‹ J.-B. CarrierChapitre 109 sur 207 · JULLIEN ET LE RAPPEL DE CARRIER · texte numérisé non relu

JULLIEN ET LE RAPPEL DE CARRIER

Jullien et le rappel de Carrier. — Dispositions de JuUien à l'égard de Carrier. — Changement d'attitude des patriotes de Nantes envers Carrier après l'arrivée de Jullien. — Deux récits par Jullien de son entrevue avec Carrier. — Son récit devant le Tribunal révolutionnaire. — Second récit inséré dans le National de VOuesi. — Différences sensibles entre les deux. — Les faits d'après la correspondance du temps. — Texte des lettres de Jullien confiées aux députés de la Société populaire pour les porter à Paris. — Arrivée de ces députés à Paris. — Succès de leur mission. — Lettres de Jullien à Robespierre sur l'état moral et matériel de la ville de Nantes, aux derniers temps de la mission de Carrier.

Le lecteur du précédent chapitre, en suivant les progrès du soulèvement des patriotes de Nantes contre la tyrannie de Carrier, a cru peut-être que j'avais commis un oubli, en ne disant rien du jeune Jullien, qui, dans toutes les histoires de la Révolution, apparaît comme l'artisan suprême et courageux du rappel de Carrier.

Si je n'ai pas nommé Jullien, c'est que son rôle en cette affaire me paraît mériter une étude spéciale. 11 y a quelque raison de douter qu'il ait, comme il l'a prétendu, exposé sa vie pour délivrer les Nantais de leur tyran.

Le conflit de Carrier avec Tréhouart m'a fourni l'occasion de présenter le personnage, alors qu'il était encore dans le Morbihan. Un peu plus d'un mois s'était écoulé ; continuant sa mission, Jullien était allé jusqu'à Brest, et son séjour à Lorient

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s'était prolongé. « Il avait, écrivait-il de Nantes à Robespierre, dont il était le confident et l'ami, réussi à rendre la commune de Lorient aussi montagnarde qu'elle pouvait l'être''. » Après une courte pause à Vannes, il était arrivé à Nantes, le 10 pluviôse (29 janvier 1794). 11 venait fort à propos poui* l'emonter le courage des patriotes, car ce fut j)récisément durant les cinq jours qu'il passaàNantes que Carrier sembla le plus disposé à tourner contre eux sa fureur, en menaçant la Société populaire, en faisant arrêter Champenois, et en exigeant du Comité révolutionnaire qu'il prît des mesures qui indisposaient au plus haut degré tout le petit commerce.

Le mécontentement des patriotes des mauvais procédés de Carrier n'était pas pour déplaire à Jullien. Il avait contre ce représentant une rancune personnelle. La vanité présomptueuse du jeune politicien avait été froissée péniblement d'avoir demandé, le mois précédent, le rappel de Carrier au Comité de Salut public, et de ne pas l'avoir obtenu. Cette fois, ses fautes et ses extravagances semblaient se succéder à souhait pour fournir à Jullien le moyen de prendre sa revanche.

La coïncidence de l'arrivée de Jullien avec le changement d'attitude de la Société populaire et de la Municipalité, qui, de soumises et plates qu'elles étaient auparavant, devinrent tout à coup presque arrogantes, montre bien d'où venait leur courage. Elles avaient trouvé un protecteur auprès du Comité de Salut public, et Carrier un surveillant

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