ÉPILOGUE
le jugement que, avec douleur et honte, j'ai dû, moi Allemand, porter sur des Allemands, pour l'honneur de la vérité et pour le bien du peuple allemand. L'histoire également écrira cette sentence en lettres de feu : Pesé et trouvé trop léger!
J'achève mon livre, comme je l'ai commencé, avec une conscience tranquille, avec la conviction d'avoir fait une bonne œuvre et — si les choses vont selon la justice — d'avoir mérité la reconnaissance de ma patrie.
Discours du chancelier, Dr von Bethmann Hollweg, prononcé le 4 août 1914, au Reichstag.
Un destin formidable s'abat sur l'Europe. Depuis l'avènement, par les armes, de l'Empire allemand dans le monde, nous avons vécu quarante-quatre années de paix et nous avons sauvegardé la paix de l'Europe. Par un travail pacifique nous sommes devenus forts et puissants et c'est pourquoi on nous envie.
Avec une patience trop tenace, nous avons supporté que, sous le prétexte que l'Allemagne était belliqueuse, des inimitiés se soient développées à l'ouest et à l'est et que des entraves aient été forgées contre nous. Le vent que l'on a semé là-bas souffle maintenant en tempête. Nous voulions continuer à vivre dans la paix et le travail et depuis l'Empereur jusqu'au plus jeune des conscrits, il semblait qu'on avait fait un vœu tacite et solennel de ne tirer l'épée du fourreau que pour la défense d'une cause juste.
Le jour où nous devons tirer l'épée est arrivé, contre notre volonté, indépendamment de nos efforts sincères.
La Russie a allumé la torche incendiaire. On nous a forcés à la guerre avec la Russie et la France.
Messieurs, on vous a soumis une série de documents rassemblés dans la fièvre des événements qui se précipitent. Laissez-moi en dégager les faits qui éclaireront notre attitude. Dès le début du conflit entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie, nous n'avons cessé d'agir par nos déclarations et par nos actes pour que cette affaire restât localisée entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. Tous les cabinets, et en particulier celui de Londres, partageaient le même désir... La Russie seule déclare qu'elle doit faire entendre sa voix dans le
règlement de ce conflit. C'est alors que surgit le danger de complications européennes.
Aussitôt que les premières nouvelles positives concernant les préparatifs militaires russes nous parvinrent, nous faisons savoir à Pétersbourg, d'une façon courtoise mais ferme, que tous préparatifs militaires dirigés contre l'Autriche-Hongrie nous trouveront aux côtés de notre alliée et que les préparatifs militaires faits contre nous, nous obligeront, de notre côté, à des mesures équivalentes. Entre la mobilisation et la guerre il n'y a qu'un pas. La Russie nous exprime, de la manière la plus solennelle, son désir de paix et nous fait savoir que ces préparatifs militaires ne sont aucunement dirigés contre nous.
Entre temps, l'Angleterre essaie d'intervenir entre Vienne et Saint- Pétersbourg et nous lui prêtons notre appui.
Le 28 juillet, l'Empereur envoie une dépêche au Tsar dans laquelle il le prie de considérer que l'Autriche-Hongrie a le droit et le devoir de se protéger contre les menées de la Serbie qui menacent son existence. L'Empereur lui rappelle en même temps les intérêts solidaires des souverains en présence de l'assassinat de Sarajevo et il espère que le Tsar lui prêtera son appui dans ses efforts pour résoudre les différends entre la Russie et l'Autriche-Hongrie.
A peu près à la même heure et avant la réception de ce télégramme, le Tsar prie instamment l'Empereur de lui venir en aide; il a le désir de conseiller à Vienne la modération. L'Empereur se prête à ce rôle d'intermédiaire. Mais à peine a-t-il commencé à agir que la Russie mobilise toutes ses forces contre l'Autriche-Hongrie. L'Autriche-Hongrie, elle-même, n'avait mobilisé que contre la Serbie, et elle n'avait mis en mouvement au Nord que deux corps d'armée, mais loin de la frontière russe. La mobilisation russe était déjà décidée tout entière avant même que le Tsar se fût adressé à l'Empereur. L'Empereur fit observer au Tsar que son rôle d'intermédiaire devenait difficile, sinon tout à fait inutile, par suite de cette mobilisation générale contre l'Autriche-Hongrie.
Malgré cela, nous continuâmes notre intercession à Vienne et cela dans des formes qu'il était impossible d'outrepasser si nous les voulions compatibles avec nos engagements d'alliés.
Pendant ce temps, la Russie renouvelait spontanément l'assurance que ses dispositions militaires n'étaient dirigées nullement contre nous.
Nous sommes alors au 31 juillet.
C'est de Vienne que doit venir la décision. Notre intercession a déjà eu ce résultat qu'à Vienne, sur nos instances, on est entré, encore une fois, en pourparlers directs avec Pétersbourg.
Mais avant que Vienne ait prononcé, nous parvient la nouvelle que la Russie a mobilisé toutes ses forces militaires, par conséquent contre nous également.
Le gouvernement russe, qui savait pertinemment, par nos avertissements répétés, ce que signifiait la mobilisation contre nous, ne nous la fait même pas connaître, ne nous en donne aucune explication plausible.
C'est dans l'après-midi seulement qu'un télégramme du Tsar parvient à l'Empereur, par lequel il assure que son armée ne prendra aucune attitude agressive envers nous.
Cependant la mobilisation russe, sur notre frontière, est déjà en pleine action depuis la nuit du trente au trente-et-un juillet.
Ainsi, tandis que nous intercédions à Vienne sur la prière du gouvernement russe, la force militaire russe se mettait en mouvement tout le long de notre frontière qui est presque à découvert; la France ne mobilisait pas encore, mais poussait activement, ainsi qu'elle l'avoue ses préparatifs militaires.
Et nous, pendant ce temps, nous n'avions, de propos délibéré, convoqué jusqu'alors aucun réserviste sous les drapeaux, par amour pour la paix de l'Europe. Devions-nous prolonger encore notre patience, jusqu'à attendre que les puissances qui nous encerclaient eussent choisi l'instant du combat?
Exposer l'Allemagne à un pareil danger eût été un crime. C'est pourquoi le 31 juillet, nous sommons la Russie d'opérer sa démobilisation, comme étant le seul moyen qui pût désormais sauver la paix de l'Europe. Notre ambassade impériale de Pétersbourg reçoit en outre la mission de faire au gouvernement russe la déclaration qu'au cas où il repousserait notre demande, nous nous considérerions en état de guerre avec lui. Notre ambassadeur a rempli cette mission. Quelle fut la réponse de la Russie à notre proposition? Nous l'ignorons encore aujourd'hui.
Des communications télégraphiques de Pétersbourg à ce sujet ne nous sont point parvenues, bien que le télégraphe ait, depuis lors, communiqué des messages bien moins importants.
C'est ainsi que l'Empereur, comme le délai fixé était depuis longtemps écoulé, s'est vu dans la nécessité, le premier août à 5 heures de l'après-midi, de mobiliser.
En même temps, il nous fallait savoir quelle serait l'attitude de la France. Nous lui avons demandé si, en cas de guerre russo-allemande, elle garderait sa neutralité. Elle nous a répondu qu'elle ferait ce que lui dicteraient ses intérêts.
C'était ne pas répondre à notre question, sinon par la négative.
Malgré cela, l'Empereur a donné l'ordre qu'on respectât en tous les cas la frontière française. Cet ordre a été observé de la façon la plus rigoureuse à l'exception d'un cas isolé. La France, qui avait mobilisé en même temps que nous, nous déclarait qu'elle respecterait une zone de dix kilomètres de la frontière.
Qu'est-il arrivé en réalité? Les aviateurs ont lancé des bombes, des patrouilles de cavalerie et des compagnies se sont avancées sur notre territoire. Ainsi la France, sans que la guerre eût été déclarée, a rompu la paix et nous a vraiment attaqués.
Quant au cas isolé de tout, à l'heure, j'ai reçu à ce propos la communication suivante du chef de l'état-major :
« Des plaintes du gouvernement français se rapportant aux vio- » lations de territoire de notre part, il n'en faut retenir qu'une. » Malgré l'ordre donné, une patrouille du 14e corps d'armée, con- » duite probablement par un officier, a franchi la frontière le 2 de » ce mois. Elle a été sans doute anéantie, un homme seulement » est rentré. »
Mais longtemps avant ce simple empiétement de territoire, des aviateurs français avaient lancé des bombes sur. nos lignes de chemin de fer et des troupes françaises avaient attaqué les nôtres dans le passage de la Schlucht. Nos troupes se sont, d'après les ordres qui leur avaient été donnés, bornées uniquement à la défensive.
Voilà la vérité. Nous sommes dans la nécessité, et nécessité ne connaît pas de loi.
Nos troupes ont occupé le Luxembourg et ont peut-être déjà foulé le territoire belge.
C'est contre le droit des nations. Le gouvernement français a, il est vrai, déclaré à Bruxelles qu'il respecterait la neutralité de la Belgique, tant que l'adversaire la respecterait lui-même. Nous savions cependant que la France était prête à l'agression. La France pou-
vait attendre; nous, pas. Une attaque française sur notre flanc, dans le bas Rhin, eût pu nous être fatale. Ainsi nous avons été contraints de passer outre aux protestations fondées du Luxembourg et du gouvernement belge. Nous les dédommagerons du tort que nous leur avons ainsi causé aussitôt que nous aurons atteint notre but militaire.
Quand on est aussi menacés comme nous le sommes et qu'on combat pour ce qu'on a de plus sacré, on ne doit penser qu'à une chose, c'est à s'en tirer coûte que coûte.
L'Autriche-Hongrie et nous marchons côte à côte.
Quant à l'attitude de l'Angleterre, les déclarations que Sir Edward Grey a faites hier à la Chambre des Communes exposent le point de vue du gouvernement royal. Nous lui avons donné l'assurance que, tant que l'Angleterre restera neutre, notre flotte s'abstiendra d'attaquer la côte nord de la France et que nous respecterons l'intégrité territoriale et l'indépendance de la Belgique.
Cette déclaration, je la renouvelle ici publiquement devant le monde entier, et je puis ajouter que, tant que l'Angleterre restera neutre, nous sommes prêts en cas de réciprocité, à n'entreprendre aucune opération hostile contre la marine marchande française.
Je répète les paroles de l'Empereur : « C'est la conscience pure que l'Allemagne va au combat. »
Nous combattons pour conserver le fruit de notre labeur accompli dans la paix, pour défendre l'héritage d'un passé glorieux et pour notre avenir! Elles ne sont pas à leur terme les cinquante années dont parlait Moltke, pendant lesquelles nous devions nous tenir en armes pour défendre les conquêtes de 1870.
L'heure tragique de l'épreuve a sonné pour notre peuple, mais c'est avec assurance que nous la voyons venir. Notre armée est en marche, notre flotte est prête au combat, et derrière elles se tient le peuple allemand tout entier. Toute la nation unie.
Et vous, Messieurs, vous connaissez votre devoir tout entier.
Il n'est plus nécessaire de motiver les projets de loi.
Je vous prie de les voter rapidement.
Discours du chancelier Dr von Bethmann Hollweg, prononcé au Reichstag, le 2 décembre 1914.
Messieurs,
L'empereur qui se trouve à l'armée, m'a chargé de transmettre ses meilleurs vœux et son salut cordial aux représentants du peuple allemand auxquels il se sait uni au milieu du danger dans un commun souci du bien de la patrie, et de remercier la nation pour ses sacrifices et son dévouement, pour le travail énorme que toutes les classes du peuple sans distinction ont accompli et accompliront à l'extérieur et à l'intérieur. Notre première pensée à nous est pour l'empereur, pour l'armée, pour la marine, pour nos soldats qui combattent pour l'honneur et la grandeur de l'empire; pleins de fierté, animés d'une confiance ferme comme le roc, nous suivons leurs combats. Nous avons également les yeux attachés sur nos frères d'armes d'Autriche-Hongrie qui coopèrent fidèlement avec nous, avec une bravoure brillante dans la grande lutte que nous avons à soutenir. Dernièrement encore un nouvel allié, l'empire ottoman, s'est joint à nous pour participer à la guerre qui nous a été imposée, car il sait que l'anéantissement de l'empire allemand signifierait la fin de sa liberté en tant qu'Etat. Si nos adversaires ont aussi dressé contre nous une puissante coalition, ils feront l'expérience, nous l'espérons, que le bras de nos courageux alliés s'étend jusqu'aux endroits les plus sensibles de leurs possessions dans le monde.
Le 4 août, le Reichstag s'est fait l'interprète de la volonté inébranlable du peuple allemand d'accepter la lutte imposée et de défendre jusqu'au bout son indépendance.
Depuis lors, de grands événements se sont produits. Qui comptera les exploits héroïques et glorieux des armées, des régiments, des escadrons, des compagnies, des croiseurs et des sous-marins dans une guerre qui se déroule dans toute l'Europe, dans le monde. Plus tard on en reparlera. Pour aujourd'hui il nous suffit de savoir que malgré l'énorme supériorité de nos ennemis, la bravoure sans pareille de nos troupes a porté la guerre en pays ennemi.
Là, nous demeurons fermes et puissants. Nous pouvons considérer l'avenir en toute confiance, mais la force de résistance de l'ennemi n'est pas encore brisée. Nous ne sommes pas encore au bout de nos sacrifices. La nation continuera à faire ces sacrifices avec le même héroïsme que jusqu'ici, car nous devons et nous voulons lutter jusqu'à la victoire définitive pour la défense de nos droits et de notre liberté.
Nous voulons aussi rappeler les iniquités commises en pays ennemis contre nos concitoyens sans défense et dont certains sont contraires à tous les principes de la civilisation. Il faut que le monde apprenne que personne ne peut impunément courber un cheveu d'un Allemand.
Lorsque la séance du 4 août fut terminée, l'ambassadeur d'Angleterre vint nous remettre un ultimatum et, celui-ci ayant été repoussé, une déclaration de guerre immédiate. Je n'ai pas pu exposer alors l'attitude définitive du gouvernement anglais et je veux ajouter quelques remarques à ce sujet.
La question des responsabilités dans cette guerre, la plus grande qui ait jamais eu lieu, est bien claire pour nous. La responsabilité extérieure incombe à ceux qui, en Russie, ont provoqué et effectué la mobilisation générale de l'armée russe, mais la responsabilité intérieure incombe au gouvernement britannique.
Le cabinet de Londres pouvait rendre la guerre impossible s'il avait déclaré catégoriquement à Pétersbourg que l'Angleterre n'était pas disposée à laisser prendre au conflit austro-serbe les proportions d'une guerre entre les puissances continentales. Un tel langage aurait également obligé la France à retenir énergiquement la Russie dans la voie des mesures militaires. Alors notre action médiatrice entre Vienne et Pétersbourg aurait abouti et il n'y aurait pas eu de guerre.
L'Angleterre n'a pas fait cela. Elle connaissait les agissements
belliqueux auprès du tsar d'un groupe puissant dont les membres étaient en partie irresponsables. Elle a vu les événements se préparer et elle n'a rien fait pour les arrêter.
Malgré toutes ses assurances pacifiques, Londres a donné à comprendre à Pétersbourg que l'Angleterre se plaçait aux côtés de la France et par conséquent aussi aux côtés de la Russie.
Les publications des différents cabinets et même le Livre bleu le prouvent d'une manière claire et irréfutable. La Russie ne put plus être arrêtée.
Nous possédons là-dessus un témoignage sincère, le rapport du chargé d'affaires belge à Pétersbourg. Il relate « que, à Pétersbourg, on est bien convaincu et qu'on a même la certitude que l'Angleterre soutiendra la France. Cet appui a un poids énorme et il n'a pas peu contribué à rendre puissant le parti de la guerre. »
Jusqu'en été, les hommes d'Etat anglais ont assuré au Parlement qu'aucune alliance, qu'aucun traité, qu'aucune convention ne déterminera l'attitude du cabinet, si une guerre venait à éclater. L'Angleterre était libre de décider si elle y prendrait part ou non. Ce n'était donc ni un devoir fraternel, ni une contrainte, ni une menace contre leur propre pays qui engagea les politiques anglais à faire la guerre. Le cabinet de Londres a laissé se produire cette monstrueuse guerre universelle, car il croyait y trouver une occasion d'atteindre, dans ses organes vitaux, grâce à l'appui des autres puissances de l'Entente, son plus grand concurrent européen sur le marché mondial.
Ce sont donc l'Angleterre et la Russie qui portent devant Dieu et devant l'humanité la responsabilité de la catastrophe qui s'est abattue sur l'Europe et sur le monde.
La neutralité belge que l'Angleterre déclarait protéger n'est qu'un masque. Le 2 août au soir, nous informions Bruxelles que les plans français connus de nous nous obligeaient, si nous voulions continuer à vivre, à traverser la Belgique, mais déjà le 2 août, avant qu'on connût à Londres notre démarche à Bruxelles, l'Angleterre promettait à la France son appui sans condition, au cas où la flotte allemande attaquerait les côtes françaises. Il n'était nullement question de la neutralité belge.
Ce fait est établi par les déclarations que Sir Edw. Grey a faites le 3 août à la Chambre des Communes et que je ne connaissais
pas encore le 4 août, et il est confirmé par le Livre bleu anglais lui-même.
Comment l'Angleterre a-t-elle pu affirmer qu'elle avait pris les armes parce que nous avions violé la neutralité belge? Cela ce sont les hommes anglais d'Etat à qui l'histoire de cette neutralité est familier qui le disent. Lorsque le 4 août, j'ai parlé ici de l'illégalité que nous commettions en traversant la Belgique, il n'était pas certain que le gouvernement belge au moment de la nécessité, ne se retirerait pas en protestant à Anvers et ne ménagerait pas son pays. Vous vous souvenez : après la prise de Liège, une nouvelle invitation dans ce sens a été adressée à Bruxelles par le commandement de l'armée. Pour des raisons militaires, la possibilité d'un développement semblable devait à tout prix être maintenue le 4 août. Nous avions déjà des indices qui nous faisaient supposer que la Belgique avait déjà violé sa neutralité, mais nous n'avions pas de preuves écrites. Mais les hommes d'Etat anglais connaissaient exactement les preuves. Les documents trouvés à Bruxelles permettent d'établir en quoi et à quel degré la Belgique s'était départie de sa neutralité en faveur de l'Angleterre. Deux faits ont été révélés au monde. 1. Lorsque nos troupes, dans la nuit du 3 au 4 août, pénétrèrent dans le pays, elles se trouvèrent dans un Etat qui avait depuis renoncé à sa neutralité. 2. L'Angleterre n'est pas intervenue pour celle-ci, mais pour nous subjuguer à l'aide de deux grandes puissances du continent.
Depuis le 2 août, dès le moment où elle eut promis à la France de l'appuyer, l'Angleterre n'était plus neutre et se trouvait en fait en état de guerre avec nous. La façon dont elle a motivé sa déclaration de guerre devait servir à égarer son propre peuple et les pays neutres sur les mobiles de la guerre. Maintenant que nous connaissons en détail le plan de guerre anglo-belge, la politique des hommes d'Etat anglais est caractérisée à jamais dans l'histoire. Elle a fait encore autre chose : à son appel, le Japon nous arracha l'héroïque Tsingtau et viola la neutralité chinoise. L'Angleterre estelle intervenue en faveur de celle-ci, a-t-elle cette fois montré le soin qu'elle dit mettre à protéger les droits des Etats neutres?
Lorsqu'il y a cinq ans j'ai été appelé au poste que j'occupe actuellement, nous avions en face de la Triple-Alliance, la Triple- Entente, une œuvre de l'Angleterre destinée à servir le principe
bien connu de la balance of power, ce qui signifie en allemand que le principe observé depuis des siècles dans la politique anglaise de se tourner contre la plus forte puissance continentale, devait trouver dans la Triple-Entente son appui le plus solide.
Dès l'origine, le caractère agressif de la Triple-Entente s'est dressé contre le caractère purement défensif de la Triple-Alliance.
En présence de ce groupement politique, le chemin que nous devions suivre était clairement indiqué à la politique allemande. Elle devait s'efforcer, par des arrangements particuliers avec les puissances de la Triple-Entente, de prévenir le danger d'une guerre. En même temps nous devions renforcer notre puissance militaire suffisamment pour qu'elle fût à la hauteur des circonstances si, malgré tout, la guerre venait à éclater.
Nous avons fait tout cela. En France nous nous sommes toujours heurté à l'idée de revanche. Entretenue par des hommes politiques ambitieux, cette idée s'est révélée plus forte que le désir certain d'une partie du peuple français d'entretenir avec nous des rapports de bon voisinage.
Avec la Russie, il est vrai, nous avons conclu quelques arrangements, mais son alliance formelle avec la France, son antipathie pour nos alliés d'Autriche-Hongrie, la haine de l'Allemagne attisée par les panslaves, rendaient impossible des accords excluant les crises politiques et le danger d'une guerre.
L'Angleterre semblait être relativement plus libre. C'est là que l'on pouvait le mieux tenter un arrangement qui aurait garanti effectivement la paix universelle. C'est dans ce sens que j'ai agi. Le chemin était étroit, je ne l'ignorais pas. En particulier la façon de penser générale en Angleterre s'est transformée au cours des années en ce principe politique, fort comme un dogme indiscutable, qu'à la Grande-Bretagne appartient le rôle d'arbitrus mundi, rôle qu'elle ne pouvait assumer et remplir qu'au moyen d'une suprématie navale incontestable et de l'équilibre des forces continentales d'autre part.
Je n'ai jamais espéré faire abandonner ce principe par l'Angleterre au moyen de la persuasion. Ce que j'estimais possible, c'est que la puissance croissante de l'Allemagne et le risque grandissant d'une guerre pourraient obliger l'Angleterre à se convaincre que ce principe était insoutenable et qu'il était préférable de l'abandonner
en faveur d'un compromis pacifique avec l'Allemagne; mais ce dogme a toujours paralysé la possibilité d'une entente.
Après la crise de 1911, la pression populaire força les hommes dirigeants de l'Angleterre à se rapprocher de l'Allemagne. Après de longs efforts on réussit finalement à se mettre d'accord sur différentes questions économiques en litige concernant l'Afrique et l'Asie occidentale. Ceci devait diminuer les surfaces de frottement politique. Si l'on ne prétend pas limiter le libre développement de nos forces, le monde offre aux deux peuples assez d'espace pour se mesurer dans une concurrence pacifique. C'est le principe qui a constamment inspiré la politique de l'Allemagne.
Mais pendant que nous menions ces pourparlers, l'Angleterre songeait continuellement à resserrer ses relations avec la France et la Russie. Ce qui a été décisif sur ce point c'est qu'en dehors de la politique, il a été conclu des arrangements militaires toujours plus étroits en vue de l'éventualité d'une guerre continentale. L'Angleterre a mené ces négociations dans ce but avec le plus grand secret possible. Si parfois quelque chose en a transpiré, l'importance en a été démentie dans la presse et au Parlement.
Nous avons eu connaissance de ces conventions de l'Angleterre. J'ai fait paraître des écrits à propos d'elles.
La situation était celle-ci : l'Angleterre était prête, il est vrai, à s'entendre avec nous sur certaines questions particulières, mais le premier et le suprême principe de sa politique subsistait, à savoir que l'Allemagne doit être tenue en échec dans le libre développement de ses énergies par la balance of power.
Ce fut la ligne-frontière des relations amicales avec l'Allemagne. La Triple-Entente fut considérablement renforcée. Lorsque les « amis » exigèrent des garanties militaires, les Anglais les donnèrent immédiatement. L'Angleterre fut ainsi sûre que la France et, partant, la Russie, la suivraient. Quant à elle, elle s'engageait aussi. Si la France ou la Russie, où les cercles chauvins qui considèrent la connivence militaire de l'Angleterre comme leur appui le plus fort, voulaient déchaîner la guerre, l'Angleterre était moralement dans leurs mains. Et quel était le but de tout cela? L'enrayement de l'essor de l'Allemagne.
Nous n'avions pas manqué de mettre en garde le gouvernement britannique. Encore au commencement du mois de juin 1914, j'ai
laissé entendre au gouvernement anglais que j'avais connaissance de pourparlers secrets anglo-russes relatifs à une convention navale. Je le rendis attentif au danger grave que présentait pour la paix du monde une pareille politique. Deux semaines plus tard se produisait déjà ce que j'avais prévu.
Nous avions tiré de cette situation générale les conséquences qu'elle comportait. Coup sur coup, je vous ai soumis les grands projets d'augmentation des armements que l'histoire allemande connaît, et, pleinement conscients des dangers qui nous entouraient, vous avez volontairement et généreusement acccordé au pays ce qui était nécessaire à sa défense.
Quand la guerre eut éclaté, l'Angleterre laissa tomber le masque. Elle déclara publiquement qu'elle combattrait jusqu'à ce que l'Allemagne fût abattue économiquement et militairement.
La haine panslave contre les Allemands applaudit à ces paroles. La France espère de toute la force d'un vieil esprit militaire obtenir la révision du traité de 1870.
Nous, nous n'avons qu'une réponse à faire à nos ennemis. L'Allemagne ne se laisse pas anéantir. Comme sa puissance militaire, sa puissance financière subit brillamment l'épreuve. Notre vie économique se montre parfaite, le nombre des sans-travail est relativement minime. La force et le talent d'organisation de l'Allemagne trouvent toujours de nouveaux moyens de prévenir les maux et réparer les dommages. Aucun homme, aucune femme ne se soustrait à l'œuvre commune et volontaire. 11 n'est pas besoin d'adresser de bruyants appels pour que tout le monde en Allemagne unisse ses efforts en vue du but suprême, tout sacrifier pour le pays des ancêtres, pour l'avenir des générations futures.
Nos ennemis peuvent taxer de militarisme cet esprit magnanime de notre peuple en armes; ils peuvent nous traiter de Huns et de barbares; ils peuvent laisser déborder contre nous des flots de calomnies. Nous avons assez de fierté pour ne pas nous en formaliser. Cet esprit admirable qui unit tous les cœurs du peuple allemand comme jamais encore une telle chose ne s'est produite, doit être et sera vainqueur.
Quand nous aurons obtenu par les armes une paix glorieuse et heureuse, nous garderons cet esprit en nous souvenant qu'il a été notre plus grande force dans cette époque terriblement grave.
Comme par l'effet d'un miracle, les barrières sont tombées qui, pendant longtemps, séparaient les membres du peuple, les barrières que nous avions élevées entre nous par méfiance, incompréhension, jalousie. C'est une délivrance et un bienfait que l'ancien état de chose n'existe plus, qu'il n'y ait plus que des hommes semblables entre eux et se tendant la main pour parvenir à un seul but, à un but sacré.
Je ne peux que répéter les paroles qu'a prononcées l'Empereur quand la guerre éclata : « Je ne connais plus aucun parti, je ne ne connais plus que des Allemands ! » Quand la guerre sera finie, les partis renaîtront. Sans partis et sans luttes, il n'y a pas de vie politique possible, même pour les peuples les plus libres et les plus énergiques; mais nous combattrons, et je le promets pour ma part, afin qu'il y ait toujours plus de vrais Allemands.
Je termine mon court exposé. Le temps n'est plus aux paroles. Je ne peux pas vous entretenir des questions qui remuent profondément le peuple et moi-même.
C'est avec une reconnaissance émue que nous pensons aux fils de l'Allemagne qui, sur les champs de bataille de l'Est et de l'Ouest, dans les îles du Pacifique, sur mer, dans nos colonies, ont sacrifié leur vie pour leur patrie, et devant cet héroïsme aujourd'hui disparu, nous nous unissons pour jurer de tenir jusqu'au dernier souffle afin que nos enfants et nos petits-enfants puissent, libres et garantis contre les menaces étrangères, travailler comme nous à la grandeur de l'empire.
Ce serment doit retentir jusqu'au oreilles de nos fils et de nos frères qui continuent à combattre l'ennemi, à celles de nos compatriotes à l'étranger, de ceux qu'on retient, de ceux qui sont en danger, de ceux qui travaillent pour nous loin de la mère-patrie, des prisonniers et des maltraités.
Nous tiendrons, Messieurs, et je vous prie de donner plus de force encore à cette parole en acceptant nos projets. Nous tiendrons jusqu'à ce que nous soyons certains que personne ne se hasardera plus à troubler la paix dans laquelle nous voulons nous développer comme un peuple libre.
Circulaire du chancelier Dr von Bethmann Hollweg,
adressée le 24 décembre 1914,
aux ambassadeurs et consuls d'Allemagne.
Le président du Conseil Viviani, dans le discours qu'il a prononcé à la Chambre des députés, a déclaré que, le 31 juillet, la France et la Russie avaient adhéré à la proposition anglaise de suspendre les préparatifs militaires et d'entrer en pourparlers à Londres, et que si l'Allemagne l'avait acceptée, la paix aurait été maintenue à la dernière heure.
Comme je n'ai pas pu réfuter à la tribune du Reichstag ces fausses affirmations au moment où elles étaient prononcées au Parlement français, je vous envoie l'exposé suivant en vous priant d'en faire le plus large usage.
La proposition anglaise de la Conférence, mentionnée dans le Livre bleu, au n° 36, date du 26 juillet. Elle tendait à ce que les représentants de l'Allemagne, de la France et de l'Italie se réunissent à Londres avec Sir Grey afin de chercher à résoudre les difficultés résultant de la question serbe. Dès le début, l'Allemagne s'est placée au point de vue que le conflit austro-serbe était une question qui ne concernait que les deux Etats directement intéressés. Ce point de vue a été plus tard accepté par Sir Edward Grey.
L'Allemagne dut repousser l'idée anglaise, car elle ne pouvait pas admettre que l'Autriche, dans une question d'intérêt vital qui la concernait seule, fût citée devant le tribunal des Puissances. D'après le Livre blanc allemand, l'Autriche déclarait également que la proposition était inacceptable. Par sa déclaration de guerre à la Serbie, elle affirma sa ferme volonté de régler la question serbe seule et sans l'intervention des puissances. Mais en même temps, pour faire droit aux légitimes exigences de la Russie, elle proclamait son complet désintéressement territorial vis-à-vis de la Serbie.
La Russie ne se contentant pas de cette garantie, la quetion serbe donna naissance à une question européenne qui s'ouvrit par une tension entre Vienne et Pétersbourg. Afin d'empêcher que de cette tension résultât une conflagration européenne, on dut chercher un nouveau terrain sur lequel une action médiatrice des puissances puisse commencer. C'est à l'Allemagne que revient le mérite d'avoir, en premier lieu, trouvé ce terrain.
Dans un entretien qu'eut, le 27 juillet, avec l'ambassadeur anglais, le secrétaire d'Etat von Jagow, dit que le désir de la Russie de négocier directement avec l'Autriche provoquerait une détente et que ces négociations avaient beaucoup de chances d'amener une entente. L'Allemagne soutint immédiatement et de toute son énergie auprès de l'Autriche, le désir de la Russie, qui excluait momentanément, de l'opinion de la Russie, la proposition anglaise. L'Allemagne est l'Etat qui s'est efforcé le plus loyalement et le plus énergiquement de maintenir la paix.
L'Angleterre, elle aussi, renonça à poursuivre son idée d'une conférence et appuya de son côté l'idée de pourparlers directs entre Vienne et Pétersbourg. (Livre bleu, no 67.)
Ceux-ci rencontrèrent cependant des difficultés. Elles furent suscitées non par l'Allemagne et l'Autriche, mais par les puissances de l'Entente. Pour que les efforts de l'Allemagne puissent aboutir, il fallait que les puissances non directement intéressées montrassent de la bonne volonté et il fallait aussi que les intéressés principaux conservassent une attitude expectante, car si l'un des Etats entre lesquels on s'interposait troublait par des mesures militaires l'action engagée, il était évident que celle-ci ne pourrait pas atteindre son but.
Qu'en était-il de la bonne volonté des puissances?
L'attitude de la France est exposée avec précision dans le Livre
jaune. Elle ne se fia pas aux assurances allemandes. Toutes les
démarches de notre ambassadeur à Paris, baron de Schcen, furent
accueillies avec méfiance. On ne tint aucun compte du désir qu'il
avait exprimé de voir la France agir dans un sens modérateur sur
Pétersbourg, car on crut pouvoir admettre que les démarches de
M. de Schœn n'étaient destinées qu'à compromettre la France au
regard de la Russie. Du Livre jaune, il appert que la France n'a
fait aucune action positive dans l'intérêt de la paix.
Quelle fut l'attitude de l'Angleterre? Dans les entretiens diplomatiques, elle fit semblant jusqu'à la dernière heure de participer au travail de médiation, mais, en réalité, ses actions avaient en vue une humiliation des deux nations tripliciennes. L'Angleterre fut la première des puissances qui prit des mesures militaires de grand style et qui par là, créa, en particulier en France et en Russie, un état d'esprit hautement préjudiciable à toute action médiatrice. D'après le rapport du 24 juillet du chargé d'affaires français à Londres (Livre jaune, n° 66), le premier lord de l'Amirauté avait déjà, le 24 juillet, pris discrètement des mesures pour la concentration de la flotte près de Portland. La Grande-Bretagne avait donc précédé même la Serbie dans sa mobilisation. Elle s'est en outre refusée, à l'instar de la France, à exercer une influence modératrice sur Pétersbourg. Du rapport de l'ambassadeur anglais dans cette ville, il appert qu'un seul avertissement à la Russie, concernant sa mobilisation, aurait pu sauver la situation. Cependant, Sir Edward Grey n'a rien fait; il a laissé les choses suivre leur cours. En même temps, il a jugé utile de donner à entendre à l'Autriche et à l'Allemagne, si non très clairement du moins d'une manière compréhensible, que l'Angleterre pourrait aussi participer à une guerre européenne. — Donc, tandis que l'Angleterre, par l'abandon de son idée de conférence, semblait désirer que l'Autriche se montrât conciliante à l'intervention de l'Allemagne, Sir Edward Grey avise l'ambassadeur autrichien à Londres de la mobilisation de la flotte (Livre bleu, n° 48); il fait comprendre à l'ambassadeur allemand que l'Angleterre pourrait prendre part à une guerre et informe immédiatement la France et la Russie de cet avertissement adressé à l'Allemagne qui consacra la victoire du parti de la guerre de Pétersbourg. C'était, de l'avis même de l'ambassadeur anglais, Buchanan, l'attitude la moins propre à amener une détente entre les puissances.
Eu égard à ces difficultés, on est en droit de considérer comme un succès particulier le fait que l'Allemagne soit parvenue à faire accepter à l'Autriche le désir de la Russie d'entrer en pourparlers directs avec elle. Si la Russie, sans prendre de son côté des mesures militaires, avait poursuivi ces négociations avec l'Autriche, qui n'avait mobilisé que contre la Serbie, on aurait eu toutes les raisons de croire que la paix eut été maintenue. Au lieu de cela, la Russie
mobilisa contre l'Autriche, mesure qui, au su même de Sazonow (Livre bleu, n° 78), entraînait la cessation des pourparlers. Le laborieux travail de médiation de l'Allemagne fut ainsi d'un coup réduit à néant.
Que firent les puissances de l'Entente pour maintenir la paix à la dernière heure? Grey reprit sa proposition de la conférence. A l'avis de Sazonow, le moment favorable était venu de recommander, sous la pression de la mobilisation russe contre l'Autriche, la vieille idée anglaise de la conférence à quatre. (Livre blanc, n° 7.) Le comte de Pourtalès représenta au ministre que, d'après sa conception, les puissances de l'Entente voulaient exiger de l'Autriche ce qu'elles n'auraient jamais voulu exiger de la Serbie, c'est-à-dire, de céder à une pression militaire. Dans ces conditions, l'Autriche et l'Allemagne ne purent pas sympathiser avec l'idée de la conférence. Cependant, l'Allemagne déclara à Londres qu'elle l'acceptait en principe et que seule la forme qu'on lui donnait ne lui plaisait pas. En même temps, l'ambassadeur allemand à Pétersbourg pressait Sazonow de faire de son côté des concessions pour rendre possible un compromis. On sait que les efforts restèrent stériles. La Russie paraissait ne plus se soucier de l'action médiatrice que l'Allemagne avait exercée à Vienne jusqu'à la dernière heure. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, elle ordonna la mobilisation générale de toutes ses forces, qui devait provoquer la mobilisation allemande et ensuite la déclaration de guerre.
Etant donné le cours de ces événements, on ne peut pas comprendre qu'un homme d'Etat responsable puisse trouver le courage d'affirmer que l'Allemagne, qui se trouvait en présence de la mobilisation russe, de préparatifs militaires français et de la mobilisation de la flotte anglaise, aurait pu sauver la paix en acceptant, encore le 31 juillet, une conférence qui se serait tenue sous la menace des armes prêtes des puissances de l'Entente. Ce n'est pas l'Allemagne — qui, jusqu'au dernier moment, a intercédé auprès de Vienne — qui a rendu impossible l'idée d'une médiation des puissances, ce sont les préparatifs militaires des puissances de l'Entente qui parlaient constamment de paix, alors qu'elles étaient résolues à la guerre.
VON Bethmann Hollweg.
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