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LES POPULATIONS URBAINES

En Occident, les progrès du commerce et de l'industrie ont amené 1 organisation des habitants des villes en corporations s armant pour tenir tête au féodalisme. Au sein de ces groupements, dans les rapports de leurs membres entre eux, s est élaboré cet esprit de liberté qui a présidé à la constitution des communes autonomes et s'est développée cette activité matérielle et intellectuelle d où sont sorties les formes supérieures de la vie économique : création du capital, établissement du crédit, et les formes supérieures de la vie cultivée, science, art, société.

La Russie n a connu rien de pareil et, plus que toute autre raison peut-être, l'absence de ces autres centres de vie et de résistance sociale a contribué à former, à maintenir et à fortifier 1 organisation despotique imposée au pays. Le commerce demeurant restreint, lindustrie existant à peine, la ville n a pas été ici le produit naturel de leur développement. Long-

temps — leur nom 1 indique : gorody, c'est-à-dire lieux ogorojennyié, fortifiés — les établissements urbains ont eu une toute autre fonction; en fait même, la vie industrielle, comme nous Tavons vu à Moscou, rayonnait hors de ces enceintes, dans le&possady et les slohody, demeures du plus grand nombre des artisans, qui y confondaient leurs destinées comme leurs mœurs avec une quantité ég^ale ou même supérieure de cultivateurs fixés au même lieu. Au cours du seizième siècle seulement, l'État s'avisa d'opérer, non pas même entre les deux catégories d habitants, mais entre les deux lieux d habitations une distinction qui fut d ordre purement fiscal, en ce sens que les urbains eurent plus à payer que les ruraux, la réforme n allant pas évidemment à créer entre les contribuables un lien organique quelconque. Obtenir ici comme ailleurs le rendement le plus élevé de la matière imposable et la fixité de 1 impôt, tel est le souci unique du gouvernement. Et, comme ses idées en fait d économie politique sont faibles et généralement fausses, loin de favoriser l'accroissement de cette source de revenu, il n arrive qu'à le paralyser, en multipliant les taxes et les endroits où elles sont prélevées, en mettant un douanier au détour de chaque route et un percepteur au coin de chaque rue, en monopolisant, pour mieux les exploiter, toutes les branches de 1 industrie et du commerce : après la vente du seigle, de 1 avoine et de toutes les céréales, la fabrication de la bière, du kvass et de toutes les boissons. Nulle défense ici comme là-bas. Pas de trace de lutte contre cet accaparement progressif, car le cas de Pskov et de Novgorod est d ordre puremement politique. Les éléments de résistance ne manquent pourtant pas. Depuis les temps les plus reculés, le commerce tout au moins est en honneur dans le pays et y passe pour ime occupation noble. Les entreprises des Varègiies comme des anciens princes slaves ont eu un caractère à la fois militaire et commercial, et les héros de la légende nationale : Sadko, Soloviéï Boudimirovitch, Tchoiirila Plenkovitch, Vaska Bouslaiév, ont personnifié ce double type d'activité et d audace aventureuse. Ce qui manque, c'est

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