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DIPLOMATIE

l'intermède diplomatique

Dès le mois de septembre 1580, sans attendre même le retour de Rezanov, Ivan s'était décidé à en appeler de Vienne — à Rome. Son nouvel envoyé, Istoma Ghevriguine, fut chargé de solliciter l'intervention du pape, en représentant « Batoura » — Ivan continuait à défigurer ainsi le nom du roi, un peu par ignorance et un peu par mépris — comme l'allié du sultan. L'effet de cette tentative ne pouvait cependant pas être assez prompt. Aussi, multipliant les concessions et essuyant les avanies les plus douloureuses, les ambassadeurs du tsar se laissaient-ils traîner à la suite du vainqueur. En janvier 1581, on leur avait ordonné d'aller à Varsovie, où, ajoutant un nouveau lot de villes livoniennes à celles qu ils offraient précédemment, ils se flattèrent d obtenir une trêve et des préliminaires de paix. La réponse fut : « Toute la Livonie, ou la guerre. " Ils consignèrent dans leur rapport qu on les avait forcés par des menaces et des injures à aller baiser la main du roi qui, cette fois encore, ne s'était pas levé en entendant prononcer le nom du tsar et ne les avait |)as même chargés de saluer le souverain de sa part, et ils durent partir les mains vides.

Ivan comprit qu il fallait céder. Il allait s'incliner devant la fatalité, se courber plus ba& et plus bas toujours. Il écrivit à 1 adresse de « Batoura " une lettre fort humble où, pour la première fois, il traitait le roi de u frère y- , et annonça lenv'oi d une nouvelle ambassade. Les ambassadeurs, Evstafiï Mikhaïlovitch Pouchkine, Fédor Andréiévitch Pissemski et André Trofinov, eurent pour instruction de souffrir tous les mauvais traitements, les coups même, sans se plaindre. Le tsar en arrivait là ! Et il offrait maintenant la Livonie entière, à l'exception de quatre villes seulement. Il renonçait même à son titre,

mais ne pouvait se retenir de mêler du fiel à tant de douceur et d assaisonner cette concession suprême avec une épigramme. Les ambassadeurs devaient y ajouter l'observation que, cependant, leur maître n était pas un " souverain d hier » . Si on leur demandait ce quils entendaient par là, répondre : « Celui qui est ainsi se connaît lui-même. »

L intellig^ence du Terrible eut toujours un ennemi dang^ereux dans son caractère et il était homme à sacrifier une province à une boutade, sauf à réparer ensuite le mal par quelque nouvel abandon de sa dignité, qu'il croyait d'ailleurs ménager ainsi.

Il pressa tellement le départ de ses envoyés qu on les vit arriver à Yilna, où Bathory leur donnait rendez-vous, bien avant la date fixée. Contre toute vraisemblance, le tsar espérait encore empêcher la reprise des hostilités. Mais, pour le roi de Pologne, Yilna n était qu'une étape sur le chemin des nouvelles conquêtes qu'il méditait. Quand il arriva en mai, outre la Livonie, les ambassadeurs moscovites s'entendirent demander ^Sovgorod, Pskov, Smolensk, toute la Siéviérie et 400,000 ducats d indemnité de guerre. Pouchkine et ses compagnons envoyant à Moscou pour demander des ordres, Bathory leur adjoignit un courrier, Dzierzek, porteur d un ultimatum où il réduisait en vérité ses prétentions : avec la Livonie et l'indemnité de guerre il ne réclamait plus que la destruction de quelques places frontières. Mais il n'attendrait la réponse que jusqu'au 4 juin.

A ce moment, la mission de Chévriguine produisait déjà un premier effet. Je dirai plus loin comment le pape s'était laissé séduire par l'appât d'une médiation qui, dùt-elle avoir un plein succès, ne pouvait, au point de vue des intérêts catholiques, compenser ce que leur promettait une victoire décisive de la Pologne. Le médiateur désigné, le jésuite Possevino, se trouvait à Yilna et sa présence seule valait à Ivan un précieux secours. Roma locuia erat. Le Saint-Siège se prononçant contre la continuation de la guerre, la Pologne allait être arrêtée dans son élan, retenue, si elle s'obstinail^ par les

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foudres du Vatican. Le tsar limagina au moins, et aussitôt il se redressa, en usa envers Dzierzek à peu près comme Bathorv en avait usé avec ses ambassadeurs et renvoya le courrier avec une lettre pour le roi qui commençait ainsi : « Nous, humble Ivan Yassilévitch, tsar et grand-duc de Russie... par la grâce de Dieu et non par la volonté turbulente des hommes... » La suite se laisse de^Hner par ce préambule. Le document a ving-t-trois pages d'impression dans lédition de Kojalowicz. Après avoir paraphrasé à sa façon les psaumes de David, traité Batory dAmalec, de Sennahérib, de Maxence avide de carnage et déclaré que si la paix ne se faisait aussitôt, il n'enverrait plus d'ambassadeurs en Pologne avant trente ou cinquante ans, ni n'en recevrait de ce pays, Ivan rejetait catégoriquement l'ultimatum. Bien plus, revenant sur ses anciennes concessions, il ne voulait plus désormais se contenter de quatre villes en Livonie. Il prétendait en garder trente-six, avec Narva et Derpt et n'abandonner que Yiélikié-Louki avec vingtquatre petites forteresses voisines. G était « sa dernière mesure » .

Il se faisait quelque illusion sur le pouvoir de Possevino. Sa lettre et les instructions qui l'accompagnaient ne trouvèrent plus Bathory à Vilna. Déjà le roi avait gagné Polotsk et se disposait à mettre son armée en campagne. Le jésuite et les ambassadeurs moscovites l'y suivant, l'envové du pape essaya bien d'intervenir. Mais Pouchkine et Pissemski se montraient maintenant aussi intraitables qu'ils étaient naguère dociles et conciliants. Comme Possevino leur demandait pourquoi le tsar avait modifié ses propositions : « Le Nouveau Testament abolit l'Ancien, " répondait dédaigneusement Pouchkine; « le roi de Pologne ayant rejeté les premières offres du tsar. celui-ci en faisait d autres maintenant et n v ajouterait plus rien, pas ça, » disait-il, en tordant dans ses doigts un brin de paille. Bathory, de son côté, n'était ])lus en humeur de négocier. Sans doute, devait-il tenir compte de la médiation pontificale. Aussi, prit-il sur lui de déclarer à Possevino qu il renonçait à l'indemnité et à la destruction des forteresses.

Mais il s'attendait assurément à ce que les Moscovites ne le prissent pas au mot. En effet, les ambassadeurs divan firent la sourde oreille, et, aussitôt, brusquant leur audience de congé, le roi leur déclara qu il allait se mettre en marche sans plus tarder et faire la guerre, « non plus pour la Livonie, mais pour tout le bien de leur maître " . Le jésuite comprit qu il n'y avait pas à insister de ce côté. Comme il annonçait 1 intention de se rendre auprès du tsar pour le ramener à de meilleures dispositions, on lui souhaita bon voyage, mais l'armée polonaise s ébranlait déjà.

Bathory eût même laissé sans réponse la dernière lettre d'Ivan; mais lentourage du roi tenait à ce que les gazettes de Pologne et d Allemagne ne restassent pas sur 1 impression des insultes qu'elle contenait. On avait fait couler de l'encre jusqu'à présent tout en versant du sang : il fallait continuer. La chancellerie royale fut mise sur les dents et produisit une épitre où, en quarante pages, pour faire bonne mesure à Tinsulteur, on lui rappelait que sa mère était fille d'un simple déserteur lithuanien et, s attaquant à sa vie privée comme à sa vie publique, on flétrissait congrùment ses débauches et ses excès sanguinaires. Le tsar avait fait reproche au roi de rechercher 1 alliance du Turc : on lui opposa victorieusement son mariage avec une Musulmane — la Temrioukovna — et les habitudes de ses ancêtres qui «léchaient le lait des juments sur la crinière des chevaux tatars. On n'oublia pas sa répugnance à paraître sur les champs de bataille et là on avait beau jeu : « Une poule défend ses petits contre Tépervier et l'aigle et toi, aigle à deux tètes, tu te caches! " Une provocation à un combat singulier suivait cette dernière apostrophe et paraîtra sans doute ridicule. Mais les mœurs de l'époque fournissaient des précédents à cet égard : en 1561, Erik XIV avait ainsi appelé sur le terrain Dudley, en qui il voyait un rival auprès d'Elisabeth. Et l'on supposait bien que le tsar ne relèverait pas ce défi.

Il n y songea pas un instant et, plus que jamais, il fut réduit à « se cacher » . Son trésor vidé, son pavs épuisé, ses boïars

démoralisés le mettaient à court de ressources. A un moment, au rapport des chroniqueurs, il n'eut pas trois cents hommes avec lui à Staritsa. Pourtant, se doutant que Bathory porterait cette fois son effort sur Pskov, il avait réussi à y mettre une forte g^arnison, l'élite de ses troupes. La ville était bien approvisionnée et munie d'une artillerie puissante. Le tsar pouvait compter qu'elle retiendrait long^temps les Polonais, et, sous ses murs, à défaut d'armée de secours, Bathory allait rencontrer le redoutable allié de Moscou dans toutes ses guerres défensives : l'hiver approchait. Si Possevino était arrivé trop tard pour retenir le roi, celui-ci n'avait pu se mettre en campagne assez tôt.

Vin

Il avait dû employer tout le printemps à parlementer avec sa diète. " Le roi a donné de sa poche tout ce qu il pouvait donner, criait Zamoyski aux députés. Qu'attendez-vous encore de lui? Qu'il se fasse écorcher? Il le ferait volontiers si un alchimiste avait trouvé le secret de faire de l'or avec de la peau humaine! » Les subsides obtenus pour une année encore, et à condition que la guerre serait terminée à ce prix, la rentrée des impôts votés se trouva en retard. On engagea les joyaux de la couronne, on obtint 50,000 écus du duc d'Anspacli, autant de l'Électeur de Brandebourg et on partit. Mais, à Disna, nouvel arrêt ; comme largent, les contingents manquaient à l'appel. Et, cependant, le roi apprenait qu'un corps moscovite , concentré à Mojaïsk , avait fait irruption en Lithuanie, du côté de Smolensk, brûlant deux mille villages, dévastant toute une province entre Orcha et Mohylev, enlevant et transportant sur 1 antre rive du Dnieper toute une population, paysans et gentilshommes. Le 15 juillet seulement, faisant seize lieues par jour, Bathory fut à Polotsk où

il passa Farmée en revue et, le 29, à Zavolotché où il tint conseil. Vu la saison avancée, on hésita sur le parti à prendre. Il avait été question d'attaquer Novgorod. Ainsi que le prévoyait Ivan, on se décida pour Pskov, comme plus proche. Encore fallait-il prévoir que la ville ne se laisserait pas emporter avant l'arrivée des froids. La correspondance de Bathory prouve qu'il acceptait résolument l'éventualité d'une campagne d'hiver, au cours de laquelle Pskov serait pris ou Ivan contrainte accepter la paix. Pour garder Pskov, le tsar lâcherait la Livonie, et l'intervention de Rome unie à l'attitude de la Diète faisaient que le roi consentait à ne pas demander davantage, à ne pas aller plus loin pour le moment.

Le 25 août, après avoir en passant enlevé Ostrov, les Polonais se trouvèrent en vue de la ville. Ils furent frappés par ses dimensions et son aspect imposant. « On dirait un autre Paris » , nota le secrétaire de la chancellerie royale, l'abhé Piotrowski, dont le journal nous a été conservé. L'observation se répète textuellement dans les Mémoires de Muller, autre témoin oculaire. Mis en état de défense depuis des siècles et constamment fortifiée, en raison du voisinage des Allemands. Pskov possédait des remparts en pierre, auxquels on avait récemment ajouté une enceinte palissadée. Deux princes Ghouïski, Vassili Féodorovitch et Ivan Pétrovitch, ce dernier petit-fils du régent que nous avons connu pendant la minorité du Terrible, hommes de courage et d'expérience l'un et l'autre, y commandaient 30,000 soldats, d'après les sources russes, 40.000 d'après les sources polonaises. L'un et l'autre chiffres sontcertainement exagérés en ce qui concerne les effectifs proprement dits et non moins certainement inférieurs à la réalité en tenant compte des « mangeurs de pain » , comme le Vénitien Rodolfini, colonel dans l'armée polonaise, appelait les hommes de peine et valets qu'elle traînait à sa suite et dont quelques-uns au moins était capables de faire le coup de feu en certaines occasions. Il en évaluait le nombre à 170,000! La garnison de Pskov devait en posséder aussi un nombre considérable et les documents du temps n'ont pas la précision

de nos statistiques actuelles. Pour 1 armée polonaise, la comptabilité du Trésor, à laquelle jai eu déjà recours, offre des données plus certaines. Elle indique, sous les ordres de Bathory, 21,102 hommes, moitié environ en infanterie, ou 18,940 seulement d après un autre calcul, plus quelque 10,000 Lithuaniens.

G était peu pour faire le siège d une ville qui ressemblait à Paris. L'historien officiel de la campagne — coté des Polonais — Heidenstein, parle bien à un moment de 24,000 chevaux magnifiques défilant sous les yeux étonnés des Pskoviens. Mais il a vu assurément double, comme Ivan voyait triple et plus, en se plaignant que « Batoura " eut armé contre lui " toute 1 Italie " . A la date indiquée par Heidenstein, il ne restait dans le camp de Bathory que 6,469 hommes de cavalerie polonaise et 674 de cavalerie hongroise, et la participation de ritalie se réduisait à quelques ingénieurs, comme celle de la France à un ou deux officiers, dont le capitaine Garon, (i petit homme, bon musicien et fort brave » , au dire de Piotrowski, qui nous le montre allant. '■ chère grenouille ^ , mesurer avec son épée les fossés de la ville. Un Gascon sans doute, un vaillant à coup sur.

Ce n'était pas assez pour prendre une forteresse de premier ordre qui paraissait décidée à se bien défendre. Eu égard aux moyens dont Bathory disposait de toute façon, on peut même douter qu il ait eu en vue un siège en règle. Son artillerie ne comptait qu'une vingtaine de pièces, et, dès les premières semaines, les poudres devaient manquer. Vraisemblablement, comptant sur sa cavalerie pour isoler la ville, le roi se proposait de la prendre par la faim ; mais lui-même n'était pas mieux préparé pour passer 1 hiver sous ses murs. Il avait dii ménager le moral de son armée que la vue du matériel indispensable, tentes et approvisionnements, eût effrayée. Le manque d'argent et rentrée tardive en campagne s'étaient enfin réunis sans doute pour compromettre ses plans et mettre ses calculs en défaut. G était, en somme, une gageure qu'il tenait là de façon assez risquée. Mais son génie et l'élan acquis y don-

naient des chances sérieuses à sa fortune et devaient décider, en effet, de l'issue de la lutte.

L histoire de cette lutte est difficile à reconstituer, même et surtout au point de vue moral qui en constitue le principal intérêt. S accordant dans les détails, les sources russes et les >;ources polonaises sont encore en désaccord perpétuel et absolu sur le fond, sur l'attitude des combattants, la physionomie générale des combats. Alors que les unes attribuent un rôle considérable aux sorties opérées par les assiégés, les autres veulent que. beaucoup moins entreprenante, la garnison se soit toujours timidement tenue sous le feu de ses canons. Par contre, les documents polonais mettent en valeur l'action incessante et efficace des petits détachements moscovites battant la campagne, incommodant les assiégés et gênant leur service de ravitaillement. Du côté russe, on nous représente la population de Pskov comme animée dun enthousiasme égal à la valeur de ses défenseurs, secondant leurs efforts et s'accordant avec eux pour une résistance à outrance. Du côté polonais, autre version : 1 énergie des Ghouiski aurait seule empêché la tchern , le bas peuple, de provoquer une assez prompte reddition.

Sur ce dernier point, les sources russes contiennent un témoignage qui peut sembler décisif. En recevant leur commandement, les deux Chouïski avaient dû accompagner le tsar à léglise de 1 Assomption et s'y engager par serment à défendre la ville jusqu à la dernière extrémité. Ce serment, ils eurent plusieurs fois à le faire prêter aussi aux habitants de Pskov. G est donc que ceux-ci ne se montraient pas très spontanément disposés à soutenir la défense. Il convient d'ajouter encore que le document polonais le plus important de cet épisode, le journal de 1 abbé Piotrowski, est 1 œuvre d un mécontent, exaspéré par la durée de la guerre et l'ennui d une campagne d'hiver. A Polotsk déjà, il avait jugé excessives les exigences de Bathory et que la guerre aurait dû être terminée sans autre débat. « On en avait assez. " Sous Pskov, il trouva naturellement que tout allait de travers, et, le

slèg^e se prolongeant, fut porté à exagérer la détresse des combattants.

Le fait certain est qu'un premier assaut donné parles Polonais, le 8 septembre 1581, fut vaillamment repoussé par les Moscovites, qui infligèrent aux assaillants des pertes cruelles. Gabriel Bekiesz, le frère de 1 intrépide commandant de la cavalerie hongroise, mort lui-même à la suite des fatigues éprouvées au cours de la campagne précédente, y laissa la vie. Et la tentative ne put être renouvelée avant longtemps. Les munitions réunies étant déjà insuffisantes, un magasin de poudre sauta à Susza. On dut en envoyer chercher à Riga, et Bathory eut des loisirs pour étudier l'art de la guerre dans le livre du comte Reinhart de Solms que le fils de lillustre maréchal de Charles-Quint lui envoyait, tandis que les assiégés raillaient les assiégeants : « Pourquoi ne tirez-vous pas? Il n y a pas de sens commun à vouloir prendre une ville quand on n'a pas de quoi faire parler ses canons. Vous aurez beau regarder nos remparts pendant deux ans! "

A la fin d octobre, 1 armée polonaise fut décimée par le froid et la faim. Il ne restait pas quarante chevaux par escadron, au témoignage de Piotrowski, et les Lithuaniens parlaient de s en aller. Bathory dut réunir les chefs et les haranguer. Ce fut pis quand, pour obtenir un nouvel effort de la Diète, le roi jugea à propos de regagner Varsovie. Un nouvel assaut donné le 3 novembre, après l'arrivée du convoi attendu de Riga, n'ayant |jas eu meilleur résultat que le premiei", on retira les canons des batteries et, plus que jamais, on attendit la paix. Le commandement en chef appartenait maintenant à Zamoyski et les historiens polonais les plus récents se sont plu à exalter ses mérites au détriment du « roi magyar » . Serait-il parvenu à maintenir l'armée sous les drapeaux et à lui faire accepter les cruelles épreuves de ce siège s'il n'avait eu derrière lui ce souverain dont on connaissait le tempérament et la poigne? C est plus (jue douteux. Sans Davout et Lannes, Ney et Masséna, Napoléon neùt sans doute pas gagné la plupart de ses batailles, si bien que, réduit à Grouchy, il

trouva Waterloo. Zamoyski ne faisait d'ailleurs qu'exécuter un plan, dont la paternité n'est refusée par personne à Bathory, et qui, en fin de compte, devait se montrer le meilleur, eu égard aux circonstances. Les Pskoviens allaient se convaincre à la longue quon peut prendre une ville en la regardant. Les Polonais ne tiraient pas, mais ils maintenaient leurs lignes, empêchaient toute communication de la place avec le dehors et les approvisionnements que le Terrible y avait amassés n'étaient pas inépuisables.

En Livonie d'autre part, où Ivan ne pouvait plus faire passer un homme, les Suédois poursuivaient leur marche victorieuse. La Pologne avait maintenant plus à craindre qu'à espérer de ces alliés trop indépendants; ils n'en portaient pas moins des coups sensibles à l'ennemi commun. Au cours de l'été, ojiérant séparément d'abord, puis réunissant leurs forces, Horn et de la Gardie enlevèrent Lode, Fikel, Hapsal; en septembre, ils assiégèrent Narva. La ville allemande capitula après un siège qui. d'après les chroniques livoniennes, fit sept mille victimes et la ville russe fut livrée par Athanase Biélski. A la fin de novembre, tout le littoral du golfe de Finlande se trouva aux mains des Suédois, qui purent capturer les vaisseaux anglais apportant des munitions de guerre à Ivan. Menaçant Pernau, Derpt et Fellin, de la Gardie était sur le point de s'emparer des derniers remparts de la conquête moscovite dans ce pays.

Ces triomphes eurent leur contre-coup naturel sous les murs de Pskov, en fortifiant les dispositions pacifiques auxquelles on inclinait des deux côtés. A la fin de novembre un message des Chouiski au tsar, intercepté par les assiégeants, ranima leur courage : il indiquait que, souffrant de la faim, la ville ne pouvait plus tenir longtemps si elle nétait secourue. Quelques jours plus tard, il est vrai, capturés également par les Polonais, deux boïars faisant partie de la garnison donnèrent d'autres renseignements : les assiégés avaient du pain et de tout en abondance; la viande seule manquait. Mais à ce moment des plénipotentiaires de Bathory partaient déjà pour

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se rencontrer à lam-Zapolski avec ceux divan et y traiter de la paix sous la médiation de Possevino.

La part du lé^jat pontifical dans cet événement a fait l'objet d'appréciations très diverses. Pour éclairer ce débat, je dois revenir isur les origines dune mission qui, à un point de vue plus g^énéral, a fait époque dans 1 histoire des relations diplomatiques entre Rome et Moscou '1).

(1) Pour les causes de la guerre, consultez : La correspondance de Vincent Laurco publiée par Wierzbowski, Varsovie, 1887. Voir aussi du même auteur une Étude sur Christophe Warszewic/à, Varsovie, 1887. — Pour l'histoire de la guerre, parmi les ouvrages anciens, ceux d'Ai,BEnTRASDi, le Reçue de Heni-i de

Valois et d'Etienne Bathoty, Varsovie, 1823, nouvelle édition: Heidensteix, De bello moscovilico, chez Startchevski, II; Sxrvjkowski, dans Recueil d'historiens vol., Varsovie, 1766, sont basés sur des publications officielles polonaises du temps. Sulikouski (Sulicovius) (Cominentarius brevis rerum polonaruin, écrit avant 1597, publié à Danzig 1647^ est plus indépendant. Du coté des étrangers, Oderborn, loc. cit., ne fait qu ajouter aux données officielles quelques récits fantaisistes; Renner, dans les Livlœndische Historien, donne quelques détails exacts; Rrutto et Giulay ont publié, peu de temps après la guerre, des relations, au sujet desquelles on trouvera des observations critiques dans les Etudes de Sehrinq sur les historiens polonais du seizième siècle, Posen, 1862. Plus récemment, Oôrski, dans un précis historique de la guerre, publié par la Bibliothèque de

Varsovie, 1892, et dans une série d'ouvrages sur larmée polonaise, publiés à Cracovie de 1893 à 1894, a apporté sur ce sujet des données nouvelles. Voy. aussi une critique de ces études par Korzon dans la Revue historique de Lemberg, 1892. Voy. encore Nikitski, Esquisse d'une histoire de Pskov, Pctersb., 1873. Les sources principales du côté russe sont un récit de l'invasion dans les Lectures de la Société d'histoire, 1847, et divers documents dans les Ilist. Russiœ Monunienta, I, et dans le recueil de Kojalowicz, 1867. Du côté polonais : le Journal de l'abbé Piolrowski, publié d'abord par Kojalowicz et plus récemment par l'abbé Czuczvnski, Cracovie, 1894; divers documents publiés par l'abbé Polkowski dans le onzième volume des Acta Historica, Cracovie, 1887; les publications de Pawinski, dans le onzième volume des Sources historiques, Varsovie, 1881-1882; des documents publiés par la Bibliothèque Krasinski, édit. Janicki, Varsovie, 1881; les Archives de la maison Radziwill, Cracovie, 1885; les Archives de la maison Sapicha, Lemberg, 1892. La source principale se trouve ■cependant dans les gazettes et feuilles volantes du temps, dont il n'existe malheureusement aucune collection complète et quelques recueils partiels seulement dans les bibliothèques de Lemberg (Pawliliowstà), Kurnik et Wolfenhiiltel. Voy. à ce sujet H.\rsMA>N, Sludien zur Geschichte des Kœnigs Slephan, Dorpat, 18S0, et surtout VasiliÉv.ski, la Presse polonaise et allemande (Revue du ministère de l'Instr. publ., 1889' . Quelques indications dans divers mémoires de l'époque, parmi lesquels ceux de Muller, publiés dans diverses éditions allemandes de 1585 à 1606, et dans une édition polonaise de 1840, offrent le plus d'intérêt. — Pour les opérations suédoises : Lossirs, Die Urkundcn der Grafen de la Gardie, Dorpat, 1882. — Pour les négociations : Dogiel, Codex diplomaticus Rcçjni Poloniw et Maqni Ducatus Lithuaniœ, Vilna, 1758; Hist. Russiœ Mon., I; Journal des ambassades polonaises (Kniqa possolskaia.. . viélikavo Kniajestva LitovskavoJ, édit. Pogodine et

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