‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 64 sur 91 · L II · texte numérisé non relu

L II

Bougival (Seine-et-Oise),

Les Frênes.

Ce 4 novembre 1882,

Mon cher ami,

Cette lettre vous sera portée par l'ami P. pour tâcher d'arranger définitivement les choses. L'éditeur de Moscou ne consent qu'il (rois fuille francs, payables d'avance à la livraison du manuscrit. Il me semble que vous pourriez consentir ; mais voici la difficulté que j'apprends: Vous ne pouvez pas livrer tout le manuscrit à présent (ce qui serait nécessaire pour la commande des illustrations). Vous proposez de le livrer en trois fois, d'ici au mois de mars. Ceci rend l'entreprise de l'éditeur de Moscou plus difficile: il pourrait bien faire paraître la traduction en même temps que l'original, mais il y aurait une concurrence de la part de ceux qui traduiraient d'après l'imprimé. Il faudrait peutêtre alors livrer la troisième partie du manuscrit un mois plus tôt. Et quelles seraient les dates de ces livraisons? La première, supposons, le 15 novembre ; et les deux autres? Expliquez tout ceci à P.; il le télégraphiera immédiatement à INIoscou. Si l'affaire ne s'arrangeait pas, voici ce qu'on pourrait faire: communiquer les trois parties du manuscrit à P., l'une après l'autre, pour qu'il en fasse non pas une traduction, mais un résumé détaillé

d'après sa correspondance 263

(comme cela s'est fait chez nous pour les roraaf'ns de Dickens et d'autres) qui paraîtrait dans les 3 premiers numéros (janvier, février, mars) du. Messager de r Europe. Naturellement cela ne devancerait pas l'original, seulement cela vous rapporterait beaucoup moins. Du reste, il est encore fort possible que l'éditeur de Moscou consente à recevoir le manuscrit par fractions. Dites seulement les dates exactes à P.

Mille amitiés

De votre tout dévoué,

p. s. — Si le manuscrit doit être livré en trois fois, vous ne pouvez demander plus de 3,000 francs. Seulement exigez que tout soit payé d'avance, à la première livraison.

Paris, 50, rue de Douai, ce i*"" décembre 1882

Mon cher ami,

Voici plusieurs fois qu'on me fait savoir de Moscou que l'argent (pour votre roman) va m'ètre envoyé; et avec tout cela, je n'ai rien reçu encore. Il parait qu'il y a eu des difficultés de la part de la censure. Cependant j'ai des raisons de croire que cet argent ne peut plus tarder. D'un autre côté les traducteurs voudraient bien avoir le commence-

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ment du manuscrit pour se mettre à la besogne. Voici donc ce que je vous propose : Remettez à P., ([uand il viendra vous voir, les premiers chapitres. Si décidément l'argent ne vient pas, le manuscrit et la traduction vous seront remis : c'est moi qui f'o us en réponds; si l'argent vient, eh bien! le travail en sera d'autant avancé. Vous pouvez être tranquille que je ne vous laisserai pas berner. Envoyez-moi un oui on un non par télégramme, et je le ferai immédiatement savoir h P.

Restez-vous longtemps encore h Médan? Je suis ici depuis six jours.

Mille amitiés. Je vous serre cordialement hi

mam.

Iv. TOURGIKXEFI- .

Paris, 50, rue de Douai, Dimanche, 10 décembre 1882).

Mon cher ami,

Je recois votre billet, et P. vient de me dire qu'il vous envoie une traite de 1,5U0 fr. venue de Moscou. Est-ce exact? Ecrivez-moi un mot.

Mille amitiés.

Iv. ToiRGUÉNEFF.

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