Bouvard et Pécuchet
218 IVAN TOVRGUÉNEFF
il m'annonce quil a dû revenir à franc étrier à Pétersbourg pour sauver sa revue qu'on voulait supprimer ! II y est parvenu, mais il ne pourra venir à Paris qu'au mois de décembre. En attendant, il tient fort à ce que je m'arrange avec vous et il m'a enenvové ses conditions. Il faut donc que nous nous voyons le plus tôt possible. Malheureusement j'ai perdu mon petit livre d'adresses et je n'ai, plus la vôtre. .le suis obligé de vous écrire par l'entremise de Charpentier. Je dois aller demain à Paris; mais vous n'aurez pas encore reçu ma lettre, peutêtre, et samedi — quoique tout boiteux encore — je m'en vais chez ma fille (auprès de Châteaudun , où je dois rester jusqu'il mardi.
J'ai conscience de vous faire venir par ce mauvais temps a Bougival. Voilà ce que je vous piopose: Si Charpentier vous envoie cette lettre demain matin, venez à 2 heures à la rue de Douai, ou bien donnons-nous rendez-vous mercredi à il heures au Café Riche, par exemple, pour y déjeuner ensemble. C'est entendu nest-ccpas? Demain ou mercredi.
J'ai rapporté un exemplaire de la traduction de la Curée. h?L Conquête de Pla.ssans a eu deux traductions, deux abrégés (comme ce que faisait Forgues dansla Revue des Deux-Mondes), trois ou quatre comptes rendus et autant d'articles de critique. On ne lit que vous en Russie.
Au revoir et mille amitiés.
Votre
Iv. TOURGIÉNEFF.
d'aI'RÈs sa CORliESPONDANCE 219
Bougival, Maison Halgan (près de l'église).
Jeudi, 1" octobre 1874.
Mon cher Zola,
Je suis revenu avant-hier de mon excursion à Châteaudun, et j'avais bien l'intention d'aller à votre rendez-vous d'hier, mais j'ai été repris dans la nuit par une neuvième rechute de goutte, et je vous ai écrit dès le matin une lettre adressée par Charpentier pour vous prévenir. Elle a été portée à Paris par le jeune G. Chamerot, le mari delà fille ainée deMme Yiardot, mais le commissionnaire auquel il avait remis cette lettre prétend n'avoir pas pu trouver le n°2i de votre rue, (l'adresse avait été donnée par Charpentier), de façon que vous avez dû faire une course inutile et m'attendre au café. Je vous en demande bien pardon.
J'ai passé toute la journée d'hier dans mon lit, et je ne sortirai pas avant 3 ou 4 jours. Cependant je voudrais vous voir et causer avec a'ous de notre affaire. Si cela ne vous ennuie pas trop, venez demain, vendredi, entre le déjeuner et le dîner, ici. Il faut prendre la gare St-Lazare. Le train part toutes les heures 35. Arrivé à la station de Rueil, vous prendrez l'omnibus américain qui vous mènera à Bougival (ne prenez pas celui qui ne va qu'à Rueil), et puis vous aurez cinq minutes de
marche jusqu'à la maison Ilalgan, qui se trouve derrière l'église.
Je serais bien content de vous voir. En attendant, je vous serre la main.
Votre
Iv. TOURGUÉXEFF.
P. S. — Je vous ai envoyé un télégramme hier soir.
Bougival,
Maison Halgan (près de l'église).
Samedi, 3 octobre 1874.
Mon cher Zola,
Certainement que je serais enchanté de voir Charpentier, mais voici ce que je vous propose. Je vais mieux et lundi je pourrai aller à Paris. Voulez-vous faire lundi ce que nous devions faire mercredi dernier et venir avec Charpentier au Café Riche, h 11 heures? Si quelque diaijlerie se mettait de nouveau en travers, je vous télégraphierais, maintenant que je sais votre adresse.
A bientôt, dans tous les cas, et mille amitiés.
Iv. TOURGUÉNEFF.
P. S. — Si vous ne pouvez venir lundi, voulezvous mercredi? Si vous ne m'écrivez pas, je saurai que ça veut dire lundi.
d'après sa correspoxdaxce 221
50, rue de Douai.
Mardi, (février, 1875).
jNIon cher ami,
Je vous remercie de l'envoi de votre article sur A. Dumas '. Il me mettra encore un peu plus mal avec lui, mais cela m'est très indifférent. Je voudrais vous faire dîner (vous et Flaubert) avec Saltykov". La bouillabaisse de l'autre jour m'a laissé une si profonde impression que je ne serais pas éloigné de recommencer vendredi au même endroit. Cela vous va-t-il? Ecrivez-moi un mot. J'en parlerai aujourd'hui à FI. Je n'ai pas pu venir dimanche.
Je vous serre cordialement la main.
Tout h vous
Iv. ToURGUKNEFF.
p. s. — 11 est entendu que c'est moi qui donne le dîner.
50, rue de Douai.
Jeudi, 25 février 1875.
Mon cher ami, Votre paquet est parti le jour même où je l'ai
1. Cet article a paru dans le Messager de l'Europe (mars i875) sous le titre : Un Nouvel Académicien, à propos de la réception à l'Académie française de A. Dumas fils.
2. Le célèbre satirique russe connu sous le pseudonyme de Stchédrine.
eu, c'est-à-dire hindi. Il viendra encore à temps, je l'espère. Attendons la réponse.
J'ai une matinée littéraire et musicale (russe, une chose de bienfaisance) pour samedi et j'ai tant de besogne que la tète me tourne.
Je viendrai pour sur dimanche chez Flaubert. Vous y viendrez aussi?
Tt)ut à vous
Iv. TOLRGIÉXEFF.