La faute de l'abbé Mouret
21G IVAN TOURGVÉNEFF
Carlsl)ad, Konig von England.
Lundi, 11 août 1874.
Mon cher Zola,
Quelqu'un a dû nie jeter un mauvais sort: Voilà trois mois que je roule de a chute en chute ». Après avoir souffert mort et martyre dans la « carapatria» me voilà repris de plus belle par la patte, ici à Carlsbad! J'en ai assez comme cela et dès que je pourrai me mettre en mouvement, je filerai sur Paris et de là sur Bougival. SouflVir pour souffrir, je serai là au moins chez moi.
Je n'ai pas oublié vos intérêts et mes promesses. J'ai eu des entretiens à fond avec l'éditeur de la revue russe [le Messager de VEuropc)^!. Stassulcvitch. Je pourrais vous transmettre par le menu ses propositions, qui sont fort acceptables; mais comme il doit venir à Paris au mois de septembre (vers le 10 ou le 15), je préfère vous faire faire sa connaissance et alors nous traiterons de tout comme des ffens saofes et raisonnables '. Vous serez à Paris à cette époque, n'est-ce pas? Ecrivez-moi un mot h Bougival (Seine-et-Oise) Maison Ilalgan; près de l'église. J'espère y être dans une semaine, si le
1. On a vu dans ma prrfaop que Tourpcuéneir s'était ai-tivenient entremis pour assiiror à Zola une collaboration rt-gulière et rémunératrice à une publication russe. Cette lettre, ainsi (jue les suivantes, a Irait à ses démarches auprès du directeur d'une revue où il écrivait lui-même.
d'après sa correspondance 217
diable (car la goutte n'est pas autre chose) ne s'en mêle.
Je vous rapporte une traduction de la Curée horriblement mutilée par la censure. La Conquête de Plassans a été donnée en résumé par un journal — le Journal (russe) de St-Pétersboiwg^ — un autre [la Gazette de Moscou) donne la traduction entière dans un feuilleton.
Je vous souhaite bonne santé et du travail. Le sujet de votre nouveau roman ' est scabreux — je veux dire : difficile — mais vous parviendrez à le mater! Vous êtes un piocheur et vous n'avez pas la goutte.
Mille amitiés et au revoir,
Iv. TOURGUÉNEFF.
p. s. — J'ai reçu une lettre de Flaubert. Il est à Croisset et s'apprête à entamer son roman ^.
Bougival, Maison Halgan (Seine-et-Oise;.
Mercredi, 23 septembre i87'i.
Mon cher ami, Il y a trois semaines que je suis revenu ici, toujours souflrant de la goutte. (Maintenant, cela va mieux . J'attendais pour vous écrire l'arrivée de Stassulevitch (l'éditeur de la revue dont je vous ai parlé), et voici que je reçois une lettre par laquelle