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L'EGLISE ET L'ÉTAT

du nouveau pouvoir. Le métropolite Cvrille alla établir son sièg^e à la cour même des Khans. Une charte accordée gracieusement par Menxjou-Timour, des iarliks abondamment distribués par ses successeurs, récompensèrent cette attitude. Mais les faveurs ainsi obtenues comportaient une abdication entière de 1 ancienne indépendance, et, quand Moscou eut recueilli 1 héritage des despotes asiatiques, le pli était pris. Les oukases succédèrent aux iarliks et réclamèrent la mémo soumission.

D'ailleurs, après avoir coopéré dans le sens que j'ai indiqué à la constitution de l'unité nationale, lÉ^^lise n hésita pas à s'y associer encore en travaillant à la destruction des apanages. La division du pays gênait en effet 1 exercice de son autorité. Mais 1 entreprise politique ainsi poursuivie en commun amenait fatalement la confusion des deux éléments associés, et la subordination du plus faible au plus fort. L'omnipotence conquise par Moscou consacra ce résultat, en même temps que la rupture avec Gonstantinople privait l'Eglise ainsi progressivement subjuguée de ce caractère international et de ce point d appui extérieur qui ont fait la fortune du catholicisme et qui demeurent sa meilleure garantie contre les entreprises du despotisme civil. Quand, dès la fin du seizième siècle, la collation des dignités ecclésiastiques et des bénéfices se trouva, en fait, ici, à la discrétion du souverain, cet état de choses ne fut la conséquence d'aucun concordat. Il résulta du jeu naturel des institutions, conjuguant, mêlant de façon inséparable les deux ordres d intérêts et de pouvoirs. Gomme protecteur éminent de 1 orthodoxie, dès la fin du quinzième siècle, le souverain convoquait ici les Conciles, et, dans ces assemblées, concurremment avec les questions intéressant la foi ou le culte, étaient discutées aussi les affaires de l'État. Réciproquement, les hauts dignitaires ecclésiastiques furent fréquemment invités à prendre place dans les Conseils laïques du souverain, dans la Douma, et ils v participaient aux délibérations. De là à se trouver enrégimenté avec tout le monde dans la grande

armée des sloujlyié sous la loi commune du service il n'y avait quun pas. Le clergé régulier même n'y échappa pas. Outre que les archimandrites et les ihoumènes de quelques monastères prenaient siège, eux aussi, dans les Conciles comme dans les Conseils, les moines de ce pays, imitant leurs frères de rOccident, s'avisèrent assez tôt d'en appeler au souverain contre l'autorité épiscopale, ainsi que les autres faisaient au Pape; et le souverain s'y prêta volontiers jusqu'au moment où il se sentit assez fort pour simplifier ces rapports — en centralisant la juridiction correspondante dans un de ses bureaux civils.

De la déchéance où les faisait tomber ainsi une commune destinée, 1 un et l'autre clergé eussent pu assurément se relever par la seule vertu de leur ministère ; mais il eût fallu pour cela que la valeur intellectuelle et la dignité morale répondissent, chez les chefs tout au moins, au prestige de leur fonction, et que, chaleur et lumière, la flamme des vocations augustes s'allumât et brillât aussi haut dans les foyers de cette église autocéphale que dans ceux de 1 Occident, où, jusque dans les désordres de Rome, les Léon X et les Pie V lui donnaient un rayonnement universel. Hélas! les Cyrille et les lona n avaient pu, ici, retrouver l'étincelle divine sous les cendres de Byzauce.

Sous Ivan III, le haut clergé séculier résistait encore. Une querelle d ordre liturgique mettant aux prises le Grand-Duc et le Métropolite, celui-ci abandonnait sou siège, laissait les églises sans consécration, et obligeait ainsi le souverain à un u battement du front » repentant. Mais quand, sous les successeurs de ce souverain, encore mal affermi dans son rôle de maître omnipotent, pour résister au despotisme triomphant, il fallut plus que la conscience d une dignité outragée; quand saint Philippe, dont j aurai à dire le martyre, eut scellé de son sang une profession unique d indépendauce et de fidélité aux traditions méconnues, sa voix ne trouva plus d écho, son exemple ne rencontra pas d'imitateurs; avec le reste du pays, l'Eglise entra dans le silence et dans la nuit, et la grande

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