‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 54 sur 91 · XXVI II · texte numérisé non relu

XXVI II

Paris, 50. rue de Douai, vendredi, 18 mai 1877.

Mon cher Zola,

.l'ai toujours encore à supporter cette maudite goutte qui ne veut pas me lâcher déiinitivemcnt. Cependant j'espère pouvoir partir vers le milieu tle la semaine prochaine.

Je vous renvoie vos deux feuilletons manuscrits. S'il est possible je \iendrai demain chez Flaubert et je vous v verrai. Mais j'ai, dès à présent, une demande à vous faire : pouvez-vous m'envoycr une carte photographique de vous avec cette insciiption de votre main :

.1 Madame Sainarski-Bijklioi>elz.

Paris 1811. E. 'Lola.

C'est une grosse dame qui habite Pétersbourg et qui vous adore ; vous la rendriez parfaitement heureuse, et par contre-coup elle me comblerait de sa reconnaissance. C'est du reste une très excellente personne qui mérite ce petit sacrifice. Faites-le, je vou'ï en saurai gré.

Et la visite à S. Berlhoud, a-t-elle eu lieu .'

Mille amitiés et au revoir peut-être.

Iv. Tolr(;léneff.

d'après sa corhesponuaxce 241

Saint-Pétersbourg, ce 21/9 juin 1877.

Mon cher ami,

Il y a quinze jours que je suis ici et je me fais l'effet d'être tombé dans une chaudière pleine d'eau, où je bous avec tous les autres. (Prenez cette phrase au figuré, car, à un autre point de vue, il fait ici nn froid à me faire regretter de n'avoir pas emporté ma pelisse!.

Je reste encore un mois en Russie, puis je retourne dare-dare à Bougival, où je vais m'enicrmer jusqu'à l'hiver.

Je n'ai pas tenu ma promesse, et je ne vous ai pas envoyé àe sujets avant de quitter Paris ; je vous prie bien de m'excuser. Mais il me semble que vous aviez un sujet pour le mois de juillet. On a été extrêmement content ici de votre article sur les militaires ; vous êtes, comme par le passé, le grand favori. ) Quant au sujet d'article pour le mois cVaoïU, il m'est venu ici une idée. Si vous ne pensez pas faire une étude sur les coulisses du journalisme parisien, comme je l'avais écrit à Flaubert, — je ne sais s'il vous a transmis ce passage de ma lettre, — vous feriez peut-être bien de nous envoyer une espèce d'idylle sur le midi de la France, où vous êtes, une description de la manière de vivre, etc., etc., des méridionaux. Comme contraste, cela

242 IVAN TOURGUIÎNEFF

ferait un excellent efl'et, et je m'imagine que vous vous en tireriez parfaitement et que cela vous amuserait à faire. Pensez-y^.

Je suppose que vous vous êtes remis au travail et je vous souhaite santé, repos et quiétude d'âme, autant que cela est possible dans l'état actuel de la France.

Stassulevitch vous fait dire mille choses aimables, et moi, je vous serre cordialement la main, et vous prie de me rappeler au bon souvenir de Madame Zola. Je vous écrirai dès mon retour en France.

Votre tout dévoué

Iv. TOURGUÉXEFF.

p. s. — Je crois avoir arrangé l'affaire de votre ami de Londres, quoique autrement que je ne l'avais supposé.

Bougival (Seine-et-Oise), 16, rue de Mesmes.

Mercredi il juillet 1877.

Mon cher ami,

J'ai reçu votre lettre au moment de quitter Pétcrsbourg, et, arrivé ici depuis hier, je vous écris ce mot. Je suis revenu ici plus tôt que je ne croyais

(1) Zola a en effet suivi le conseil de Tourguèneff et a écrit sur la presse française un article pour la livraison d'août 1877 du Messager de l'Europe.

d'après sa CORnESPONDANCE 243

grâce à une nouvelle :1a cinquième de cette année) attaque de goutte. Cela m'a dégoûté et me voilà de nouveau dans mon nid.

Je suis enchanté de voir que vous allez bien et que vous travaillez.

Stassulevicht avait déjà quitté Pétersbourg quand votre lettre est venue ; mais il doit venir à Paris vers le 15 août ; il y restera une semaine. Nous nous verrons et nous causerons. Je ne doute pas qu'il n'accepte votre proposition avec empressement. Je vous écrirai le résultat de notre conversation.

Votre ami de Londres n'a pas envoyé d'article d'échantillon. Cependant, je crois avoir arrangé quelque chose pour lui dans un journal qui va être londé à Pétersbourg et qui a les plus grandes chances de réussir.

Je vais écrire à Flaubert.

Il paraît que le roman de Daudet commence le 15 au Temps ^ .

J'ai trouvé tout mon monde ici bien portant et bien dispos.

Les affaires d'Orient m'attristent beaucoup.

Mille amitiés à Mme Zola et une cordiale poignée de main à vous.

Iv. TOLRGUÉNEFF.

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