‹ Ivan Wyjighine; ou, Le gilblas russe (volume 2)Chapitre 14 sur 36 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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serment rcxécution de leurs belles promesses. Au toast polonais si connu :

« Aimons-nous tous les uns les autres » les convives burent une coupe pleine en se tenant à "enoux et en s'embrassant mutuellement. Enfin, ils se placèrent devant les dames , et se mirent à boire à la santé' de chacune d'elles dans l'un de leurs souliers j le cavalier agenouille' devant la dame, lui ôtait un soulier, lui baisait respectueusement le pied et la main, puis il plaçait son verre dans le soulier, quelquefois même y répandait le vin de sa coupe, puis il buvait, et faisait passer le soulier à son voisin.

Tout à-coup une de'cliari^e de vingtquatre fusils et de six fauconneaux répandit l'alarme, ou tout au moins une inquie'tude vague parmi les joyeux bu-

veurs. Ils se précipitèrent simullanément aux fenêtres^ et virent au milieu de la cour de vives lumières qui , par leur disposition, dessinaient le cliiffre de la noble dame que l'on fêtait si joyeusement. Les cris de vivat retentirent de nouveau dans la salle ; la vaste coupe reparut même sur la scène pour de nouvelles libations , et la musique exécuta aussi un vivat.

Quelques douzaines de fusées volantes , avec des bombes lumineuses et de bruyans pétards s'élancèrent en gerbes , et , en redescendant , parurent tomber de la région des nuages^ au grand applaudissement des spectateurs. Mais par la maladresse ou l'ignorance de quelqu'un des artificiers , une énorme fusée alla par sauts et par bonds éclater sur

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le toit de cliaiime de la grange. Gomme le vent e'tait assez fort , ce toit fut embrasé en quelques minutes, et tout le bâtiment voisin fui en un instant la proie des flammes. Il serait difficile de se repre'senter le désordre excessif qui fut causé par cet affreux accident. Des maîtres gorgés de vin , qui s'agitent pêlemêle, sans pouvoir réunir deux idées; des valets qui ne savent que faire , qui se donnent les uns aux autres des ordres que personne n'exécute ; quelques-uns courant, qui avec un seau, qui avec un pieu , qui avec une hache , mais aucun n'osant pousser jusqu'au devant du feu; point de pompe à incendie ( on ne soupçonnait pas même l'existence de rien de semblable), mais on sonnait le tocsin, on battait la générale, on courait au village

pour amener des paysans; ceux-ci ne se pressaient nullement de venir au secours de leur maître. Les conviés , de'grisés par la vue des progrès de l'incendie, ordonnaient qu'on attelât promptement leurs e'quipages et qu'on y jetât leurs effets à la liâte. Les gens de la maison s'agitaient pour sauver du pillage, l'argenterie et le linge de table. Le tumulte, les cris, le désordre , le danger , le délire et !a stupeur offraient un tableau capable de jeter dans des convulsions l'individu h; plus flegmatique. Tout dans la maison était sens dessus dessous.

Dans mon épouvante, hors d'état de vouloir ou de faire quoi que ce fut, je me tenais debout sur l'escalier , interdit, regardant le feu , et pleurant par intermittences. Tout-à-coup , Maclia parut

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devant moi: «Vanka, me dit-elle , enfin te voilà donc ', suis-moi. » JNous courûmes précipitamment à travers les appartemens , à la chambre à coucher de ma maîtresse. Mâcha me coiffa de ma casquette galonnée , que l'on déposait toujours dans la garde-robe de mademoiselle Pétronelle ; elle mo donna un petit j)aquet et une corbeille , passa ellemême une capote et m'ordonna encore de la suivre. Nous traversâmes le jardin, nous franchîmes des haies qui semblèrent s'abaisser pour nous livrer passage , et bientôt nous nous trouvâmes en rase campagne à la lisière d'un petit bois. Je vis alors une calèche attelée de quatre chevaux ; je n'osai interroger Mâcha sur cette rencontre, et ne pus, dans l'obscurité , reconnaître par moi-même qui

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était assis dans cet équipage. Maclia y prit place sur le devant ; un grand laquais à moustaches me prit dans ses bras, me déposa derrière la calèche sur un large porte-manteau, et alla s'asseoir avec le cocher sur îe sie'ge. La machine s'e'branla , les chevaux gagnèrent au pas la grande route qui était à un demi quart de lieue , et partirent ensuite avec la vitesse du trait. Tout accablé que j'étais des fatigues de cette journée, je ne pus fermer l'œil. L'incendie se présentait continuellement à mon imagination émue ; je tremblais à l'idée du sort réservé à ma jeune maîtresse j je pensais que, rien ne pouvant échapper à la flamme , et la famille de M. Gologordowski étant réduite aux dernières extrémités , Maclia avait au moins voulu me sauver en se

sauvant elle-même par une fuite pre'cipitée, et je me persuadai que, très sûrement , cet e'quipage appartenait à quelqu'un des convives de mon pauvre maître. J'entendais bien quelques chuchotemens dans la calèche^ mais je ne pouvais distini,nier les voix des interlocuteurs. Enfin, l'équipage s'arrêta aux premières lueurs du jour devant une station de poste.

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