‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 17 sur 91 · Evidemment rO«c/e Sam, représentée le 6 novembre · texte numérisé non relu

Evidemment rO«c/e Sam, représentée le 6 novembre

76 IVAN TOURGUÉNEI I-

vraiment avoir du guignon, à moins que vous ne vouliez venir vous-même avec le manuscrit. Ou bien attendons une couple de jours, ces sortes de rechutes ne durent guère plus de 48 heures. Me voilà donc bien penaud, et je vous serre la main avec désappointement.

Votre vieux

Iv. TOURGIÉNEFF.

Spasskoié, Gouv*^ d'Orel,

Ville de Mtsensk.

Mercredi, 17/5 juin 1874.

Mon cher ami,

Je vous écris du ("ond de mon sac, où je suis arrivé le matin et où je trouve votre lettre du l''''juin. Elle a mis du temps, comme vous voyez, mais ce n'est pas de sa faute, ni celle de M. Viardot. Je ne croyais pas rester si longtemps à Pétersbourg et à Moscou et j'avais donné un itinéraire, ou plutôt un arrangement, de mon temps (jui se trouve être inexact. Ce qui est ennuyeux, c'est ([ue v(uis ne serez plus :i Croisset à partir du 20, c'est-ii-dire ii partir d'après-demain, et que cette lettre aura ii courir après vous. Elle vous rattrapera, j'en suis sur, et pourtant cela glace tant soit peu ma plume.

Ce n'est pas la première fois que je vous écris d'ici — et vous connaissez l'endroit : c'est vert, doré, large, monotone, doux, vieillot et tenl-

D APRES SA COBRESPONDANCE / /

blement immobible — un ennui patriarcal lent et enveloppant. Si je puis travailler je resterai ici quelques semaines, si non, je pars comme une (lèche pour Carlsbad, et de là pour Paris. Mon séjour en Russie n'a pas été inutile, en tous cas; j'ai trouvé à peu près ce que je cherchais; il est vrai que je suis moins, beaucoup moins exigeant que vous. A'ous l'êtes trop.

Vous êtes content du roman de Zola?' Je lui ai écrit; j'ai arrangé son allaire pour l'avenir. Ce n'est pas grand'chose, mais autant cela que rien -. Il a été fort lu en Russie et traduit; on vient de publier sa Curée.

Antoine n'est décidément pas pour le gros public; les lecteurs ordinaires reculent épouvantés, mémo en Russie. Je ne croyais pas mes compatriotes si mièi'tes que cela. Tant pis ! Mais Antoine après îout est un livre qui restera.

Je vous raconterai pas mal de choses qui vous feront rire une fois que je serai de retour, et dans votre bon cabinet de Croisset, Il y a des choses bien bizarres et intéressantes dans ma « cara patria n. Pour le moment, grâce à un léger abus de laitage, auquel j'ai cru pouvoir me livrer dans l'espoir que l'air natal ferait tout, je suis en proie h des coli(|ues d'une violence! Je crois qu'elles

Page 1