‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 15 sur 91 · Célèbre critique allemand · texte numérisé non relu

Célèbre critique allemand

2. La Tentation de saint Antoine, parue quatre ans plus tard, en 1874.

oG IVAN TOUnCUEXEFF

bre (lebe ser feroz » dit un proverbe espagnol, et l'îirliste surtout. A'otre livre n'aurait-il empoigné qu'une dizaine de gens ayant une certaine valeur, que c'est déjà assez. Vous comprenez que je vous dis tout cela non pour vous consoler, mais pour vous exciter.

Je suis ici depuis une dizaine de jours, et ma seule préoccupation est de me réchauffer. Les maisons sont mal bâties ici, et les poêles en fer ne valent rien. A'ous verrez une toute petite machine de moi dans le n° de mars de la Revue des deux Mondes*. C'est bien peu de chose; je travaille à quelque chose de plus « conséquent », c'est-;i-dire je me prépare à travailler.

J'irai à Paris avant de retourner en Russie ; ce sera vers la fin d'avril. Nous nous verrons souvent. Si vous vovez Mme Sand, dites-lui mille bonnes choses de ma part. Saluez Du Camp et la famille Ilusson.

Je vous embrasse, et vous dis : Couratre ! Nous êtes Flaubert, après tout.

Votre I. T.

Londres, IG, Reauniont Street, Marviehone. G mai J87L

Heureusement, mon cher ami, heureusement la nouvelle est complètement fausse! Mme N. que je 1. C'est la nouvelle intitulée : Étrange histoire.

vois tous les jours, n'est pas plus morte qu'elle n'a 54 ans. Si la nouvelle avait été vraie, je crois que je n'aurais pas pu vous répondre. Maintenant je puis vous dire que votre lettre m'a bien profondément touché. C'est une vraie bonne chose de sentir qu'on a un ami véritable et je vous remercie de m'avoir prouvé ce sentiment-là.

Je suis ici depuis trois semaines. J'ai passé la fin de l'hiver et le commencement du printemps en Russie. Je reste ici jusqu'au 1" août, et puis je vais à Bade. En traversant la France je m'arrêterai à Paris, s'il y a encore un Paris dans ce temps-là, et j'espère bien vous voir. Peut-être viendriez vous à Bade, où nous vivrons pendant peu de temps, cachés comme des taupes dans leurs trous. Et vous pourriez vous y cacher avec nous ; mais auparavant donnez-moi de vos nouvelles.

Avez-vous jamais reçu unelettre que je vous ai écrite au commencement de l'année ? Qu'avez-vous fait pendant tout cet affreux orage ? Etes-vous resté à Croisset? Avez-vous pu, malgré toute votre force d'isolation et de concentration, avez-vous pu ne pas être secoué comme ces brins de paille, qui tournoient d'une façon si tristement effarée et inutile dans les portes ouvertes des granges ? Avez-vous travaillé, ou bien vous a-t-il suffi de traîner la vie — vive et lourde — d'un moment à l'autre, eh? Nous avons de rudes moments à passer, nous autres, spectateurs nés. Que fait Antoine ? Il s'est incrusté dans mon esprit.

Je suis en Angleterre, non pour le plaisir d'y être, mais parce que mes amis ', à peu près ruinés par cette guerre, y sont venus pour tâcher de gagner quelque argent. Les Anglais ont du bon pourtant, mais ils mènent tous, même les plus intelligents, une vie bien dure. 11 faut s'y faire, comme à leur climat. Et puis où aller.

Que fait Mme Flaubert ?Rappelez-moi à son bon souvenir. Avez-vous quebjucs nouvelles de Du Camp? 11 a disparu dans la tourmente comme tant d'autres. Ecrivez-moi deux mots. Encore une fois merci d'avoir celte affection pour moi. .le vous embrasse de toute la force de la mienne.

Votre ami,

Iv. TounnuÉNEFF.

p. s. — Inutile de vous dire que je n'ai votre lettre qu'aujourd'hui même.

J^ondres, 1(3, lîeaumont Street, Marylebone. Le 13 juin liS71.

Mon cher ami.

Si je ne vous ai pas répondu plus tôt, c'est que je n'en avais pas le courage; les événements de Paris m'ont stupéfié. Je me suis tu, comme on se tait en chemin de fer quand on entre sous un tiiiiiiel ; le tapage infernal vous remplit et vous

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