‹ Ivan le TerribleChapitre 193 sur 228 · DISPUTE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DISPUTE RELIGIEUSE

capillaire : il ne se coupait pas la barbe ni ne se rasait. Mais déjà Ivan se trouvait piqué au jeu, et, son tempérament l'emportant, il allait redoubler les coups et mettre son adversaire tout à fait mal en point. Fort adroitement, il rejeta le débat sur une question où il pouvait prendre tous ses avantages et qui, d'ailleurs, constituait le nœud des controverses engagées entre l'Orient et l'Occident : celle de la primauté du pape. Les papes des premiers siècles, les Clément, les Silvestre, les Agathon, étaient toujours vénérés comme des saints par l'Église moscovite; mais leurs successeurs qui, reniant la pauvreté et l'austérité des chrétiens primitifs, vivaient au milieu d'une pompe dont Ghévriguine demeurait étonné; qui, se faisant porter sur un trône, mettaient sur leurs hottes le sione auguste de la croix; qui, oubliant toute pudeur, se livraient publiquement aux plus honteuses débauches; ces pontifes d'un nouveau style devaient être considérés comme déchus de leur dignité primitive. En vain, Possevino faisait-il des signes de détresse en essayant d'interrompre ce torrent d'invectives. Il avait été prévenu : tant pis si la dispute tournait mal pour lui et pour son maître! Comme tous les orateurs de son espèce, Ivan n'était plus maître de sa parole, et le jésuite tentant une timide apologie, il lui cria : « Ton pontife romain n'est pas un pasteur, mais un loup! "

— Si le pape est un loup, je n'ai plus rien à dire.

Reproduite dans la version russe, cette réplique, de même que l'outrage qui l'aurait provoquée, ne se trouve pas dans le récit de Possevino qui a été publié fMoscoviaJ . Il parait cependant que le manuscrit porte mention de l'incident. (Piehung, loc. cit., II, 169.)

D'après la version russe toujours, la discussion aurait pris fin là-dessus, Ivan congédiant le jésuite avec des j)arolcs plus douces et s'empressant aussitôt après de lui envoyer des mets de sa table. Possevino veut au contraire que le débat ait continué et pris même dans la suite une tournure encore plus vive, si bien qu'à un moment le tsar se serait trouvé sur 4e point de frapper son interlocuteur avec le redoutable épieu

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que nous connaissons, tandis que les Moscovites présents parlaient de jeter le jésuite à l'eau.

De toute façon, on se sépara sur une assez mauvaise impression; et, appelé de nouveau au palais quelques jours après, le 23 février, Possevino ne montra aucun désir de reprendre l'entretien. De lui-même maintenant, comme pour témoijOfner quelque regret de sa vivacité, le tsar l'engagea à présenter un mémoire sur les divergences existant entre les deux Eglises; mais, sans doute, le jésuite s'était convaincu que ce serait peine perdue ; il se contenta d'adresser au souverain un exemplaire latin du livre de Gennadius sur le concile de Florence et crut en avoir fini avec ce sujet trop périlleux. C'était compter encore sans l'humeur volontaire et capricieuse du grand despote. Elle lui réservait une surprise.

Au sujet de ce dernier épisode, les témoignages sont de nouveau en contradiction. D'après la version russe, Possevino exprimant le désir de visiter une des églises de la capitale, le tsar l'aurait engagé à l'accompagner à un office qui allait déployer à son intention toutes les pompes du culte orthodoxe; sur quoi, après avoir d abord accepté l'invitation avec empressement, le jésuite se serait avisé ensuite de vouloir devancer le souverain à l'intérieur du temple. Gomme une dispute éclatait à ce propos, pour y couper court, le tsar ordonna de ramener le légat au palais et de reprendre avec lui la discussion des affaires politiques demeurant à l'ordre du jour. D'après Possevino, l'invitation aurait été absolument inopinée et il l'aurait simplement déclinée, en s'esquivant, tandis que les boïars cherchaient à l'entraîner du côté de l'église. Les deux récits présentent sans doute une part égale de vérité et d'invention. Le probable est que le jésuite aura manifesté une curiosité très naturelle, mais se sera refusé à nue mise en scène compromettante. Et le certain, à travers toutes les contradictions et toutes les obscurités dont ce chaj)itre d'histoire demeure entouré, est l'avortement définitif (l'iine tentative à laquelle Rome avait cru devoir sacrifier les intérêts de sa clientèle polonaise. Le 11 mai 1582, Possevino

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