CHAPITRE XV
LA SOCIÉTÉ VINCENÏ-LA-MONÏAGNE
Adhésion formelle de la Société populaire aux mesures cruelles de Carrier contre les royalistes. — Le premier mécontentement contre lui provoqué par son refus de recevoir des patriotes présentés par Champenois pour lui fournir les moyens de s'emparer de Charette. — Lettre de reproches à Carrier, du 12 pluviôse. — Fureur de Carrier contre Champenois et ordre d'arrêter cet officier municipal. — Entrevue de Carrier et de Champenois. — Mécontentement croissant de la Société populaire, et envoi à Paris de deux délégués pour demander le rappel du représentant. — F'ureur de Carrier d'avoir été qualifié de despote par la Société; son discours furibond à la tribune de la Société, et réponse de Forget. — Appréciations de Goupilleaule jeune sur la conduite de Carrier. — Les deux délégués envoyés à Paris. — Le départ de Carrier souhaité par tous les sans-culottes de Nantes. — Retour conciliant de Carrier à la Société populaire et baiser de paix fraternel au sein de la Société. — Envoi de députés chargés d'annuler la mission de ceux partis pour demander le rappel. — Demande de son rappel par Carrier lui-même. — La question d'humanité absolument étrangère à la cessation de la mission de Carrier.
En France, le peuple aime à s'entendre dire qu'il est le souverain, et la patience avec laquelle il supporte, sous la République, des abus qui le soulèveraient contre une monarchie, montre qu'il tient au mot encore plus qu'à la chose. La Société Vincent-la-Montagne qui, à vrai dire, était le peuple, puisqu'elle parlait et agissait en son nom, avait jusqu'alors supporté toutes les avanies de Carrier. Un de ses membres, député par elle auprès de lui, avait été bâtonné comme un simple valet*, et elle n'avait pas plus protesté que lors de