‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 57 sur 91 · IV. ToLRGUÉNEKF · texte numérisé non relu

IV. ToLRGUÉNEKF

50, r?ie de Douai, Paris.

Lundi (Un novembre 1877).

Voici le premier volume de vos lettres parisiennes publié par Stassulevitch. Il renferme vos appréciations littéraires (Balzac, Flaubert, Concourt, Daudet, Musset, Taine, Rémusat, Thicrs, G. Sand, V. Hugo, Dumas fils . Le second volume paraîtra bientôt.

" Dès que Stassulevitch rentrera dans l'argent que lui a coûté la publication, tout le rapport de la vente- sera pour vous, et on peut être tranquille là-dessus, car il est scrupuleusement honnête. L'édition est belle, comme vous voyez.

Je continue ii lire le Nabab. Il y a pourtant

-beaucoup de talent dans ce livre. J'en écrirai un

-mot à Daudet.

246 IVAN TOUnGLÉNEFF

Je suis toujours clans mon lit, mais je vais mieux

depuis deux jours.

Tout îi vous,

Iv. Tounr.uÉxEFF.

P. S. — C'est Stassulevitch qui vous envoie ce livre.

On se rappelle que M, Stassulevitch est le directeur de la revue de St-Pétersbourg, le Messager de T Europe, qui publiait depuis 1875 une chronique littéraire mensuelle de Zola. C'est la réunion de ces articles traduits en russe qui composait les volumes dont il est question.

Pour le Nabab, on peut comparer ce qui est dit dans cette lettre avec ce que Tourguéneff a écrit sur ce sujet à Flaubert et à Daudet.

50, rue de Douai Jeudi matin, 1878.

Mon cher ami,

J'étais allé chez vous avant-hier, mais on m'a dit que vous n'étiez pas encore de retour de la campagne. J'espère que vous n'y resterez plus longtemps et que l'on recommencera à se voir. En attendant, voici ce que je voulais vous dire : dans votre dernier feuilleton, vous promettez de parler prochainement de la « Princesse Borowski ». En même temps, le feuilleton des Débats, en constatant le fiasco de cette pièce, ajoute à peu près ce qui suit : « Il faut croire qu'à l'avenir, on ne son-

d'après sa correspondance 247

gera plus à faire des emprunts à la littérature dramatique russe », etc. C'est trop fort! L'auteur de la « Princesse Borowski » n'a aucun nom en Russie, c'est moins qu'un zéro. Sa première pièce, les Daniclieff, n'aurait pas pu être jouée en Russie sans mourir sous les rires et les sifflets — et le voilà qui est censé représenter le théâtre russe en France! Il est possible que notre théâtre ne puisse convenir à un pu])lic parisien, mais pour des raisons qui n'ont rien de commun avec celles qui ont fait siffler la « Princesse Borowski», qui n'est, après tout, qu'une très mauvaise pièce française.

Vous savez que j'ai toujours eu l'intention de vous faire faire connaissance avec notre vrai théâtre — et je le ferai certainement dès que vous serez de retour à Paris, — mais tous les Russes vous seraient reconnaissants si vous vouliez, dès a présent, dans votre prochain feuilleton, rétablir la vérité des faits. Il est vraiment trop misérable de voir M, de Kroukovskoï (!!!) traité comme le représentant du théâtre russe en France !

A bientôt, n'est-ce-pas ? Je vous serre cordialement la main.

Tout à vous,

Iv. TOURGUÉNEFF.

24S IVAN TOVRGUÉNEFF

50, rue de Douai, Vendredi

Mon cher ami,

Jai reçu une réponse de Sta-su-le-vltch, et j'ai besoin de vous A'oir. Puis j'ai à vous montrer quatre articles sur vous dans un journal de Vienne. A cucz Dimanche chez Flaubert vers 3 h. l'2. j'y serai.

-Mille amitiés.

Tout à vous,

Iv. TOLRGUÉNEFF.

50, rue de Douai.

Samedi 11 janvier 1879.

Mon cher Zola,

I. aflaire avec Sta...ssu...le...vitch est airannée. Il m écrit (pi'ii en a télégraphié à Chaipentier et qu'il lui a envoyé une lettre, où il pose les conditions suivantes : 1° la première moitié du texte doit être livrée au P"" déceml)re, et 11 enverra 150 roubles arg. (on doit envoyer dès à présent tout ce qui est disponible ; 2° vous ne paraîtrez ici qu'au 20/S février, et le 20/8 janvier. Stas. doit recevoir la moitié restante — et il envoie les autres 150 rou-

d'après sa correspondance 249

Je crois (jue tout ceci est bien. Quant à la solvabilité et à l'exactitude de Stas., elles ne laissent rien à désirer et j'en réponds.

Je vous remercie de votre petit mot et je compte sur un billet et, si c'est possible, une répétition générale '. Mes soirées sont libres et la goutte fait un peu la morte.

Mille amitiés.

Tout à vous,

Iv. TOURGUÉNEFF.

Mardi malin, (18 janvier 1879.)

Mon cher Zola,

iv vous écris de mon lit, après une nuit blanche, où j'ai cru deux ou trois fois que j'allais étouffer. J ai une sorte de rhume fantastique, comme je n'en ai jamais entendu parler. Je suis désolé de ce contre-temps, mais il m'est impossible de bouger. Je suis forcé de vous renvoyer votre billet. Si vous avez quelqu'un ;i qui le donner, c'est bien ; sinon, renvoyez-le moi, et je le placerai bien. Je le donnerai à un ami qui vous applaudira autant que je l'aurais fait moi-même.

J'ai bon espoir pour ce soir, mais c'est tout de même bien embêtant.

Tout à vous,

Iv. ToURGUÉNEFF.

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