ROME ET MOSCOU
l'établissement de relations commerciales avec la Moscovie, s'emplovant en vain à combattre les résistances cl une diplomatie ombrageuse et vigilante. Les envoyés de Pie l\, Canobio, Giraldi, Bonifaccio, avaient été arrêtés au passage par le prédécesseur de Bathory. Sous Pie Y, en 1570, le nonce du pape en Pologne, Vincent del Portico, s était essavé déjà au rôle de médiateur entre Ivan et Sigismond- Auguste, en vue d'une ligue à former contre le Turc; mais à ce moment même l'envoyé d Ivan à Gonstantinople représentait son maitre comme fort bien disposé pour le sultan: on le sut à Piome et la lecture d un mémoire rédigé par Albert Schlichting. soldat d'origine prussienne échappé des prisons de Moscou après sept ans de captivité, contribua encore à refroidir le souverain pontife. En 1576, nouvel essai : obligé de quitter la Pologne à la suite de la double élection de Bathory et de Maximilien, le nonce Laureo s aboucha en Allemagne avec les deux envoyés russes, Sougorski et Artsybachev. Le nouveau légat du pape à la cour de 1 empereur, le cardinal Morone, participa à cette négociation, et, avec l'autorisation de Grégoire XIII, fit choix de Rodolphe Clenke, un savant doué d une constitution robuste et d un esprit aventureux, pour opérer le rapprochement que 1 on cherchait depuis si longtemps. Mais la Pologne veillait, et. au dernier moment. Maximilien s opposa au départ du mandataire désigné. En 1575 enfin, pendant la première campagne de Bathorv, le successeur de Laureo, Caligari, avait renouvelé sans plus de succès la tentative de Portico.
Maintenant le tsar prenait les devants. Leonti Istoma Ghévriguine, appelé à l'étranger Thomas Severingen, avait mission précisément de proposer cette ligue contre le Turc, dont Rome faisait la base de ses combinaisons mi-politiques, mi-rehgieuses et d en indiquer la con(htion [)reniière. Cette condition, c était la paix à conseiller et au besoin à imposer au roi de Pologne. Passant par Prague, où 1 empereur lui fit un accueil assez froid, Ghévriguine entra en relations avec le nonce pontifical et avec 1 envoyé de Venise. On a douté qu il
ait eu une commission quelconque pour la République : il ignorait jusqu'aux titres du doge et croyait que Venise faisait partie des États pontificaux. Mais il s était adjoint en route deux compagnons, Fun Allemand de Livonie, Guillaume Popler, l'autre Italien de Milan, François Pallavicini, qui, avec plus de connaissances, avaient beaucoup d'imagination. Flanqué de ces acolytes, il alla à Venise et présenta au doge une lettre du tsar, forgée par lui, comme le croit le Père Pierling (^Z-a Russie et le Saint-Siège, II, 14 et suiv.) pour se créer un titre aux largesses de la Seigneurie, ou fabriquée à Rome, comme le suppose M. Ouspiénski (Relations de Rome avec Moscou. Journal du min. deVinstr. publ., août 1885), pour associer la République à l'œuvre de propagande religieuse qu'on espérait cette fois inaugurer.
L'ambassadeur improvisé ne se mit pas d'ailleurs en grands frais de diplomatie. Il savoura les politesses qui lui furent prodiguées, parla vaguement des relations commerciales à établir, en indiquant de façon assez obscure la voie de la mer Caspienne et du A^olga ; ne laissa pas de trahir, en bavardant trop, la détresse dans laquelle se trouvait son maître et se hâta de gagner Rome, où il arriva le 24 février 1581.
Il fut d'abord le bienvenu et mieux traité que ne le méritait son rang de simple courrier (goniétsj. La lecture de la lettre, authentique cette fois, qu'il apportait de la part de son maitre jeta cependant un froid. Le tsar y exprimait le désir que le pape ordonnât à Bathory de » renoncer à l'alliance musulmane et à la guerre qu'il faisait aux chrétiens » ; mais le message restait muet sur la question religieuse. Ivan demandait beaucoup sans rien offrir et on savait à Rome à quoi s'en tenir sur la participation de la Porte à la guerre en cours. La tentation était cependant trop grande d'entrer en matière de quelque façon que ce fût, et on décida d'envoyer à Moscou un mandataire, qui remettrait en due place les termes du problème à résoudre : union religieuse d'abord et entente politique ensuite. Il est possible, comme on l'a supposé, que les influences polonaises n'aient pas été étrangères à l'adop-