisation militaire des cosaques, entreprise au cours de son règ"ne; la création, en 1576, d'une garde royale et, en 1578, la mise sur pied d'une infanterie recrutée dans les domaines royaux, sont des titres de g^loire plus certains. En ajoutant à ces éléments un fort conting^ent de troupes étrangères, infanterie hongroise et cavalerie allemande, Bathory opérait dans sa patrie adoptive la révolution qui antérieurement déjà avait modifié en Occident les bases de la puissance militaire et de l'art même de la guerre. Il donnait à la Pologne une armée permanente, outillée et dressée à l'européenne. Les trois campagnes enfin qui devaient le conduire au cœur de la Moscovie passent, aux yeux des spécialistes, pour aussi bien conçues que savamment exécutées, à travers quelques erreurs de détail et quelques défaillances; Or, si on a essayé d'y réduire sa part d'initiative personnelle, on n'a guère réussi. 11 n'y a peut-être pas fait preuve de talents transcendants, comme aussi la tactique adoptée par Ivan ne lui a peut-être pas permis de les développer. Son vrai mérite est d'avoir été un chef, avec le don, l'instinct, le génie du commandement; et la façon dont il s'est pris pour s'assurer tous les avantages possibles, dans le duel qu il jugeait inévitable avec le voisin moscovite, peut être considérée comme un chefd'œuvre.