La Conquête de Plassans
2. C est par lintermédiaire de Tourguéneff que Zola en!ra au Messager de CEurope, revue publiée à Saint-Pétersbourg, comme correspondant de Paris, et y écrivit, depuis 1874, pendant plusieurs années.
IVAN TOtR(;tEXEFF
(loivcnl se sentir presque dans la forme des lettres des mots que j'écris. Ce n'est ni bizarre, ni intéressant. Quel chien d'estomac, et quelle clùenne de politique dans ce moment! ! Ilein? (|u'en ditesvous? Ni vcuis ni moi nous n'aimons qu'on en parle, mais le moyen de ne pas pousser au moins un Oh! ou un Ha !
Je pense avec plaisir au moment où nous pourrons reprendre nos petits dîners si gentils d'auteurs dramatiques.
En attendant, si cette lettre vous trouve peiché sur un glacier (juclconque du Uighi, rafraîchissezvous à force ! Quant à votre gentillissime nièce, faites-lui mes meilleures amitiés. Je vois bien (|ue je ne la verrai pas en Russie.
Etude de compatriote, vu par ni;iuni:RE.
[le 16 Juin, par 16 degrés de chaleur.)
Là-dessus (pas sur ce derrière), je vous embrasse, et vous dis au revoir.
Votre vieux
Iv. TOURGUÉXEI K.
n'APni-S SA CORRESPONDANCE '^
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'^AX TOUIiGlÉXEM-
iAloscou, boulevard Piotrhisienski au Comptoir des Apanao-es ' Dimanche, 12 juillet/30 juin 1874 .
Mon cluM- nnii,
J'ai reçu votre lettre du Righi nu montent où. penihiement hissé sur deux ],.->quilies, je me Iburi-a.s clans une voiture pour quitter la campao-ne et venir .ci. Je ne me suis cassé aucun meml.re, comme vous pourriez le supposer: mais Tair natal qui fait tant de bien aux Marseillais, m'a redonné un accès de goutte, et cette (ois aux den.r pieds, m'a cloué dans mon lit pendant quinze jours, et ne m'a pas encore lâché! Vous dire que cela me lait voir la vie en rose, ou en bleu d'azur Cje pense a votre rêve sous le ciel de la Suisse), serait dire un aros mensonge. Infirmités, dégoût lent et Iroid, Jhn- |">n pénible des souvenirs inutiles. Voila, mon ;on vieux, la perspective qui s'o/rre a h, vue de li^omme ayant passé la cinquantaine. Et par-dessus et au delà de tout cela, la résignation h •"nrasr. résignation. Cette préparation à la mort. A ssez !
Jo V.US „K-I„.,- ,lo file- „„ssi Vil,, que jo po„r,.a;
ers K,„.lshad. l.a. .„ ,e K où v„.,s vous „.,H„„- "-■'-. ~ m,„s sur K en Bohème, où je vais ,esler
;;.'"' '"'""'""El en automne, plus Urdl nous
v.n,ns.|.ou,. le m„,„e„i je „e veux faire aueun
d'apuès sa correspondance 81
plan — pas de plan agréable surtout, je craindrais de me flanquer \ix jettaliira à moi-même.
Vous ne m'avez pas l'air de vous amuser, sur ces sommets sublimes, chantés par Haller et Rousseau? Il faut l'avouer, le peuple qui vit le plus constamment en face de ces sublimités — je parle des Suisses — est bien le peuple le plus lourdement ennuyeux et le moins doué que je connaisse. D'où vient cette anomalie .' dirait un philosophe. VA peutêtre n'est-ce pas du tout une anomalie? Quelle serait là-dessus l'opinion de Bouvard et Pécuchet? Je suis enchanté que vous ayez enfin trouvé un site, ou plutôt le site, mais plus j'y rêve, plus c'est un sujet à iYixilev presto, à la Swift, à la Voltaire. Vous savez que ça a été toujours mon opinion.
Votre scénario raconté m'a semblé charmant et drôle. Si vous vous appesantissez là-dessus, si vous êtes trop savant.. .
Enfin vous avez les mains à la pâte. La Conquête de Plassans de Zola a été traduite en abréaé dans un journal russe ; plus tard on traduira in extenso. On l'aime en Russie.
Si vous profitiez de votre glacière du Righi pour inventer quelque chose de passionné, de toride, d'incandescent? Hein ? C'est une idée, ça! Mais surtout rafraichissez-vous vous-même. ^lalheureusement, chez certaines natures, l'ennui fouette et agite le sang. Revenez-nous pâle et monochrome, comme un vers de Lamartine.
J'ai de bonnes nouvelles de mes amis de Paris
et de Bougival. Cela luc met du l)aume dans le sang.
A propos de politique... Vous aurez un bon sahre inglorieux pour vous gouverner pendant 7 ans, et vous verrez qu'il finira par gouverner tout seul, sans Chambres. Cela me fait penser qu'il la campagne (où j'ai une très bonne bibliothèque) j'ai lu dans la collection intitulée : Choix de rapports, prononcés à la tribune française depuis 1789 Jusfju\'i 1821, le discours de Robespierre sur la question : Louis XVI, doit-il être jngé? Il m'a paru admirablement beau ! i^Ius tard, vers la fin de sa carrière, Robespierre s'est gâté; il a donné dans le sentiment et les grandes phrases émues et ronflantes, mais il avait du bon, ce gaillard-là!
Au revoir, mon ami, probablement à Croisset, au mois de septembre, bien portants tous les deux espérons-le!
Je vous embrasse.
Votre vieux
Iv. 'foilUU'KXKrK.
P. S. — htes-vous bien sur que ce soil Karlsbad oîi vous êtes ? Vous écrivez deux fois : Karltbad, mais c'est un nom impossible. Je vais (ignoler sur l'adresse.
]>()ii<;ival, los l'rcnes.
Liiiuli, 1 1 ocl. 75.
La vue de votre écriture, mon bon vieux Flau-
d'après sa correspondance 83
bert. m'a fait le plus grand plaisir, et la lecture de votre lettie encore plus : — Vous revenez sur l'eau, et vous faites — j'allais dire des plans littéraires ! ! Enfin vous vous amusez à penser que vous allez travailler. C'est bien, ça, et je suis sûr que vous nous donnerez trente pages.
Les Frênes.
Mercredi, 15 cet. 75.
J'en étais là de ma lettre, mon bon ami, quand quelque chose est venu l'interrompre, et voilà que je la retrouve dans mon buvard, à ma grande surprise : Je la croyais partie depuis longtemps. Je me traite de grand imbécile et je reprends.
Je dis donc que je suis content de l'idée des 30 pages. Je viens aussi de promettre à mon éditeur russe un récit de 30 pages (2 feuilles d'impression) pour le 26 novembre — dernière date. — Rt je n'ai pas encore le premier mot dans la tète. Mon grand roman étant un peu renvoyé aux calendes grecques, plus encore que B. et P'. Mon éditeur me demande avec des cris d'aigle : Quelque chose ! Et me voilà engagé. Voyons qui de nous deux arrivera premier?
Hélas, oui, nous sommes vieux tous les deux, mon bon ami. C'est indiscutable. Tâchons au moins de nous amuser comme des vieux. A propos, avezvous lu dans la République Fi-ancaise (du 10 ou du 1 i) un feuilleton intitulé a le Suicide d'un Enfant )>