‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 58 sur 91 · Pour l'Assommoir · texte numérisé non relu

Pour l'Assommoir

Paris, 50, rue de J)ouai.

Dimanche m-atin, (19 janvier 1879).

Mon clier ami,

Mes plus sincères félicitations avec le j^^rand succès d'hier. Je n'ai pas pu en juger de visu car voilà six jours que je suis clans mon lit, grâce à une nouvelle attaque de goutte; mais j'ai donné mon billet au fils de Mme Viardot, un de vos grands admirateurs. Je vous promets qu'il a applaudi ferme. Vous serait-il possible de me procurer une loge de quatre places (payante, naturellement^ pour une des représentations suivantes de VA... ? ' Si oui, je vous en serai bien reconnaissant.

Je vous serre cordialement la main.

Votre tout dévoué

Iv. Tounr.iÉxEFF.

50, rue de Douai.

(Samedi, 1879.)

C'est diablement désagréable, ce que vous venez de m'apprendre. Je tâcherai d'aller chez Flaubert; 1. U Assommoir .

d'après sa correspondance 251

mais comme je pars à 7 h. du soir, je vous prierai de venir chez moi demain pour plus de sûreté, vers il h. et demie. Il faudra voir ce qu'il y a à faire '.

A demain donc.

Votre tout dévoué

Iv. ToURGUÉNEFF.

50, rue de Douai.

Lundi, 5 h., (1879.)

Mon cher ami,

Je reviens à l'instant de chez Flaubert et je m'empresse de vous faire savoir qu'il va bien, autant que faire se peut. Il est très tranquille et très philosophe et pourra se lever dans une dizaine de jours.

Je lui ai parlé de la grande affaire : il est très reconnaissant et, je crois, ébranlé ; mais il voudrait savoir le chiffre exact des appointements. J'ai dû lui promettre de télégraphier ce chiffre dès demain. N'est-ce pas sept à huit mille francs (avec le logement; ? Si vous le savez au juste, envoyez-moi un mot de réponse ce soir même ; sinon, il faudra le demander à Charpentier.

Mille amitiés.

Iv. TOURGUÉXEFF.

1. Cette lettre a trait à la situation financière de Flaubert.

252 IVAN ÏOVRGUKNEFF

Paris, 50, rue de Douai.

Jeudi matin (1879).

Mon cher ami.

Je viens de recevoir une lettre de Flaubert, qui accepte, et voudrait savoir s'il peut v compter avec certitude. Je passerai chez vous vers 2 heures (cela vous va ?), et nous arrangerons la manière de procéder. Si vouspréférez une autre heure, faitesle moi dire. Je suis libre jusqu'au dîner. Mille amitiés.

Iv. ToiRGlÉNEFF.

[Il s'agit d'une place de conservateur h la bibliothèque Mazarine. Nous trouvons, à ce propos, dans \e Journal des Concourt, h la date du 8 juin 1879:

« Il (Flaubert) me dit que son affaire est faite. Il est nommé conservateur, hors cadre, à la Mazarine, aux appointements de 3.000 francs, qui doivent être augmentés dans quelques mois. Il ajoute qu'il a vraiment souffert d'accepter cet argent, et que, du reste, il a déjà pris des tlispositions pour qu'il soit un jour remboursé à l'Etat. Son frère, qui esttrès richeet mourant, doit lui faire 3.000 livres de rentes : avec cela, sa place et les gains de littérature, il se retrouvera à peu près sur ses pieds. »

D'au Ire part M. Maxime Kovalevsky raconte que les amis de Flaubert, ayant appris que Gambetta s'était ouvertement prononcé pour la candidature

d'après sa correspondance 253

de l'auteur de Madame Boçaj-ij, prièrent Tourguéneff d'aller à Rouen pour le décidera accepter la proposition. Flaubert consentit.

(( Cependant, ajoute M. Kovalevsky, pour des raisons personnelles, la même place de conservateur fut promise par les amis de Gambetta à M. Isnard, si je ne me trompe. Tourguéneff écrivit à Gambetta pour taire part des résultats de son entretien avec Flaubert, mais ne reçut pas de réponse. Il écrivit de nouveau, — même silence. Alors il résolut de recourir aux bons offices de Madame Adam, chez laquelle Gambetta venait souvent en soirée. Les journaux ont raconté à ce moment la façon peu aimable avec laquelle la démarche fut accueillie par le célèbre tribun, ^lais, à en juger d'après les propres paroles de Tourguéneff, les choses ne s'étaient pas tout à fait passées comme les a racontées le Figaro. Sachant que la place était déjà promise, Gambetta répondit à Madame Adam avec impatience : « N'insistez pas, je vous en prie, c'est impossible! » Et lorsque la maîtresse de maison, comme cherchant un appui, lui amena Tourguéneff, Gambetta ne se leva pas de sa chaise par la simple raison que l'écrivain russe, s'approchant du côté où Gambetta avait son œil de verre, il ne put en être aperçu. » — [Souvenirs sur Tourguénc/f, par Maxime Kovalevsky, Gazette l'usse, 1883.)

Paris, 50, rue de Douai.

Lundi.

Mon cher ami,

Va pour lundi ! C'est toujours à l'Opéra-Comique n'est-ce pas ?

Je vous envoie une livre de très bon thé de ca-

254 IVAN TOURGUJÎXEFF

ravane et une petite boîte pour le mettre dedans'. Vous pouvez en prendre de temps en temps, malgré la défense du médecin.

Ce sont mes étrennes que vous serez bien gentil d'aecepter. Tout à vous,

Iv. TOUUGUÉXEKF.

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