Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, n
LA SOCIÉTÉ VINCENT-LA-MOM'AGNE 219
hi susponsioii de ses séances. Ses meneurs avaient sans doute réussi à la persuader que, pour ia première fois (ju'on avait la République, il fallait apprendre à sup|)orler les menus ennuis du régime, et payer sa bienvenue de quelque tob'^rance pour le sans-façon de ses fondateurs.
Les cruautés de Carrier à Têtard des catboliques, des royalistes et des modérés avaient, à ce moment, quoiqu'elle en pouira dire plus tard, sa complète approbation. Un point, en effet, qu'il importe de mettre en lumière, c'est qu'avant le procès de Carrier, qui eut lieu à une époque de réaction, aucun répu])licain de Nantes ou de Paris ne lui a fait le moindre grief de ses exécutions sans jugement. Cette Société lui aurait plutôt reprocbé de manquer d'énergie dans la lutte contre l'insurrection, et ce fut à l'occasion de la guerre de Vendée qu'elle manifesta, pour la première fois, contre lui, un certain mécontentement, dans une lettre où elle lui reprochait sa tiédeur en ces termes :
« Carrier, tu as dit aux patriotes de Vincent-la- Montagne qu'ils n'entendraient parler des brigands que par leur mort. On nous dit : l'armée des brigands occupe plusieurs communes ; Charette, diton, exerce des cruautés. C3ivner, toi qui as la confiance des sans-culottes, toi qui as tant contribué aux succès de nos armées, il te reste à couronner ton ouvrage, fais finir enfin la guerre de la Vendée; emploie toute ton énergie à terminer cette guerre affreuse, nous te le demandons au nom du salut public... Calme nos inquiétudes ^ »
1. Lettre datée du 0 pluviôse an II, 28 janvier 1794, Pièces remises à la Commission des Vingt et (/n, p. 40.
Gharette, en efîet, n'était qu'à quelques lieues de Nantes. Récemment blessé, il s'était retiré, dans une ferme de la commune de Saint-Colombin, pour se faire soigner par une femme dont le mari, au mépris des lois de Fhospitalité, avait conçu le projet de le livrer. Comme, pour le succès de cette expédition, quelques troupes étaient nécessaires, ce paysan était venu à Nantes pour les obtenir et offrir ses services à Carrier. 11 avait essayé vainement, pendant trois jours, d'être introduit auprès du représentant, lorsqu'il conta son affaire à un potier d'étain nommé Champenois^, patriote influent à la Société populaire. L'officier municipal Champenois s'était empressé de conduire ce paysan chez Carrier; mais son secrétaire les avait reçus fort mal en leur disant : (( F... ne savez-vous pas que Carrier est malade? retirez-vous, il ne veut pas être interrompu. > Ce secrétaire, parent de Carrier, était un nommé Bonneval-; Champenois, ayant inutilement insisté, pria Bonneval de faire au moins passer une lettre qu'il laissa et dont il alla attendre la réponse à la Société populaire. Aucune réponse n'étant arrivée, il fut décidé, dans la soirée, que cinq patriotes zélés, qui étaient Thomas, Mouquet, Léger, Forget, et le même Champenois, feraient de suite une nouvelle démarche auprès du représentant.
1. Champenois avait été élevé aux fonctions d'officier municipal, sans élection, par un simple arrêté de Gillet et Ruelle, le 10 octobre 1793, lors de la destitution des corps administratifs suspects de fédéralisme.
2. Il est souvent question, dans le compte rendu du procès du Jouv7ial (les Lois, d'un autre secrétaire nommé Coquin, qui s'était atïublé du surnom de Marat.