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LA CONQUÊTE ET LA COLONISATION

Dans les documents d'ori(jine russe le nom de la Sibérie n'apparait que vers la seconde moitié du quinzième siècle, et, à ce moment, il n'était appliqué qu'à une partie du gouvernement actuel de Tobolsk, occupée jusqu'au seizième siècle par des khanats tatars. Mais, bien avant ce temps, les Russes avaient découvert le chemin conduisant aux hauts plateaux de l'Oural; puis, franchissant la chaîne, s'étaient lentement portés du bassin de la Piétchora dans le bassin de l'Ob. Au onzième siècle déjà, un serviteur du patricien de Novg^orod, Giouriata Rog^ovitch, atteignait la montagne et, en 1364, une

1885; Jmarine, Documents pour la polémique contre le catltolicisme eu Jtussie (Bévue du ministère de l'Instr. pub., octobre 1880) ; Ocmanikts, la Pologne dégénérée, Pétersbourg, 1872. — Pour le traité de lam-Zapolski, en dehors de l'ouvrage du P. Pieiling : OcspiÉnski, les Négociations pour la paix entre la Moscovic et la Pologne, Odessa, 1887; ZAKnzEWSKi, les lîeltitions entre le Saint- Siège et Ivan le Terrible, Cracovie, 187V; compte rendu de cet ouvrage dans la Hist. Zeitschrift, vol. XXIX, 1875. Parmi les sources : le Journal des ambassades polonaises (Kniga Posolstva vicliltavo Kniajestva Litovshavo), ^loscou, 1843 ; KojALOWicz, Journal de la dernière campaane de Bathory, Saint-Pétersbourg, 1867; \e Journal de l'abbé Piotronisla, loc. rit; les Behitions des nonces... sur la Pologne, Berlin, 1864, 2 vol., etc..

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expédition, organisée par Fentreprenante république, toucha au fleuve. Au siècle suivant, les Novgorodiens en arrivèrent à des relations suivies, politiques et commerciales, avec la lougra: on appelait ainsi, du douzième au quatorzième siècle, les terres situées à l'ouest de l'Oural, et, au quinzième siècle, on désig^na de même le versant oriental de la chaîne. Les lougritchy pavèrent à la république un tribut annuel en pelleteries et même en argent. Le métal provenait sans doute de certaines exploitations primitives qui, désignées sous le nom de mines finnoises fTchoudskiié KopiJ, ont récemment encore guidé les prospecteurs dans leurs recherches.

Après l'annexion de Novgorod, les grands-ducs de Moscou continuèrent l'œuvre ainsi commencée, mais en lui imprimant le caractère militaire qui était dans leurs traditions. En 1472 fut opérée la conquête de la terre de Perm ; en 1483, une armée, commandée par le prince Fédor Kourbski, le }soir, et par Ivan Ivanovich Saltyk-Pravine, franchit 1 Oural, et, par la rivière Tavda qui se déverse dans le Tobol, affluent de l'Irtvch, puis par l'Irtych lui-même, atteignit la Sibérie et pénétra dans le bassin de 1 Ob. Les princes de la loiujra et de la Vogoula, ainsi que le prince sibérien Latvk, firent acte de soumission, allèrent à Moscou et acceptèrent de payer un tribut au grand-duc, qui ajouta à ses titres celui de souverain de la lougra, mais dut, en 1499, renouveler, avec le même succès d'ailleurs, cette prise de possession À main armée.

Les avantages ainsi obtenus ne répondaient que très imparfaitement au but à atteindre. Après la prise de Kazan et d'Astrakhan, d'autres tributaires s'offrirent en masse, et, dans leur nombre, le prince sibérien ladiger, possesseur d'un iourt tatar au milieu de la province actuelle deTobolsk. où il comptait trente mille sujets. Mais les engagements contractés n'étaient guère tenus : en 1556, sur trente mille peaux de martre promises — une par tête d habitant — ladiger n'en livra que sept cents! Il s excusait sur les violences et les exactions qu'il avait à souffrir de la part de ses voisins, contre lesquels le tsar lui avait promis assistance et protection. Or,

bataillant entre eux, les princes tatars ne se laissaient pas facilement dompter ni même atteindre : serrés de jprès, ils s enfonçaient dans le steppe et s assuraient l'impunité en acceptant, eux aussi, la souveraineté de Moscou avec les mêmes obligations auxquelles ils ne faisaient pas mieux honneur.

Quand Ivan se trouva absorbé par son entreprise livonienne, les choses se g^àtèrent tout à fait, et un dernier envoyé du tsar, mi-ambassadeur, mi-percepteur, fut tué. Un résultat effectif et durable ne pouvait être atteint dans ces parages que par une conquête d'un autre genre, pour laquelle l'empire moscovite ne manquait pas d'éléments.

La mobilité demeure aujourd'hui encore un des traits les plus caractéristiques de la race qui a peuplé les imiTienses espaces de l'est européen et du nord-ouest asiatique, et j en ai indiqué déjà les raisons (p. 31). « Le poisson cherche où l'eau est plus profonde et l'homme où la vie est meilleure » : ce proverbe traduit de façon expressive une tendance qui est le secret de la grande œuvre de colonisation accomplie par le peuple d'Ivan le Terrible et de Pierre le Grand.

Pour cette œuvre-ci, le bassin de la Piétchora, base des entreprises militaires renouvelées jusqu'au seizième siècle, n'offrait pas de ressources suffisantes : des industriels seuls v eussent trouvé leur compte et les nomades de Moscovie étaient des agriculteurs. A une famille de simples particuliers échut l'honneur d'imprimer à l'expansion nationale un caractère plus utile et un sens plus favorable, en faisant appel au puissant courant d émigration qui en constituait la véritable force et en le dirigeant sur le bassin de la Kama.

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